{Quelques demains}

Je n’en sais que les quelques bribes que j’ai entendues ici ou là, parce que la famille en parlait et que mon téléphone m’envoyait des notifications que j’effaçais bien vite. Mais pas assez.  Je n’ai pas allumé la télévision et préféré voyager en silence dans ma petite auto en tête à tête avec moi-même.

Je n’ai pas voulu savoir ni qui, ni comment, ni pourquoi. Je ne veux pas savoir combien, et surtout pas de quel âge, au risque de m’effondrer, le cœur en mille morceaux gisant à mes côtés.

On m’a dit qu’il fallait regarder les choses en face pour éviter qu’elles ne se reproduisent. Je vous assure que je les ai regardées plus souvent qu’à mon tour, essayé de comprendre. Et cette fois-ci encore. On m’a montré la photo d’un camion. Je n’ai rien compris. Rien du tout.

J’ai raconté l’histoire du bon et du méchant loup, de leur querelle à l’intérieur de chacun de nous pour savoir lequel des deux allait gagner. J’ai expliqué que celui qui gagne c’est celui qu’on nourrit, et que le méchant loup est toujours plus facile à nourrir. J’ai dit qu’il faut de la constance et du courage pour nourrir le bon loup. « Et toi, tu nourris lequel ? » m’a t-il demandé. J’ai été honnête expliquant que ce n’est pas toujours facile. « Mais tu n’as tué personne? » « Non, bien sûr que non, mon amour! » « Alors ce n’est pas grave, ça se répare ».

J’ai pris l’option de réparer et regarder tous les demains où il ne se passera rien. Où le soleil et le jour ne nous en voudront pas et se lèveront encore et encore. Les demains où les enfants courront sur le sable, feront des châteaux de sable et des tunnels qui mènent à la mer. Des demains où mes orteils chercheront le frais du sable et les mots pour le dire. Hier, j’ai regardé sur la plage un blondinet qui par trois fois a tenté de fracasser le château de JoliPetitCoeur empêché par des petites filles, Samira et Lamia.

Trois mamans, trois familles, trois sourires et des demains pour réparer.

S’il nous reste quelques demains, de ceux qui auront le goût et la brillance de la confiture de fraises qui coule sur nos doigts, rien n’est perdu.

Pic by Jonathan Pielmayer

 

 

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