Le goût des dernières fois

CET ARTICLE EST ABSOLUMENT INTERDIT DE LECTURE POUR MY MAM!

Hier, j’ai dû me rendre à l’évidence. Le frigo était vide.

Samedi, l’approche imminente du déménagement et le remplissage du premier camion m’avaient découragée à faire les courses. C’était sans compter sur l’arrivée des grands venus nous aider et la nécessité de les nourrir. Ils ne se contentent pas  d’un bol de céréales qui baignent dans du lait.

Je suis allée au supermarché dans lequel je fais mes courses depuis 1993. Il y a des dates dont on se souvient. J’y ai croisé le fantôme de GrandeChérie quand elle avait trois ans. Cet endroit a connu la valse des enseignes: à l’époque il s’appelait Continent, il est devenu Carrefour. Maintenant il est Intermarché. Je lui ai parfois fait des infidélités, ai fait des kilomètres pour aller voir ailleurs s’il y était, justement parce qu’il n’y était pas. Et je suis finalement revenue déambuler dans ses allées avec rapidité, trouvant systématiquement n’importe quel article, même les plus improbables. Surtout eux. Et même si depuis quelques mois je tourne  la tête quand je passe dans le mall ou que je suis soudain  très intéressée par ce que me dit PetiteChérie pour ne pas être tentée de regarder par une vitrine en particulier, j’ai continué à m’y rendre.

Hier, je me suis promenée dans ses allées, sans avoir l’impression de faire les courses. Je déambulais. J’ai laissé trainer le temps plus que de raison. J’ai souri aux salariés, aidé une dame à attraper un tube de Polident judicieusement rangé en haut du rayonnage, j’ai papoté avec une de mes ex belle soeur. Et c’est là que ça m’a pris.  C’est dans ce laps de temps que l’on m’a greffé de nouvelles pupilles, de celles qui ne voient plus que la nostalgie en toutes choses. Hier, c’était donc la dernière fois que je faisais mes courses ici, et je sais qu’il faudra quelques mois avant que je croise quelqu’un que je connais à la caisse du supermarché. La dernière fois aussi que j’allais chez Casto, que j’allais en ville en étant un de ses habitante, que j’arrivais au bureau en ayant fait cinq minutes de route, que je regardais la tour Victor Hugo depuis la fenêtre en me disant qu’elle n’allait pas me manquer.J’ai pensé que c’était les dernières fois où je ne pestais pas, parce qu’il n’ y a pas de raison : pas de touristes ni de bouchon à l’horizon.

Chez l’opticien (qui fait partie d’une chaîne) j’ai essayé de me dire que j’étais à celui de Bayonne. Que je ne connaissais personne, ni Perrine, ni Romain. Mais c’était assez difficile. JoliPetitCoeur ne passe pas inaperçu et a un fan club actif. Nous avons attendu qu’un jeune homme trouve lunettes à ses yeux, puis quand on lui a proposé de s’assoir deux minutes le temps de faire les réglages, il m’a parlé comme si on se connaissait, s’est excusé du temps qu’il mettait. Je me suis dit que même dans les endroits aux vieux souvenirs il pouvait se produire des événements inattendus.  Alors qui sait, dans un nouvel environnement j’aurais peut-être droit à un peu de nostalgie.

Pic by Khatam Tadayon – Unsplasch

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