{Les yeux sur leurs mots #1}

J’y pensais depuis un certain temps déjà, mais je suis comme ça moi, que voulez-vous, il faut que quelqu’un d’autre me dise que ce serait bien si, pour que je le fasse. Je suis consciente de la difficulté d’un tel exercice, j’aime parfois des choses que vous allez détester et vice versa. Le plus compliqué à gérer étant sans doute le versa.

Elle m’a dit « franchement avec tous les bouquins que tu lis, tu pourrais nous en parler, ça me ferait une liste de lecture sans trop de danger » / je ne lis pas tant que ça, ai-je répondu/ Au delà de douze livres par an, je pense qu’on peut dire que tu lis beaucoup/ Mais ça ne veut rien dire… / Tu portes un autre regard sur leurs mots, j’aimerais qu’il m’éclaire dans mes choix, je n’ai pas le temps de me tromper.

 

perle

Mon premier livre de l’année sera donc « La perle et la coquille » de Nadia Hashimi.J’aime bien imprimer une couleur à mon année littéraire par le premier livre lu (toujours cette propension à l’arc-en-ciel).  En Novembre, je suis allée écouter Delphine Minoui parler de son dernier livre. C’était lors de la fameuse rencontre des femmes écrivains. Elle m’a littéralement embarquée dans son histoire car outre de bien écrire, elle parle parfaitement bien, et ça, que voulez-vous, ça me laisse sans voix. Son livre (Les pintades de Téhéran) a fait partie de mon palmarès 2016 et elle m’a donné envie de connaître un peu mieux la vie des femmes dans un pays  comme l’Afghanistan où se déroule l’histoire de Rahima et à travers elle, celle des femmes nées dans un pays où la vie est dictée par le Coran. En contre jour nous suivons également la vie de Shékiba l’arrière arrière grand-mère de Rahima au début du XX° siècle et celle des bacha posh (fillette devenue garçon dans une famille où ne sont nées que des filles. Garçon qui redevient fille dès la puberté). J’y ai vu le travail de tissage à plusieurs fils d’un tapis afghan et le trou d’espérance qui s’agrandit au fil de temps et dont on finit par ne voir que lui.

Dans ce roman, la cruauté, l’injustice et la violence que subissent ces femmes nous nouent la gorge. Pas de pleurs, pas d’apitoiements mais une profonde et sourde colère avec une étincelle d’espoir accrochée comme la poussière aux semelles de Rahima dans sa course vers la liberté. Un espoir porté par ces quelques femmes qui osent parler et affronter les hommes de leur entourage. Et puis, en contre jour, avec un goût amer dans la bouche, constater le recul de la condition des femmes.

danser

« Danser au bord de l’abîme » de Grégoire Delacourt. J’aime beaucoup Grégoire Delacourt. J’aime sa plume élégante qui va chercher  les tourments de l’âme. À l’anecdote qu’il sait rendre universelle, vient désormais s’ajouter la gravité. Il fait une incursion dans l’intimité d’un couple et au delà de l’apparence, les tourments de la femme alors que tout semble aller pour le mieux dans son bonheur tranquille. J’aime qu’il prenne le point de vue de la femme quand il écrit. Beaucoup de « j’aime » ici, alors que j’avais promis de ne pas trop en mettre pour vous laisser libres de lire. En écho à la journée des femmes écrivains, je repense à une phrase entendue « j’aimerais que quand on lit mon livre on ne se demande pas s’il est écrit par un homme ou une femme ». Si une femme avait écrit ce livre, avec les mêmes mots et les mêmes phrases, on aurait cherché  à quel moment apparaissait la vérité de la vie de l’auteur (mon problème quand je travaille car même si j’invente je sais que ceux qui lisent cherchent/trouvent des correspondances). Sans doute dans ce cas là aurait-il eu moins d’écho et on l’aurait trouvé trop larmoyant. Parce que j’ai parfois trouvé qu’ il en faisait trop. J’ai parfois tourné les pages un peu trop vite. J’ai parfois sauté les passages de la chèvre de Mr Seguin qu’il tisse avec l’histoire d’Emma, en contre-point. Et puis, comme il devait s’en douter, il a mis le texte intégral à la fin du roman, comme un nouvel éclairage sur la vie d’Emma.

Si jamais vous lisez ces livres, n’hésitez pas à venir partager votre point de vue.

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2 réflexions au sujet de « {Les yeux sur leurs mots #1} »

  1. Merci pour ces deux conseils . Je viens de terminer Eux sur la photo d’Helen Gestern après le premier de la trilogie d’Elena Ferrante j’ai l’impression d’avoir bien commencé l’année aussi.

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