Dans les yeux de Tanh

Ce texte a été publié en premier sur le blog Dans les yeux de Tanh. Il date du 14 Septembre 2011. Six ans. Six ans déjà. Seulement six ans.

« Tu es arrivé sans crier gare. Les portes étaient verrouillées, les volets tirés, les fenêtres bouclées: tu as dû passer par l’interstice de notre cœur.

Tu es arrivé tôt un matin, à l’heure où le soleil réchauffe la rosée déposée dans le jardin, à l’heure où le café fume encore dans ma tasse au rebord argenté, à l’heure où les premiers coups de feu des chasseurs claquent et résonnent dans ma campagne. La lumière était magnifique, j’aurais dû me douter que cela allait être une belle journée.

Je n’en n’attendais rien. Juste de bons moments à passer avec mes enfants. Le mercredi a toujours pour moi le goût des ces semi-vacances arrosées de soda et de Nutella étalée sur des tranches de pain de mie. Je n’espérais rien non plus. J’en avais fini de croire au Père Noël ou aux cigognes au long cou. Nous attendions. Nous passions notre temps à attendre. Que les mois passent,  que de bonnes nouvelles tombent sur un forum en particulier, un forum où finalement tu ne serais pas. J’avais appris que l’attente n’apporte rien si ce n’est un poids et une langueur que je ne supportais plus. Mon cœur était lourd et je ne savais pas encore qu’il allait s’alléger en quelques minutes.

Le téléphone a sonné. « Je voudrais vous parler d’un petit garçon de 4 ans, qui aura 4 ans à la fin du mois. Il est né au Vietnam».

Mon dieu que la lumière était belle. Je la regardais pour toi. Découvrant des nuances que je n’avais sans doute jamais encore vues. Je restais muette. J’entendais les feuilles bruisser dans le vent du sud, je sentais mon cœur cogner dans ma poitrine, il me semblait que mes deux pieds ne touchaient pas le sol. L’eau de la piscine, à quelques mètres de moi avait décidé de se taire pour ne pas déranger de son clapotis les pensées qui m’assaillaient.

J’avais imaginé la scène des dizaines de fois. Peut-être allais-je pleurer ? Mais il n’en fut rien. Sauter de joie ? Rien de tel non plus. Peut-être faudrait-il que je m’assoies? La position debout me convenait plutôt bien. Me mettrais-je à danser alors ? Mes pieds caressaient l’herbe en cadence, mais j’ai simplement continuer à marcher, tournant dans le jardin comme une girouette qui aurait perdu le nord. J’ai posé quelques questions : son nom, sa date de naissance, comment était-il, le délai de réflexion qui nous était imparti.

 Et puis j’ai raccroché. J’ai tenté de remettre de l’ordre dans mes idées. Un sourire s’était installé sur mes lèvres, un sourire qui fit dire à PetiteChérie « qu’est ce qu’il y a maman? »

Le reste de la journée s’est enchainé. Il fallait prévenir ton papa, ta grande soeur avec un SMS énigmatique et ton frère aussi qui, sitôt assis dans la voiture à la sortie du lycée comprendrait immédiatement qu’il se passait quelque chose. Nous prendrions notre décision de faire route vers toi au bout de la journée.

C’était vraiment une belle journée.

Pic by Timo Wagner from Unsplasch

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