{La ballade de l’enfant gris}

Je me dis que tout le monde a dû le lire, ce livre. Il est partout. On ne voit que lui. On ne parle que de lui et de son auteur, Baptiste Beaulieu. Ou alors est-ce moi. Qui ne voyais que lui sans parvenir à rentrer dedans.

On m’a dit « il est génial, une vraie claque » pourtant, je ne m’y installais pas plus de quelques minutes : il me coinçait ici et me pinçait là. Il était trop inconfortable pour mon  coeur. Il est comme ça, mon coeur, il sait des choses avant ma tête.

J’avais toujours un autre livre à lire et même deux à relire s’il le fallait. Ils auraient pu attendre. Mais ce sont eux que j’ai  choisis. Au fur et à mesure de mes lectures, la ballade de l’enfant gris rendait ma kindle de plus en plus grise. Lasse de tout ce gris, j’ai dû me résoudre à plonger dedans. J’ai fermé les yeux et retenu ma respiration, position très inconfortable pour lire vous en conviendrez. Des petites bulles s’échappaient de mon nez. Et même de mes oreilles je crois bien. A moins que ça ne soit de mes yeux. L’heure était grave.

C’était au retour des urgences. J’aurais pu choisir un autre moment, mais si je l’avais fait sans doute en aurait-il été de même qu’avant : j’aurais reposé l’histoire et cliqué sur une autre couverture de livre. Le soir même, j’ai emporté le livre se coucher avec moi. Je me suis glissée à côté du petit garçon qui avait rejoint mes draps pour raisons médicales alors que son père n’était pas encore rentré. Ma kindle éclairait faiblement la pièce et la tête du petit garçon est venue se caler contre mon cou, dans le creux de mon épaule, son souffle réchauffant le lobe de mon oreille, laissant à son père les trois quart du matelas. J’ai arrêté l’apnée : j’avais peur que les bulles étouffent mon petit gars. J’ai pensé qu’il avait l’âge que j’avais toujours préféré et que j’aurais bien aimé que le temps s’arrête et puis j’ai pensé à Noah et je me suis dit que non, surtout pas. J’ai caressé ses cheveux et me suis dit que bientôt, parce que le temps passe décidément toujours trop vite quand il s’agit du bonheur, une autre que moi y glisserait ses doigts.

J’ai donc mis un mois tout pile à venir à bout des pages, mais seulement quelques heures pour le lire en entier. Pour être tout à fait honnête je dois bien avouer que que je l’ai lu en diagonale, tournant les pages des chapitres datant de « avant la déchirure » sans trop m’y attarder, je savais où ça nous emportait, ce n’est pas un secret. Et puis, il y a des choses que ma tête fait pour empêcher mon coeur d’avoir mal. Ils s’entendent plutôt bien ces deux-là.

Baptiste Beaulieu a publié son premier roman quand j’ai publié mon premier livre. Depuis il en a écrit deux autres. Moi aussi, mais les miens squattent un dossier d’ordinateur alors que les siens squattent des étagères de bibliothèque, les pages cornées et gondolées par des larmes tombées dessus et toutes les étoiles qu’il a fait naître dans la tête de ses lecteurs.

Y a t-il quelqu’un qui sache si le nombre d’étoiles dans le ciel tombe pair ou impair?

 

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