L’éclat de vos rires

Je suis restée à vos côtés. Plusieurs fois vous m’avez demandé si je n’avais pas trop froid. J’ai secoué la tête. « Retourne t’assoir en haut » m’avez-vous dit. Docile, j’ai fait demi tour. Vous aviez l’air de savoir mieux que moi.

Vous étiez au plus près de l’eau, je me suis assise sur la fouta. Au ras du sol, le vent  n’avait plus d’emprise sur les picots qui parcouraient mon corps.  Vous vous êtes retournés vers moi pour vous assurer que je vous avais écouté et j’aurais pu jurer que vous rajouteriez « elle a toujours froid », mais je n’ai pas vu bouger vos lèvres. Les petits bonhommes perchés sur un bout de bois virevoltaient sur la crête des vagues. Vous vous êtes appliqués à les suivre des yeux, les miens ne voyaient plus que  vos cheveux qui  dansaient aussi et se mélangeaient. Je me suis dit qu’il serait agréable de passer mes doigts dedans. Mais je suis restée à ma place. Et j’ai fermé les yeux.

Je crois bien que je me suis endormie. Quelques minutes à peine, dans le cliquetis du micro qui annonçait le nom de figures de style surfesques que je ne connaissais pas : back side, barrel, beach break et la couleur des tee-shirt associée au pays. De temps en temps quelques applaudissements timides me faisaient tressauter mais mon esprit persistait à errer dans le flou.

C’est le son de vos éclats de rire mêlé au chant des vagues qui m’a tiré de ma rêverie. Je ne voulais pas en perdre une miette. Une fois relevée, je vous ai regardé jouer avec l’eau, j’ai regardé vos pas légers qui me rappelaient ceux que je faisais auprès de Maminette quand elle cachait ses orteils dans le sable mouillé et que les miens avançaient, reculaient, sautillaient parfois.

J’ai attendu jusqu’au bout que vous remontiez. Je ne suis pas venue à votre rencontre. J’ai eu l’impression que les choses s’étaient inversées, que c’était vous qui preniez soin de moi. Vous m’avez souri « tu as bien dormi mamounette ? » J’ai failli mentir, dire que non, je n’avais pas dormi, à peine m’étais-je assoupie, et puis j’ai renoncé et acquiescé.

Je me suis dit que j’avais bien de la chance de vous avoir rencontrés tous les quatre à des moments importants de ma vie, chacun avec vos particularités et vos attentions à mon égard, vos bisous, vos je t’aime, le parfum de vos cous, vos doigts frais entre les miens, vos espoirs et les quelques minutes que nous grappillons au temps, pour nous dire l’essentiel, à des moments qui ne sont pas toujours les meilleurs pour l’un d’entre nous.

Merci mes enfants chéris de m’avoir appris à ne pas m’attarder sur un froncement de sourcil ou un silence plus blanc, sur un front rougi et des genoux qui tremblent, sur une voix éraillée ou un sourire bancale. Merci de m’avoir appris les pas de la danse qui vous éloigne de moi et vous emporte là où vous devez aller. Merci de m’avoir fabriqué à l’image de la mère que je suis devenue. Certainement imparfaite, râleuse et boudeuse, impatiente, mais foncièrement heureuse.

J’ai fixé une image de chacun de vous et l’ai rangée dans mes pensées pour la ressortir au bon moment. Quand il en manque un à l’appel. Je ne m’y prends ni trop tôt, ni trop tard, juste au meilleur, parce que l’éclat de vos rires est plus grand que vos absences.

En écrivant ce texte, j’ai une pensée pour Isabelle et le bout du parking couvert où nous avons évoqué en deux minutes ce drôle de moment, quand les enfants s’en vont.

Ps: ne vous inquiétez pas, ce texte n’est qu’une histoire, peut-être même un exercice et pas du tout le reflet de mes pensées ou mon moral. Vous savez, les gens qui écrivent ont souvent un problème avec la vérité. On ne sait jamais où elle commence, ni où elle s’arrête.