{Vivement ce soir ? }

Le cri des oiseaux avait investi les méandres de mon cerveau. Je les entendais piailler, faire les réponses et les questions, j’aurais donné cher pour comprendre ce qu’ils se disaient. Je me concentrai trois secondes pour les dénombrer, peine perdue l’immense cèdre en face de ma chambre était un véritable HLM. J’entrouvris les paupières. Les ombres du matin s’amusaient sur les murs de la chambre fabriquant des images mouvantes. J’ai remonté la couette sur mon visage et ai tourné le dos à la fenêtre. Ça m’apprendrait à oublier de fermer les volets de la chambre sous prétexte que la flemme était la plus forte.

Son odeur est venue me chatouiller. Mes narines à deux centimètres de son crâne ont frétillé sous le parfum de bébé qui émanait de lui, comme si pendant la nuit il redevenait le tout petit enfant que j’ai encore quelquefois, fiché dans mes rétines. J’aurais voulu dormir aussi. Quelques minutes salutaires, retenir mon souffle encore quelques instants, comme quand on glisse sous l’eau et qu’on tend la main pour toucher le bord de la piscine. Quelques mètres de plus, quelques secondes au bout desquelles on n’est plus tout à fait sûr de pouvoir retrouver le ressac normal de sa respiration. Mes pieds ont commencé à s’agiter. Et puis mes doigts. Mes cils ont papillonné. Et mes pensées se sont détachées et sont allées jouer avec les ombres sur les murs.

J’ai entrouvert les yeux. Un rais de soleil entrait par le rideau tirebouchonné et se posait sur les doudous qu’il avait envoyé valser au coeur de sa nuit. J’ai pensé que je pouvais rester là. A regarder le plafond et ses fissures dans les angles. Personne ne m’en voudrait. Personne ne m’attendait. J’ai posé mes bras sur la couette, le long de mon corps et entrepris de réfléchir posément. Le poids qui hier matin était posé sur ma poitrine n’y était plus. Il y avait à la place, la longue liste de ce que j’avais mis entre parenthèse et qu’il me faudrait reprendre. J’allais devoir me presser. Et puis non, en fait. Je ne pourrais aller le voir qu’à partir de 13 heures, je ferais aussi bien de dormir jusque là, et passer de 8 heures à 13 d’un trait.

Malheureusement, mon cerveau ne l’entendait pas de cette oreille. A moins que ce ne fussent les oiseaux qui s’étaient remis à piailler. Pour un peu je me serais prise pour Blanche Neige. Et en plus j’avais un nain dans mon lit.

Mes doigts ont alors pris le relai et ont balayé l’écran. Deux sms m’attendaient déjà, ils sont nombreux à m’accueillir au saut du lit depuis deux jours. J’ai balancé mes jambes hors du lit, il était l’heure.  J’ai répondu d’un mot et un dessin. Mes sms sont toujours très succincts à moins que je ne doive expliquer un bilan médical. Alors, un troisième message est arrivé arrivé: « Bien dormi mon amour?, Vivement ce soir »

Merci d’avoir été là.

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