Vendredi confession #4 : le burn out

Franchement, si j’en parle aujourd’hui c’est que ça va mieux (merci), même si je sens que tout peut basculer. Encore. Que l’équilibre reste précaire.

Il m’aura fallu tout ce temps pour réussir à poser les mots sur ce dont je souffrais et en venir à bout. Seule. Sans médicaments. Sans vraiment d’aide. À cause de mon silence qui était pourtant un des symptômes.

Avant, j’étais « patronne », comme on dit, mais plutôt que cette étiquette je m’en collais une autre sur le front celle  d’accompagnant.

Voilà, c’est ça : j’accompagnais les gens vers la réussite. Réussite professionnelle et personnelle, j’étais persuadée qu’une réussite pro s’accompagnait toujours par un bien être personnel (bien avant que ça ne soit à la mode, c’est toute l’histoire de ma vie, j’ai toujours un ou deux trains d’avance) et que l’un n’allait pas sans l’autre. Je me souviens, lors d’un séminaire, m’être présentée comme celle « qui donne envie d’avoir envie ». C’était il y a une vingtaine d’années, ils n’ont pas vraiment compris ce que je voulais dire par là. J’avais à coeur de transmettre l’envie, j’étais le poil à gratter, celle qui inventait de nouvelles façons de faire et finalement, j’aimais bien ça. J’y mettais un peu trop d’affect sans doute. Et puis, il y avait l’autre versant de mon job, celui qui était moins créatif, la RH. Je ne m’étendrais pas  sauf que je dirais que c’est ce versant qui m’a fait jeter l’éponge (encore aujourd’hui rien que de l’écrire j’ai une boule dans le ventre). Là aussi, je devais mettre trop d’affect.

De ce burn out, personne n’a rien diagnostiqué. C’est la dure loi des chefs d’entreprise: le burn out des patrons de PME. La douleur au travail n’est pas réservée aux employés. Il y avait les journées à rallonge (souvent on en riait avec ChériChéri on commençait sous la douche à 6h et on arrêtait d’en parler le soir sur l’oreiller. J’ai fini par en pleurer), les difficultés multiples et variées et les tracasseries administratives, les règles du jeu qu’on nous changeait en plein milieu de l’année, la stigmatisation des patrons assimilant ceux des PME à ceux des multinationales. Bref, il y aurait tant à dire.

J’ai d’abord commencé à m’enfermer dans une bulle. j’avais un super-bouclier invisible qui ne laissait plus rien passer (sauf que derrière il y avait un précipice, il faisait noir et le froid était glacial) et des oreilles bioniques qui se sont mises à dérailler. De plus en plus souvent. Très vite, chaque petite tâche est devenue insurmontable, je n’arrivais plus à envoyer de mail, mon assistante ne me passait plus d’appels parce que je n’avais rien à dire, j’étais devenue mutique alors que dans mon cerveau, ça bouillonnait, je ne trouvais plus mes mots, je suis devenue apathique, amorphe, ne répondant plus à aucun signal. Je dormais de plus en plus mal et de moins en moins longtemps, mais de plus en plus souvent. Rien ne me faisait ni plaisir ni envie, mes cernes rivalisaient avec les verres de mes lunettes de soleil derrière lesquels je les cachais.

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre.ChériChéri un peu moins. Le ras le bol nous est arrivé en même temps, mais n’a pas eu les mêmes effets sur l’un et l’autre.

Alors, nous avons changé de vie. Vendu une partie de notre activité. Et je me suis arrêtée. J’avais des excuses (un déménagement, une nouvelle vie, une maison à décorer, meubler, des activités pour les enfants à trouver… et puis un projet. J’ai toujours besoin d’excuses) Quand nous sommes arrivés à Bayonne, il y a un salon de coiffure qui m’intriguait.  Il ne nous appartenait pas et ne nous avait jamais appartenu, mais quand je passais devant, j’avais la nausée. Mais vraiment la nausée. J’étais à chaque fois à deux doigts de me trouver mal. Une boule au ventre ou des fourmis bien noires et grouillantes qui agrippaient mes entrailles. Des frissons. L’impression que tout mon sang rejoignait mon cerveau sans pour autant faire de position inversée dans la rue. J’avais l’impression de peser dix tonnes. Au début je n’ai pas compris le message, ce n’est que plus tard, quand j’ai pu passer devant sans (trop) rien ressentir que j’ai compris qu’il représentait mon burn-out. C’était il y a un mois.

Encore aujourd’hui je suis incapable de regarder un sujet aux infos qui traite de liquidation judiciaire de PME, mise en redressement, affaires prud’homales, syndicalisme…. Je trouve difficile d’entendre parler de bien être au travail sans qu’on prenne en compte celui des patrons de PME. Si je devais faire de la politique,  je m’investirai sans doute là dedans. Il y aurait tant à faire, parce que la plupart du temps on se tait, on se terre, on surréagit ou on est apathique, on tremble, on a honte, on se dit qu’il n’y a qu’une seule issue et qu’elle est définitive.

Peut-être que j’aurais dû consulter, mais je n’ai pas su faire la différence entre le burn-out et une dépression. J’avais le bon âge pour la faire,  quelques raisons aussi. Peut-être qu’on aurait pu me tendre la main. Mais le plus souvent je les enfouissais dans mes poches. Peut-être que si je n’avais pas eu honte de ce qui m’arrivait tout aurait été différent. Heureusement, ChériChéri était là. Et les enfants qui me ramenaient à l’essentiel. Et le yoga. Et la cuisine. Et l’océan qui a, finalement, tout retricoté. Et les mots que j’arrive enfin à poser. Ici ou ailleurs.

Hier, je suis allée travailler dans un salon, sans ChériChéri et je crois que j’ai réussi à sourire. Je crois. J’ai réussi à faire ce qu’on attendait de moi. Je crois et je ne suis pas partie en courant. Enfin, presque pas.

(Merci d’avoir lu jusqu’au bout. Oui, bé, toutes les confessions ne sont pas rigolotes, mais j’espère que celle-ci fera bouger les choses quelque part pour une seule personne.)

 

 

30 réflexions au sujet de « Vendredi confession #4 : le burn out »

  1. Merci pour ce témoignage prenant et sincère. Tu as su trouver et développer seule les clés pour te sortir du burn-out, tu as su t’extraire d’une situation devenue nocive, BRAVO. Tu peux être fière de toi et je suis certaine que ton témoignage aidera des personnes qui vivent la même situation. Bisous !

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  2. Si l’équilibre est encore fragile il pourrait peut être être encore intéressant de prendre un ou deux rdv avec un spécialiste pour mettre tout à plat et peut être consolider les fondations? Dans tous les cas bravo De savoir en parler. Bises et bon vendredi !

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    1. Je ne sais pas si j’ai trouvé Le chemin puisque j’ai dû jeter l’éponge. J’ai trouvé le seul qui me semblait possible à l’époque, mais comme le dit Marieal tout n’est pas gagné. Bonne sortie du tunnel pour toi. Bisous

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  3. jeter l’éponge n’est pas négatif, il faut beaucoup de courage et d’acceptation pour cela, tu as trouver le chemin, ton chemin, peut être un petit chemin vers un autre chemin, plus grand, plus large, plus pentu, plus fréquenté… qui sait.
    le tout c’est de faire le chemin à son rythme.
    Tendres baisers.

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  4. Merci pour tes mots, j’espere qu’ils sauront atteindre ceux et celles qui sont perdus derriere leur bouclier ou leur bulle… Pour avoir une maman dépressive depuis de longues années, je sais bien, en tant que spectatrice, combien la honte est forte, alors qu’elle ne devrait pas exister. Je te fais un enorme calin virtuel, prends bien soin de toi

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  5. Nos politiques font bien plus que de jeter l’éponge ! Le contexte et les nouvelles règles ou les abus, comme le rsi qui passe tous les patrons au presse agrumes pour se rendre compte des discordances une fois que c’est fait!
    Tu as fait le plus dur mettre des mots sur un mal et ca c’est déjà beaucoup. Tu as pris la force dans tout ce qui t’entoure de positif et de ressourçant. Je suis sûre qu’au bout de ce tunnel les étoiles sauront t’éclairer pour trouver le chemin.
    Je t’embrasse et une très belle journée ☀️☀️☀️

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  6. Ma société va probablement bientôt fermer…je ne suis pas patronne..mais ta description des ressentis est tellement juste.
    Pour le moment..je n’ai confiance en rien et surtout pas en moi. Des projets…il y en a mais je n’arrive pas à y croire ..alors je me tais et je m’enferme.
    Mille douces pensées. Je vous aime.

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  7. j’ai vécu ça au cours des derniers mois, je n’ose me dire, m’avouer que c’est ça, un burn out … cette envie de pleurer permanente alors que, quand je regarde mes enfants et mon homme, je me dis que j’ai tout pour être heureuse, je pars bosser sans envie, sans motivation, … ma tête bouillonne de ce qu’il faudrait faire, de la façon dont on pourrait avancer, avec artisans et les PME justement, mais je sais que les élus pour lesquels je bosse se moquent de ces gens-là, que je me bats contre des moulins à vent depuis janvier, alors … je n’ai plus envie, « mes » artisans ne suffisent plus à me donner la patate, mes collègues font presque tous la gueule ou se plaignent et se replient sur le « chacun pour soi », … je n’ai plus le coeur à bosser, à tourner la page, … il me manque sans doute l’életrochoc, le coup de pied au cul, … je travaille dessus, j’espère que l’été me fera avancer, oublier, passer au-dessus, … Je ne sais pas … ton post du jour m’aide à y croire en tous cas …
    MERCIssssssss

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  8. touchant témoignage, je l’ai vécu à travers une amie .. un courage absolu d’un combat de tous les jours et un travail sur soi très très long, … arriver à en parler est déjà une telle réussite ! bravo avec toute mon amitié

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  9. Bonsoir Nathalie,

    J’ai envie de te dire que je suis heureuse que tu ailles mieux, que tu arrives à poser des mots sur des maux mais plus encore j’ai envie de te dire ma profonde tristesse de ce silence. 18 mois : décembre 2015, je ne crois pas au hasard, quelques jours passés à vos côtés pour un 4ème anniversaire, une photo à 9 dont je pensais qu’elle ne se réaliserait plus jamais, la lumière d’hiver sur des levers et des couchers de soleils, des photos par centaines pour ne pas oublier et puis il y a eu tes sourires et tes éclats de rires dont j’ai appris à décripter le sens. Il y a eu ces au revoir, des mains qui s’agitent jusqu’à ne plus les voir. Nous avons passé le pigeonnier, je me suis retournée une dernière fois pour dire adieu à Montplaisir. 18 mois que je ne peux oublier mais c’est ainsi. Tu sais, pour te l’avoir dit à de nombreuses reprises, tout l’amour que nous vous portons. Toi seule, sais lire entre ces lignes.

    Monelle

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  10. Après la tempête il y a toujours le soleil …pas évident d’en parler de ce fichu burn out ..pas evident non plus d’accepter qu’il nous embête …on est tous des « candidats « potentiels ….à chacun de trouver son chemin pour l’éviter ou le dépasser ,……profites des moments de sérénité retrouvés pour te retrouver .. la famille ,le yoga , l’océan, sont de toute évidence d’excellents remèdes ..
    Très belle soirée
    Caroline

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  11. Finalement ce changement de vie bénéfique que tu semblais redouter il y a un e cela 1 an a été bénéfique puisque tu as tourné la page de ce mal-être profond. Parfois il faut savoir prendre de grandes décisions et c’est une force dont tout le monde n’est pas capable. Bravo pour cette force et pour avoir su avancer et en parler!

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  12. parfois aux travers des lectures sur ce blog j’ai bien senti un fond de , je dirai nostalgie et stress, parfois camouflé par des éclats de rire et de vie, c’était donc ce burn out. j’aurai aimé qu’il existe un mot en français qui traduirait à la fois la colère, l’humeur noire, la mésestime de soi, l’absence d’élan vital parfois pour traduire ce que ça signifie, pas que les gens croient que ce soit « une mode » importé des géants outre altantique, que ça le rende plus concret. Malheureusement souvent c’est comme les autres maladies, tant qu’un proche ou soi meme n’y est pas confronté, on a du mal à mesurer l’ampleur de ce que ça touche dans une vie.
    Souhaitons que le feu soit presque tout sorti pour que la serennité et la joie (et la dans ma tete je vois les petits personnages colorés du livre la couleur des émotions ) remplissent à nouveau toute votre vie,
    merci pour avoir trouvé le courage de coucher en mot ce qui souvent se cache sous le tapis

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