Noces de Jade

Bien sûr, je râle après lui et je sais très bien faire celle qui le trouve super chiant. Je sais très bien hausser les épaules aussi et surtout quand il m’agace, parce qu’il a souvent raison. Parfois je dois bien avouer que je mets à profit mes oreilles sourdes pour ne pas lui répondre.

Mais entre nous il y a des trucs qui ne trompent pas. Il me fait  rire comme une baleine alors que personne autour de nous n’a compris pourquoi je m’esclaffe . Parfois je rie même comme un cachalot.  C’est vous dire ! Souvent il commence mes phrases ou je termine les siennes.

Il oublie tout un tas de choses qui pour moi sont absolument essentielles mais il n’oublie jamais de s’acheter de la tisane aux fruits rouges pour son chez lui d’en ce moment, tisane qu’il me sert dans un grand mug vert quand je le rejoins, se défiant de tous les magazines de déco qui trainent sur la table basse.

Il égare tout un tas de choses : le nom des gens, ses yeux, son téléphone ou ses clés. La maisonnée entière doit s’arrêter pour chercher avec lui, suspendue à son souffle. Il n’écoute jamais totalement ce qu’on lui dit. Il est un peu ici mais pas en entier, il est déjà là bas mais pas tout à fait.

Oui, ce semestre aura été difficile mon amour. Il nous aura mis à l’épreuve. Oui, j’ai râlé encore plus souvent que d’habitude. Oui tu as parfois perdu patience. Tu as oublié de répondre à mes appels ou mes sms, et le réseau non couvert pas sfr ou la qualité du « Samsung Galaxy je ne sais combien » a eu bon dos. Ma patience a elle aussi été mise à rude épreuve, mais fort heureusement, nous n’étions pas synchrones dans l’agacement mutuel. Oui, j’ai dormi avec un mini toi qui prend les mêmes positions et ne me laisse, tout comme toi, que 20 centimètres de lit sur les 180 utilisables. Oui, j’ai passé ce semestre plus de nuits à dormir sans toi que toutes celles réunies depuis le début de notre histoire.

Oui, tu me donnes encore la main quand nous nous promenons, tu m’appelles ta petite Nathalie, de temps en temps tu voudrais encore que, je fasse comme ci ou bien comme ça. De temps en temps j’aimerais bien que tu ne fasses pas comme ci ou bien comme ça.

Oui, J’ai encore des papillons dans le ventre après tout ce temps, mais parfois ce sont des fourmis dévorantes, quand tu passes la porte et que pour la première fois tu es plus bronzé que moi ou que tu cours éteindre le robinet du jardin au ralenti. (Souvenir d’il y a trois ans, où je t’ai vu le faire.)

Oui, nous sommes encore ensemble pour fêter nos noces de jade, je te laisse compter sur tes doigts même si chaque année on se demande si ce sera la dernière. Surtout moi en fait, qui me pose systématiquement la question, remettant en doute régulièrement tout ce qui est, c’est peut-être notre secret. Avec le chocolat noir aux noisettes.

Bon anniversaire my Love.

 

Crédit photo Gérard Moonen (unsplatsch)

 

 

Publicités