{Nos enfants de République Démocratique du Congo}

Parce que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, qu’elle oscille entre les moments où tout va bien et ceux où rien ne va plus, qu’il y a de menus instants de poésie qui côtoient d’énormes failles à l’intérieur desquelles il faut aller voir, l’article d’aujourd’hui me tient à coeur. Pour tout un tas de raisons meilleures les unes que les autres, parce que je crois sincèrement que ça aurait pu être moi et aussi parce que ce n’est pas parce que ça ne me touche pas personnellement, qu’il faut fermer les yeux.

J’espère que ce billet recevra autant de « vu », de commentaires  et de partages que le précédent, parce que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières.

Le 16 novembre une nouvelle est tombée au sujet de l’adoption en République Démocratique du Congo : Le Ministère des affaires étrangères a annoncé sa décision de suspendre les adoptions internationales en RD-Congo au 31 décembre 2016. « Il s’agit d’une décision difficile mais qui, en raison de l’insuffisance des garanties juridiques et éthiques entourant l’adoption dans ce pays, a été jugée impérative », précise le texte mis en ligne sur le site du ministère. C’est ainsi qu’« Après des années d’attente, un groupe de parents d’enfants légalement adoptés en RDC ne recevront pas les visas permettant l’entrée des enfants en France, est-il ensuite précisé. La Mission de l’adoption internationale (MAI) a en effet fait savoir qu’elle refusait la délivrance de ce document. Selon cet organisme, un doute sérieux subsiste sur « l’adoptabilité » des enfants en question. » 

Explication : Ces enfants à qui la justice du Congo, par l’intermédiaire du Tribunal de Kinshasa a attribué des parents français et parce que la nationalité n’est pas automatique, restent congolais. Pour rentrer sur le territoire français ils ont besoin d’obtenir un visa français délivré par les autorités françaises. Quand nous étions au Vietnam pour Tanh, il en a été de même. Nous avons fait la queue au Consulat, avons attendu que les autorités soient prêtes ( et pendant la période de Noël et sous prétexte du décalage horaire, je vous assure que nous avons dû garder patience) à délivrer le visa pour qu’il puisse entrer en France.C’est ce visa que les autorités Françaises refusent à ces 54 enfants.

Je ne sais pas si les dossiers de ces enfants comportent des erreurs, des omissions ou des mensonges purs et simples.Pour avoir lu plusieurs dossiers d’enfants adoptés à l’étranger, je peux certifier une chose : les dossiers sont loin d’être clairs comme de l’eau de roche. Je ne sais pas si la raison invoquée par la MAI est fondée ou pas, je n’ai aucune compétence,  pour pouvoir le dire ou non. Par contre il y a plusieurs choses qui m’interpellent ou que je retiens :

  • les erreurs matérielles sont fréquentes dans les dossiers d’adoption. (j’en sais quelque chose)
  • pour que l’adoptabilité soit jugée valide il faut que l’identité des enfants et la volonté de leurs parents biologiques de les confier à l’adoption soit irréfutable (c’est pour cette raison que des enquêtes sont menées et des annonces passées dans les journaux) or, dans de nombreux pays, abandonner son enfant est puni par la loi. Allez donc demander à une femme qui abandonne son enfant de donner son nom véritable et d’écrire une lettre certifiant qu’elle propose l’enfant à l’adoption…
  • En RDC les dossiers comporteraient des incohérences sur le nom de la mère biologique des enfants (que je sache, dans le dossier de mon fils, ce nom n’est  mentionné nulle part et même en France ce n’est pas toujours le cas)
  • les pratiques administratives au Congo sont très différentes de la France: seulement 31% des naissances sont déclarées à l’état civil (il est facile d’imaginer que si la mère a l’intention d’abandonner son enfant, elle ne l’a pas non plus déclaré)
  • En refusant un visa à ces 54 enfants, la France ignore la décision de la justice congolaise. Selon l’avocate de plusieurs familles Maitre Céline Boyard  « Ceci est contraire aux règles du droit international. De plus, la France viole la Convention Internationale des droits de l’enfant qui garantit à chaque enfant le droit à une vie de famille. »
  • Aujourd’hui le rôle des OAA qui servaient d’intermédiaire avec le Congo est pointé du doigt par l’Etat. Or, c’est lui qui donne l’agrément aux OAA. C’est donc l’Etat qui n’a semble t-il pas joué son rôle auprès des parents en leur permettant une adoption dans les règles, sereine, pleine et entière et en vérifiant que les procédures étaient respectées par les OAA.
  • Si les OAA  ont fait preuve de négligence dans les procédures c’était à l’Etat de les pointer du doigt en amont, en vérifiant que leur accréditation pouvait leur être maintenue.

Que va t-il se passer pour ces enfants qui portent le nom de leurs parents français mais vivent loin d’eux ? Que va faire le Congo, après tout, ce sont des enfants de résidents français dont ils sont obligés de s’occuper. Il n’est certes pas « de l’intérêt supérieur de l’enfant » de les laisser grandir dans un orphelinat, alors que la justice congolaise leur a attribué des parents.

Que va t-il se passer pour ces parents privés d’enfants et bloqués dans un no man’s land juridique.

Mardi dans l’après midi, et suite à plusieurs discussions à propos de cette émission j’ai regardé 1001 vies de Frédéric LOPEZ . Je me suis vraiment demandée pourquoi, pile le jour où je pouvais regarder l’émission, le sujet était » l’identité des enfants volés de la Creuse » et abordait le sujet de l’adoption. Pour faire rapide il s’agit de 2240 enfants (et pas moins comme le disent les journaux) nés dans les années 65/70 à la Réunion, retirés de leurs parents (ceux-ci n’étant pas morts ils n’avaient pas non plus abandonné leurs enfants) et auxquels l’Etat avait dit que de la sorte, leurs enfants iraient à l’école, auraient un métier et qu’ils pourraient rentrer tous les ans à la Réunion. En vrai, ils ont été adopté par des français originaires de la Creuse. Il s’agissait de vider un endroit « trop plein » pour remplir une région « trop vide »! La dame qui racontait son histoire, Valérie, a même eu sur sa carte d’identité un faux lieu de naissance ( Creuse) alors qu’il est interdit par la loi de falsifier le lieu de naissance. Cela se passait en France, il y a 40 ans alors que l’état civil et l’administration étaient organisés et que la France n’était pas un pays en proie à des difficultés économiques ou autres. C’était il y a tout juste 40 ans… Peut-être faudrait-il arrêter d’être plus royaliste que le roi…

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