Amatxi

Si j’avais grandi là-bas plutôt qu’ici, Maminette ne s’appellerait pas maminette, mais Amatxi. Ma petite mère. Elle n’aurait pas non plus ponctué mon enfance de merveilles ou de crêpes cartonnées mais plutôt de gâteau basque fourré à la cerise et de fromage de brebis. Je crois, par contre, qu’elle aurait tout autant boulotté les éclairs au chocolat de ses anniversaires.

Parce qu’ Amatxi a fêté mercredi  ses 102 ans.

Elle nous attendait, sagement assise sur un immense fauteuil boudiné marron qui était  prêt à l’avaler toute entière et comme souvent elle portait sa veste couleur glycine. Nous arrivions à 9, sa tête a tourné un peu au rythme des vagues de bisous déposés sur ses joues. Elle se laissait faire, attendant que le dernier l’ait effleuré avec ses lèvres. Le dernier était une dernière. La dernière ce fut moi. J’en ai rajouté une couche « tu as le bonjour de GrandeChérie, du Gars en Or et de ChériChéri ». Elle me regarda avec de grands yeux tout petits. J’ai effleuré sa main dans un geste qui voulait dire, ce n’est pas grave si tu ne te souviens pas, elle a souri énigmatiquement, pour me faire croire qu’elle se souvenait. Ma grand-mère, elle a cette élégance.

On a chanté « Joyeux anniversaire » et elle a applaudi, on a ouvert les gâteaux et elle a souri, on lui en a donné une part, elle en a voulu une autre. Elle a trempé ses lèvres dans le champagne rose et a eu un frisson, ça ne l’a pourtant pas empêchée d’y revenir. Sans frissonner du coup. En douce, et j’imagine avec un sourire en coin pendant que nous repartions et que d’autres arrivaient, elle a dérobé deux éclairs au chocolat et a nié, comme un enfant boudeur, les avoir mangés.

Je ne lui ai rien dit de nos changements de vie, sans doute n’aurait-elle pas compris. Sans doute se serait-elle inquiétée. Sans doute nous aurait-elle traités de fous. Ou pas, parce que Maminette aimait suivre son étoile et m’aurait peut-être encouragé à en faire de même. Je ne lui ai pas dit non plus qu’il suffira qu’elle bouge un petit doigt pour que j’accoure. Ni que si elle renonce, un jour,  à faire la tombe buissonnière, je pleurerai comme si j’avais huit ans.

Parce que comme toutes les grand-mères la mienne est formidable.

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