Aux jours à venir

On s’était dit oui, quand l’envie d’un deuxième s’était invitée. Elle avait pris son temps. Quatre ans c’est finalement long dans une histoire comme celle là, quand la plupart des autres sautent le pas deux ans après. Il nous en avait fallu le double. Qu’à cela ne tienne. Quand il avait toqué à la porte en avance,nous n’avions pas été surpris. Naître un dimanche la veille du premier mai, c’était à l’époque la seule option possible pour rencontrer un papa qui travaillait d’arrache-pied. Il le savait déjà.

On l’avait admiré, câliné, cajolé plus qu’il ne le fallait. « Vous allez en faire une chochotte » avait-on entendu par-ci par-là. Je n’en avais que faire. J’avais conscience que si le monde devait changer, le changement passerait par eux. Les enfants. Les miens et ceux des autres. Pour nous il était déjà trop tard. la vie nous avait avalés tout cru pour nous conformer à ce qu’on voulait pour nous. J’ai toujours pensé que les mamans ont une lourde mission quand elles ont un garçon. Et quand elles ont une fille aussi.

J’ai fait mon job. Le mieux que j’ai pu. J’ai parfois tâtonné. Je suis parfois tombée. J’ai essuyé peu de larmes, il préférait qu’elles coulent dans un endroit connu de lui seul. De l’autre côté de ses yeux. A l’intérieur. J’ai embrassé ses joues, ses yeux et même ses lèvres. J’ai promené mes doigts sur ses cheveux tantôt longs tantôt ras. J’ai expliqué pourquoi, comment et quand. J’ai surveillé les devoirs, invité les copains. J’ai parfois eu peur, mais toujours gardé confiance. Je me suis parfois agacée, mais j’ai appris à lâcher prise, à changer de sujet. J’ai révisé le bac et préparé les concours, j’ai retenu ma respiration, j’ai déménagé avec lui et vidé des cartons, j’ai temporisé quand il le fallait.

Je l’ai serré dans mes bras jusqu’à ce que ce soit lui qui le fasse, à me faire ramollir. Devenir guimauve entre ses bras. Mettre mon nez où il mettait le sien quand il était petit. C’est moi qui suis maintenant toute petite entre ses bras.

Aujourd’hui il a vingt et un ans. La majorité internationale. Alors je lève mes yeux vers tes jours à venir. Les plus beaux à n’en pas douter.

LOVE

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