{Les jours à l’envers}

Les vacances tirent à leur fin. C’est notre dernier week-end à 8, les derniers jours de nos premiers jours, les dernières heures où l’on pourra encore rattraper tout ce que l’on n’a pas eu le temps de faire. Le temps nous est compté.

A l’approche de la rentrée c’est toujours la même sensation qui m’étreint. La sensation de l’ascenseur. Démarrer Septembre c’est comme quand l’ascenseur s’élève.  Un léger haut le coeur me saisit. Rien d’horrible, mais la sensation est là. Une boule d’enfance qui joue au yoyo entre mon coeur et ma gorge. Il y aussi la sensation suffocante de la porte de l’ascenseur qui s’ouvre et que des gens veulent absolument y rentrer avant que j’aie pu en sortir. Voilà pour moi la rentrée c’est ça. C’est sans doute pour cette raison que la liste des fournitures scolaires que j’ai glissée dans mon sac en juillet, y est toujours, sans qu’aucune ligne n’ait été rayée.

Inutile de faire comme si je n’avais pas vu que les  allées du supermarché sont maintenant envahies de cartables, de cahiers et de classeurs. Inutile dorénavant de faire semblant que j’ai encore tout le temps devant moi avant de faire les achats de la rentrée. Ce n’est plus qu’une question d’heures.

Hier, ce devait être un reste de l’apéro du midi qui avait brouillé ma clairvoyance ou bien m’avait-il donné un regain d’énergie, quoi qu’il en soit, j’ai fait une incursion dans l’allée dédiée où se bousculaient des mamans remplies de bienveillance envers leur progéniture, à la recherche d’un classeur qui ne ferait pas trop fille, ou des intercalaires en carton et pas en polypropylène (« pourquoi pas en polypropylène? » demanda le père, « Parce que c’est écrit sur la liste » répondit la mère). J’ai pris mon temps, mouillé ma nuque et mon ventre, soufflé deux ou trois fois, râlé quand on cherchait à m’éclabousser et j’ai sauté dans le grand bain de la rentrée.

ChériChéri, perplexe devant les rayonnages m’expliquait que des classeurs comme ça, il en avait des tonnes au bureau et des intercalaires aussi. Je fus bien incapable de lui dire que ses classeurs gris tout moches, aux coins cornés, je n’en voulais pas pour JoliPetitCoeur et que les 12 intercalaires non plus, vu qu’il ne lui en fallait que 6. Je n’en voulais pas, parce que JoliPetitCoeur, lui, il se moque bien de tout ça et de ce qui est dessiné sur le classeur. Heureusement, au moment crucial où j’avais entrepris de lui expliquer ce qu’était la réglure Seyes que je recherchais, ChériChéri a reçu un coup de téléphone et m’a lâchement abandonnée au milieu des cahiers Oxford et des feuilles Clairefontaine. La nausée remontant d’un lointain endroit où j’avais éteint la lumière en juin, et vu que je n’y avais pas fait la poussière non plus depuis tout ce temps, j’ai eu peur que le bain devienne boue. J’ai empoigné mon charriot et j’ai viré à gauche. Je pouvais encore attendre quelques jours avant d’entreprendre les achats, d’ôter la poussière et de regarder entre les vagues. Et surtout, je ne le ferai pas un samedi. Un samedi ça sert à autre chose.

Nous sommes rentrés, le coffre plein des dernières victuailles que nous avions choisies par téléphone interposé : prends des fruits, et des pois chiches (ne jamais oublier les pois chiches), des avocats et de la sangria. Nous avions en tête nos derniers menus, parce qu’on en fera une fête comme quand ils étaient petits et que le dernier week-end des vacances nous faisions des piques-niques dans le champ. Sur le chemin du retour, comme à chaque fois qu’une période touche à sa fin, j’ai laissé filer mes yeux dans un endroit secret et verrouillé, posé ma main sur la sienne et j’ai remonté le fil des vacances.

J’y ai vu du bleu et du blanc, j’y ai vu du doré et du gris, des verts à nulle autre pareil et un halo bleuté. J’ai senti la verveine et le frangipanier, j’ai eu sur le bout de ma langue le goût des padrones et des churros croquants. J’ai eu le sourire de nos amis et de la famille venus nous voir, et les petits mots d’anciens inconnus pour me réconforter des questions qui persistent. Alors, petit à petit, j’ ai oublié ceux qui nous ont oubliés.

Je me suis demandée ce que nous garderons de ces premiers jours ici. Je sais que je peux faire confiance à ma mémoire. Elle est formidable. Il n’y aura bientôt que douceur  et paix. Oubliés les tensions, les doutes, le stress, terminée la nostalgie pour ce qui était, envolées les questions.

Au détour des conversations, on me demande, à voix basse, si j’ai pris mes marques. C’est une question à laquelle je ne sais  pas répondre. En y réfléchissant, je pense pouvoir dire que non. Non, je ne crois pas. Pas encore. J’ai pour l’instant les marques des vacances : celles de mon maillot de bains ou des lunettes sur mon nez, celle du jambon sur mes hanches ou de la sangria dans mon regard. Les autres, celles dont on me parle, sont faites de routine et d’habitudes mille fois répétées, d’heures exactes et de nombre de pas, de silences et de nuits qui succèdent au jour. Celles-là, je ne peux pas encore vous en parler.

Alors je me délecte des jours à l’envers.

Pic @unsplasch

 

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9 réflexions au sujet de « {Les jours à l’envers} »

  1. et nous on a prié pour avoir encore de merveilleux week-end en septembre , du soleil, des barbecues et des apéros … même si en effet les vacances seront loin mais proches dans notre coeur ! bisoussss

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  2. ; c’est vrai ça rassurerait l’entourage de savoir que ca y est , la transition est faite et qu’on peut passer à autre chose.
    Et pourtant , Il faut une vraie annee, je trouve, pour trouver et prendre ses marques dans la nouvelle vie.
    C’est long et court à la fois.

    Aimé par 1 personne

      1. C’est aujourd’hui l’anniversaire de notre déménagement. Il me
        Semble que je pourrai dire que j’ai fait une annee entière quand nous aurons passé le cap de la deuxième rentrée. Mais je me rends compte que tout ce qui me
        Semblait étranger et compliqué l’an dernier ne le sera plus cette annee. La preuve nous sommes encore à hendaye, alors que numéro 4 démarre lundi matin 😉

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  3. C’est une nouvelle vie qui va commencer avec la reprise de l’école. Je pense, par expérience, que c’est lorsque ce nouveau rythme reprend que l’on arrive à prendre ses marques.
    Barbara

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