Mon étoile

Elle a les cheveux sobrement accrochés en une queue de cheval nette et précise. Pour une fois, aucune mèche folle n’a osé vivre sa vie. Elle a les joues roses, le sourire bien en place, une bouteille de bière joliment décorée à la main. Elle virevolte sur l’asphalte de la petite rue embouteillée de tous ces gens venus voir son travail. Ils sont grands, jeunes, ils parlent fort et l’apostrophent. Ils lèvent leur pouce en signe de victoire. Elle est menue, tout aussi jeune qu’eux, elle souffle les mots « je l’attends, après ça ira mieux ». Et elle sourit.

Elle dit qu’il faut croire en son étoile, mais qu’il faut travailler dur parce que la chance, elle a beaucoup de travail alors, il faut savoir l’aider. Un peu. Elle a fait des choix. Ceux qui l’ont amenée ici et pas ailleurs. Elle a fait des sacrifices aussi. Alors elle pose ses yeux sur les murs roses de la ville rose.

Elle dit que tout ça est étonnant. Elle s’émerveille toujours autant des petites choses infimes qui ponctuent sa vie. Elle dit qu’elle a travaillé fort, que ses genoux gardent les cicatrices des écorchures et que ses paumes sont douloureuses. Quand elle y pense.

Elle dit qu’elle a douté deux fois plus encore, qu’elle a pleuré de ses échecs, qu’elle a même pensé ne pas y arriver. Elle a travaillé la couleur pendant la nuit, la nuit qui lui va si bien, et le jour aussi, sous la lumière hivernale qui filtre entre les rideaux blancs.

Elle dit qu’elle n’a pas une baguette magique sinon elle en ferait profiter ceux qu’elle aime. Elle les regarde avec gratitude. Ils sont tous là. Malgré les cinq heures de route, malgré l’école demain,  malgré la nuit dont elle ne verra pas la couleur, malgré l’étroitesse de la rue, malgré tous ces autres qui l’accaparent. Elle promet. Elle les accompagnera quand ils en auront besoin, elle les écoutera comme ils l’ont écoutée, elle leur prêtera ses ailes pour qu’ils puissent eux-aussi s’envoler vers leurs propres sommets. Elle dit qu’on n’est pas grand tout seul. Qu’en tous cas elle ne veut pas l’être.

Elle pense « c’est dingue non ? » quand une dame la prend dans ses bras et lui dit « j’aurais aimé avoir une fille comme toi ». Elle jette un oeil sur son portable pour se donner une contenance, elle ne sait jamais trop quoi dire en pareille circonstance, il y a justement un message de sa mère.

Elle pense que c’est ce qu’elle a toujours voulu. Pas tout ça, bien sûr, ça elle n’osait pas l’espérer. Non, peindre. Inventer des couleurs. Inventer des histoires avec ses pinceaux. Des histoires qui pourraient intéresser des gens, des histoires qu’ils accrocheraient sur le mur de leur salon.

L’amour et la violence par Inès LONGEVIAL et Jean ANDRE – Galerie M- 29 rue BOUQUIERES 31000 TOULOUSE

Désolée pour celles et ceux qui ont aussi lu l’article ailleurs. Love U

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