{Inspiration}

Je ne sais pas comment elle arrive. Ni quand. Ni pourquoi. Tout ce que je sais d’elle c’est qu’elle souffle le chaud et le froid à intervalles réguliers dans mon cou. Elle me saisit en silence et m’entoure de ses bras immenses. Il lui arrive de m’abandonner aussi, le souffle court et les bras ballants. Parfois, elle murmure à mon oreille un premier mot. Puis elle laisse s’installer le silence résonnant. A son tour il se remplit d’autres mots, qui se bousculent bruyamment et s’apostrophent gaiement. Ou inversement.

L’inspiration a fait son œuvre et me laisse poursuivre. Seule. Elle s’éloigne à petits pas serrés, la suite m’appartient. D’autres fois elle arrive avec fracas et désinvolture, se marre en se tapant les côtes, dit un truc ou deux que je tente en vain d’écrire sur un des nombreux carnets qui me suivent. Elle me fait me lever la nuit ou voir le soleil monter derrière les arbres en sirotant mon café dans la tasse au rebord argenté, alors qu’il est encore trop tôt pour le reste de la maisonnée.

Je suis rarement satisfaite. J’efface, je rature. Je compte les mots, les mets en bouche, les fais tourner comme d’autres font tourner une goulée de vin ambré entre leurs lèvres. Je plisse les yeux. Je lis et je relis. 25 fois le même paragraphe. Je repasse sur les phrases. Je modifie une virgule et rageusement j’efface tous les points de suspension qui se sont infiltrés dans le texte. Je hais les points de suspension qui donnent l’impression qu’on n’a pas réussi à terminer sa phrase. Et si un point ne suffit pas, pourquoi trois seraient plus adéquats ? Je fredonne la musique de mes mots jusqu’à obtenir la mélodie que je souhaite entendre. Ce n’est jamais une symphonie, à la rigueur une petite musique de chambre ou une mélodie pour filles. Et je recommence. Encore. Jusqu’à trouver l’image parfaite. Celle qui va me faire regarder par la fenêtre, un sourire aux lèvres. Ne pas écrire une histoire de plus. Ecrire l’histoire.

J’ai appris à  respecter l’inspiration. Ne pas lui forcer la main. Chaque jour, tenter d’ écrire une phrase et remettre sur la planche le travail en cours. Tricoter sans réfléchir, sans défaire le rang rouge au beau milieu d’un pan de bleu. Pas tout de suite. Lui laisser le temps de s’adapter, de devenir violet s’il le souhaite, il sera toujours temps de le gommer au bout de la 30ème relecture. Et si, un matin,  rien ne veut sortir des recoins de mon âme, accepter de ne rien laisser filtrer. C’est que ce n’est ni le bon angle, ni le moment adéquat.

Il faudra bien aller jusqu’au bout. Parce que j’aime bien  les derniers mots.

Et imaginer qu’entre mes lignes le bonheur se faufile.

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