{La fille qui voulait vivre sa vie}

En Adoptie, j’ai parfois connu des histoires gaies. J’en ai parfois connu des tristes.

Un jour, j’ai rencontré une fille. Elle était belle comme le jour et portait un sourire sur ses lèvres comme d’autres portent un collier à leur cou. Avec elle j’ai partagé une date d’anniversaire, un gros chat en peluche appelé Oscar, une tasse de thé dans un endroit charmant, des coïncidences folles et quelques larmes aussi. Et puis, entre nous, le silence, celui  qui guérit tout et permet de se reconstruire, s’est immiscé.

Un long silence entrecoupé de quelques mots. « Tout va bien, ne t’inquiète pas ».

Elle disait « C’est mon rêve à moi, si je veux y arriver, je le ferai seule. C’est mon choix et je veux le vivre. »

Elle disait « j’ai la force qu’il faut pour le faire » alors elle essuyait ses genoux écorchés et continuait sa route.

Parfois son nom s’invitait dans nos conversations: « tu as des nouvelles ? »

Je secouais la tête de droite à gauche. Non, je n’en avais pas. Je n’osais demander si de son côté elle en avait. Je préférais ne pas savoir, pour ne pas être celle qui ne savait pas.

La fille qui voulait vivre sa vie avançait, plus forte encore qu’hier. Comme en cavale. Le coeur au bord des lèvres, les bras ballants et le souffle coupé parfois, mais plus forte chaque matin qui se levait à sa fenêtre. Elle cheminait vers eux, ses tout petit, les yeux remplis d’étoiles. Elle les avait cueillies une à une dans le ciel d’été et connaissait la valeur de chacune d’elles. Elle leur avait donné des petits noms aux accents chantant et les invitait tour à tour à la rejoindre quand son souffle s’altérait.

La fille qui voulait vivre sa vie a connu la profondeur des trous sur le chemin. L’âpreté des larmes qui refusaient de couler.

J’ai eu de ses nouvelles. La fille qui voulait vivre sa vie est allée au bout de ses rêves et en a appris la valeur. Elle n’y est pas allée seule, elle n’était pas faite pour la solitude. Le soleil est-il fait pour la solitude ?

Elle vit sa vie et aujourd’hui, elle sait qu’il n’en n’existe pas de trop belle pour elle.

Et puis, vous savez quoi? Sa vie a maintenant le son de rires d’enfants comme bande sonore.

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