La théorie du bonheur

Enfant, je ne me souviens pas avoir dit à ma mère, assise sur le canapé pendant qu’elle tricotait des pulls que nous refuserions catégoriquement de porter, « je suis heureuse ». Je crois bien que je ne me suis jamais posée la question en ces termes. Peut-être que c’était l’époque qui voulait ça ma bonne dame. On ne se posait pas la question. J’avais tout ce que je voulais. Peu ou prou. Sauf le mardi soir quand maman nous interdisait de regarder la dernière séance alors que nous n’avions pas école le lendemain. Mais qui se souvient encore de ces mercredis chômés ? Sauf quand nous voulions passer Noël ou les vacances tous ensemble, il manquait toujours l’un ou l’autre de nos parents.

Adolescente je me disais surtout que j’étais malheureuse. Mais pas suffisamment. Mon malheur ne cassait pas trois pattes à un canard. Il n’était ni télégénique, ni cinématographique et encore moins livresque (je n’ai pas trouvé d’autres mots). Las, il n’étais vraiment pas au niveau. Il ressemblait à tous les autres, c’était pas comme cette Christine F de 13 ans me disais-je alors.

Adulte j’ai connu de ces instants où juste après tu te dis « là, c’est bon, je peux mourir ». Des moments de bonheur intense, de ceux qui font presque mal. Mais bon, finalement, c’est bien mieux que je sois toujours là.

Cette histoire de bonheur m’interroge en ce moment, j’en ai parlé ailleurs,  parce que JoliPetitCoeur ne cesse de me répéter « tu vois maman, je suis heureux, moi. » Mes autres enfants ne m’avaient eux non plus jamais parlé de leur bonheur en ces termes. C’était sans doute génétique. Parfois ils étaient contents, au top, parfois c’était génial ou formidable et nous n’abordions le thème du bonheur que si je leur demandais s’ils étaient heureux dans la voie qu’ils avaient choisie, avec l’amoureux-se qu’ils avaient.  En écoutant JoliPetitCoeur me répéter ces mots à l’infini (vraiment) j’ai donc compris qu’il faut peut-être avoir côtoyé le vrai malheur pour savoir ce qu’est le bonheur.

Hier soir mon bonheur a pris la forme de deux photos. Quand je vous dis qu’il faut avoir côtoyé le malheur… ah oui, il est petit mon bonheur ? Vous ai-je dit que dans la maison de transition que nous habitons je tombe dans les escaliers, je m’assomme à une porte minuscule, je me coince les doigts dans les portes de la cuisine ? J’ai peur que la gynéco que je dois aller voir entre midi et deux… pardon, rectification, entre midi et 17 heures n’appelle les services sociaux tant j’ai de marques de bleus.

La première photo montre une vue qui n’existait pas et que nous avons créée en abattant les murs de la cage d’escalier qui descend à la cave. Je ne sais pas pourquoi, mais cet endroit m’apaise. Je ne sais pas s’il y aura assez de place pour le faire, mais j’imagine bien un fauteuil installé devant la baie (qui n’existait pas elle non plus) pour admirer le peu d’herbe que je vais maintenant avoir.Oui, il y a encore quelques travaux pour que l’herbe pousse à la place des gravats.

La deuxième image montre un mur de la chambre du Gars en Or. C’est pour l’instant la seule pièce où l’on voit vraiment la différence. Les autres pièces étant peintes dans des camaïeux de crème et de  blanc, qui en photo sont indécelables.

Finalement, le bonheur à quoi ça tient ? Une couleur sur un mur et escalier qui descend.

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