{De l’utilité des turbulences}

Je ne vous apprends rien. Il y a dans la vie, des moments de grande turbulence. J’en ai vécu. Vous aussi. J’en vivrai à nouveau. Vous aussi, certainement. Et c’est tant mieux, même si ce n’est pas toujours très simple de faire le gros dos, et de se dire en attendant que ça passe, que « tout a une fin et qu’il en sortira forcément quelque chose ». Et pourtant. C’est si vrai.

Le problème avec les turbulences, c’est qu’au bout du tunnel, on se retrouve face à une autre version de nous. Un peu plus ceci, un peu moins cela. Plus tout à fait nous et pas encore celle qu’on voudrait être en secret.

On se dit que souvent, devenir quelqu’un d’autre, c’est partir loin, alors que souvent, devenir quelqu’un d’autre, c’est faire de minuscules aménagements avec soi-même. Avec la vie.

Pour devenir quelqu’un d’autre je suis d’abord partie loin, il était déjà tard dans ma vie, mais avant j’avais trop de choses à faire et le « moi un peu navrant »avec lequel je cohabitais, me paraissait suffisant. Je multipliais les maladies auto-immunes pour lesquelles j’étais toujours « bien trop jeune encore »et à chaque mutation elles disparaissaient sans jamais revenir. Je ne savais pas lire les signaux.

C’est là-bas, au Cambodge, que les premiers signaux me sont apparus. Je crois qu’ils ont implosé, se sont défragmentés pour me guider jusqu’à aujourd’hui. Il parait que l’Asie fait souvent cet effet. Inutile de vous dire que bien sûr je n’y croyais pas vraiment. Je me suis tout de suite rendue compte qu’il se passait quelque chose, je faisais de minuscules arrangements avec ma vie. C’était à ce niveau là. Et même ici. J’ai suivi le fil, l’ai enroulé sur lui même et j’ai continué. Durant tout ce temps j’ai appris quelques leçons (le plus souvent par la force des choses) :

  1. On n’échappe jamais à soi-même. On a beau essayer de partir de soi, on y revient toujours et les microscopiques aménagements qu’on opère ne changent pas la donne radicalement. Enfin, pas tout de suite.
  2. Ce qui nous agace en nous reste toujours là, pas trop loin, prêt à rejaillir, et je suis persuadée que c’est aussi une force. On combat mieux ce qu’on connait.
  3. J’ai gardé de ces périodes de flou, de flottement, de transition ou de changement, de jolis souvenirs et même une créativité certaine. Je ne sais pas si c’est une déformation de mon esprit actuel mais maintenant, quand je passe par ces périodes, j’arrive à m’extraire quelques secondes (avant d’y replonger) et à faire des paris sur ce qui va en sortir.
  4. Ce qu’il en sort, n’a parfois  aucun intérêt.
  5. C’ est parfois simplement formidable (toutes proportions gardées)
  6. Il faut un peu de temps avant qu’on puisse en cueillir les fruits, mais la plupart du temps, ça vaut vraiment le coup.
  7. Même si ça fait mal.

Et vous qu’avez-vous fait pour devenir vous ?

Post en dédicace à, elle se reconnaitra.

Publicités