Les cinq questions que l’on m’a posées

Parfois, quand je sors de ma tanière et que je rencontre des Gens, il leur arrive de me poser quelques questions au sujet de mon « projet ». Pas souvent. Pas tous. Et du bout des lèvres la plupart du temps.

Et donc, il m’arrive, fatalement, d’être obligée de leur répondre. Lever les yeux au ciel, faire la sourde oreille ou changer de sujet n’est parfois pas une option envisageable. Tordre mes mains, sourire en penchant la tête ou en regardant par en dessous, rire de ce rire débile que je hais ou regarder mes pieds, n’en parlons pas.

La plupart des gens que je connais  n’écrivent pas (sauf quatre ou cinq, que vous croisez sur ces pages et un ou deux que j’aime beaucoup, mais qui jugent plus prudents de rester dans leur sous-marin). Ou alors ils écrivent des listes de courses, de choses à faire avant leur prochain anniversaire, des post-it qu’ils collent sur le frigo, des listes de prénoms hypothétiques pour leurs futurs enfants ou des sms avec les pouces (chose impossible pour moi).

La plupart du temps, ils trouvent la situation extrêmement cocasse. Lors d’un cocktail, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit  » C’est bizarre, j’ai jamais rencontré quelqu’un qui fait que ça dans sa vie » (j’ai passé sous silence tout ce que comportait le reste de ma vie)  mais quand il m’a regardé avaler une gorgée de mojito (c’était pour me donner une contenance, mais j’ai avalé une feuille de menthe et ça m’a fait tousser)  j’ai bien compris qu’il me mettait dans le même sac qu’un dresseur de puces, ou une majorette (et ça n’avait rien à voir avec ma tenue). Par contre, dès qu’ils sont en confiance, ceux-qui-n’-écrivent-pas posent des questions :

1. Combien de temps tu as mis pour l’écrire ?

Là est le problème : savoir à quand remonte le début ? Je serai tentée de dire 18 mois, parce qu’il faut peut-être que je prenne en compte le précédent roman, celui qui m’a servi à arriver à celui-ci. Ou bien faut-il partir seulement du travail préparatoire qui a commencé le 12 octobre ? Ou alors uniquement le début de l’écriture proprement dite (le 15 janvier). Mais le travail est-il vraiment terminé? Mon petit doigt me dit que non! (il me saoule parfois mon petit doigt) De toute évidence, Il faut se résoudre à une chose : comprendre que c’est loooong!

 2. C’est quand que tu vas être publiée ?

Aïe! Aïe! Aïe, encore une question qui pique. Publié ? Tu veux dire dire, dans un format papier avec une jolie couverture colorée et des pages qui tournent? Publiée, tu veux dire que tu vas pouvoir le trouver au Carrefour du coin en faisant tes courses ou sur n’importe quelle table de libraire. De cette façon-là, il ne le sera peut-être jamais! Et s’il l’est (je croise tous les doigts disponibles à ma disposition) je n’ai aucune idée du temps qu’il faut entre l’acceptation (par un éditeur) et la parution (parce qu’entre les deux, je pense qu’il doit encore y avoir du travail). Par contre si les retours de mes lecteurs VIP sont suffisamment corrects/bons/dithyrambiques (rayer la mention inutile), il le sera sans doute en format numérique.

Bon, le plus souvent, je vois les yeux de mon interlocuteur se baisser à cette évocation. Un roman n’existe que parce qu’il est publié. En vrai.

3. Est-ce que tu m’as mis dans ton livre?

Faut-il dire que oui ou bien faut-il rester évasif. Est-ce que ça fait plutôt plaisir ou plutôt pas plaisir de se retrouver dans un roman? En vérité, il y a un peu de toi, et aussi de toi et un peu de moi. Il y a une phrase qu’une amie m’a dite (elle a un problème avec les inconnus parce qu’elle ne les connait pas)(elle se reconnaitra) parce que ça m’ amusée. Et ainsi de suite, partout il y a des choses, que les gens qui me connaissent vont reconnaître, parce que du coup, tout ce que je vis ou presque est inspirant. Mon souci c’est que peut-être, mes amis n’aimeront pas lire leurs mots dans mes phrases.

4. T’as pas peur que personne le lise ?

Si forcément! Mais je préfère ne pas y penser. Passons à la suivante.

5. C’est une histoire d’amour je suis sûre!

Donc, là, typiquement, la personne en face de moi lève les yeux au ciel et fait mine de vomir. Il faudra quand même qu’on m’explique un jour, ce problème que les gens ont avec les livres d’amour. L’homme ne vit que pour ça (ce qui inclue la femme et les mômes) (mais aussi les chats et les chiens, les hommes politiques, et les gros sadiques), même si la plupart du temps, tout le monde fait semblant du contraire (Ah! non, être aimé de nos jours, c’est tellement dépassé)(mais, bien sûr, tu me rappelles combien tu as d’amis facebook?) Bien sûr qu’il y a de l’amour. Il y en a partout. Tout le temps. Et dans tous les livres. Le mien n’échappe pas à la règle.  Mais s’il y a de l’amour, il n’est pas le sujet du roman, il est juste une passerelle.

6. C’est quand que tu vas commencer à gagner ta vie ?

Toi, mon coco, tu as gagné le droit de rejouer!

Ah! Eh bien ça alors, il y en avait six ! Et vous quelle question vous posez-vous?

Pic by Karim Ghantouss from Unsplach