L’horizon

Quand j’étais petite, sur la plage, outre le fait que j’étais mignonne ce que vous croirez sur parole, j’aimais bien me tenir à côté de papi et faire comme lui.

Le mari de Maminette regardait droit devant lui, les jambes légèrement écartées, les orteils enfoncés dans le sable. Il plissait les yeux, les mains croisées derrière le dos. Il ne couinait pas quand une vague lui léchait les pieds, c’était à peu près la seule différence entre lui et moi. Même le maillot de bain était sensiblement le même. Il faut dire qu’à l’époque les petites filles ne s’embarrassaient pas d’un haut de maillot. Les mères non plus d’ailleurs, c’était les années 70.

« Qu’est ce que tu regardes papi » je lui demandais invariablement. « L’horizon » me répondait-il tout aussi invariablement.

Je ne comprenais pas tout.  Parfois, il regardait par la fenêtre de sa maison, entre le gros cèdre et le mur d’enceinte du stade. « Qu’est ce que tu fais papi? » « je regarde l’horizon ».

Comment l’horizon pouvait-il se trouver ici et là-bas et surtout être aussi différent ici de là-bas ?

Alors, l’année d’après, comme soufflé une bougie de plus, quand il s’est remis face à la mer, je lui ai demandé « qu’est ce qu’il y a de l’autre côté de l’horizon? » Il a cherché un petit peu, puis il a répondu « Le monde ».

J’ai grandi encore et regardé sur une carte de quel monde il parlait. L’Amérique, le Mexique? L’été d’après, j’ai posé la question « Dis papi de l’autre côté de l’horizon c’est l’Amérique ou le Mexique? »

« De l’autre côté de l’horizon il y a tes rêves. Il faut toujours garder un rêve pour la route. »

Récemment, ChériChéri et moi  parlions de rêves. Les miens, les siens, les leurs. Il me rappelait, alors que je râlais (j’ai vu sur fb une étude qui tendrait à croire que râler augmente l’espérance de vie, je pense que Maminette devait être une experte. Rappel : maminette a 102 ans et demi (avec les personnes âgées le demi est aussi important qu’avec les enfants de moins de dix ans) que nous en avions réalisés un bon nombre.

Il commença à les énumérer. Je tremblais à l’idée de ne plus en avoir dans ma besace. « C’est tout? » lui demandais-je une fois qu’il eut terminé? « Oui » me répondit-il « c’est déjà pas mal! » rajouta t-il. Je n’allais certainement pas le contredire. Il y en avait beaucoup. « Et y en t-il que nous n’avons pas réalisés? » rajoutais-je. Nous avons cherché, sans en trouver un qui tienne la route. A moins que, n’ayant pas été réalisés nos rêves se soient évaporés, se soient effacés de notre mémoire.

Il y en avait de tout nouveaux. J’avais bien écouté la leçon de papi, il pouvait être fier de moi (ce n’était pas comme ses cours de maths). Un sourire se fixa sur mes lèvres, ChériChéri n’avait pas mentionné mon dernier en date. Ni dans une liste, ni dans l’autre. J’étais tranquille, nous n’étions pas au bout de la route, il me restait encore un rêve qui ferait sans doute des petits. Petit à petit.

Déménagement J – 7

N’oubliez pas les présentations sur l’article précédent, je vous y attends, vous avez jusqu’à ce soir! Belle journée.

Crédit photo unsplash

ecc81toile

 

Une réflexion au sujet de « L’horizon »

  1. De toutes façons les maths font partie d’un autre monde pour toi et même papi, pourtant si patient (heureusement pour lui !) n’a pas pu les fixer dans ton horizon ni dans tes rêves.
    Bonne journée, keep cool

    Aimé par 1 personne

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