{Pourquoi je ne succomberai pas au Bullet journal}

Partout, on ne voit que lui, on ne parle que de lui : le Bullet Journal, que certains appellent par son affectueux surnom BuJo, est à la page. Ça tombe bien, des pages il lui en faut des dizaines pour faire de notre vie ce qu’il promet : un havre de sérénité.

Tout d’abord, je vous dois cette honnêteté, je me suis dit que c’était une idée fantastique. Moi qui amasse/collectionne/accumule/amoncelle toute une série de carnets Moleskine (tous uniformément noirs à quelques exceptions près qui m’ont été offerts) avoir un Bullet Journal serait formidable. Grâce à lui la mère parfaite pourrait faire son grand retour sur le devant de la scène. Je serai à nouveau celle qui, grâce à son cahier n’oublierait aucun rendez-vous, noterait tous les jolis souvenirs et dessinerait des symboles d’avancée des tâches, serait créative, vivrait sainement et laisserait une trace après sa mort (on est d’accord, le plus tard possible, j’ai encore pas mal de truc à tester).

Alors, comme je fais toujours après coup ce que les autres font d’abord, j’ai commencé à tracer des lignes sur les pages d’un carnet tout beau, tout neuf (bleu, ceci expliquant peut-être cela). J’ai entré les dates (une petite voix intérieure me disait qu’il fallait être tordu de le faire  un jour aussi ensoleillé qu’hier alors que cette fonction existait dans mon smartphone) mais j’ai balayé la petite voix d’un revers de la main et j’ai poursuivi ma tâche tout en essayant de rendre l’ensemble beau. Pas simplement joli, non beau. Immaculé, sans tache ni rature, sans le petit pâté de mon stylo (le salaud il a décidé de rendre l’âme avant que j’aie terminé).  J’ai dessiné des étoiles, des guirlandes multicolores, des oiseaux, des papillons et des fleurs stylisées sur les premières pages et saisi mon aquarelle pour mettre le tout en couleur. Je me suis reculée pour voir un peu mieux (vous croyez que c’est la presbytie ?) et j’ai trouvé que mon cahier Home Made était plutôt réussi.

Vu que j’ai trois carnets qui ne me quittent jamais : l’agenda, l’agenda d’écriture, le bloc notes et le daily inspi comme je l’appelle (Ah! oui, en fait ça fait quatre), j’ai imaginé que cela serait intéressant d’en avoir qu’un seul qui rassemble l’agenda annuel, mensuel et quotidien, mes petites notes et mes pensées pour plus tard. … Et là, l’horreur m’a saisie.

Sur lequel de mes carnets doudous allais-je devoir faire une croix ? Lequel devrais-je abandonner sur le bas côté alors qu’ils m’étaient fidèles depuis tant de temps? Duquel ne regarderais-je plus chaque tâche qui me racontait un souvenir (mojito ou gras de jambon), duquel ne retirerais-je plus les grains de sable dont j’étais maintenant capable de reconnaître la provenance (la Barre, Cavaliers, Grande plage d’Hendaye ou baie de Saint Jean) ? Duquel ne regarderais-je plus les pages cornées avec un pincement au cœur? Parce qu’une chose était évidente,  je ne pourrais pas faire vivre un journal supplémentaire.

C’est là, alors que le soleil toquait à mes carreaux, et que ChériChéri m’invitait à partir à la plage, que j’ai compris. Le Bujo ne ferait pas partie de ma vie pour l’instant (notez comme je suis prudente) pour plusieurs raisons :

  1. je ne me suis pas résolue à abandonner un carnet en cours,
  2. le BuJo est un travail en soi (d’autant qu’avec cette histoire de stylo en panne j’ai dû tout recommencer, je ne concevais pas un changement de ton dans mon journal avec un nouveau stylo),
  3. pour qu’il me plaise ça me prendrait certainement plusieurs mois
  4. et sans doute faudrait-il que je demande à GrandeChérie de l’illustrer pour moi pour qu’il devienne parfait.
  5. Certains sont décidément trop beaux pour que je me frotte à la comparaison.

Alors, encore quelque temps et peut-être à jamais, vais-je rester fidèle à mes carnets, et rester du côté des bordéliques chroniques qui avancent leurs pions à la mode Kaizen.

Et vous, succomberez-vous aux beaux yeux du BuJo?

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