Les choses qui reviennent

Je suis quelqu’un d’habitudes qui aime la routine. Vous allez penser « mais quelle horreur! La routine?! Très peu pour moi. La routine, c’est beaucoup trop ennuyeux. » J’entends un petit peu partout (et même hier soir dans un film à l’eau de rose) que c’est quand tu sors de ta  zone de confort que commence ta vie. Je suis un peu d’accord. Un peu seulement.

Comme je vous le disais dans un précédent article, la routine il n’y a rien de mieux pour : aller vite (et passer à autre chose) , ne pas perdre de temps (et en gagner), elle procure un sentiment de sécurité (et qui a dit que le sentiment de sécurité était mauvais?), et puis la routine a une grande qualité, celle de me mettre en confiance.

Comme les enfants, j’aime la jolie routine des choses qui reviennent et les habitudes qui structurent le temps, pour ne pas se perdre en route et courir sans savoir réellement pourquoi on le fait et surtout après quoi.

J’aime l’assurance que le froid reviendra, que l’été est au bout des giboulées. J’aime les dentelles de souvenirs que l’on rebrode à l’infini, avec de grands fils de soie colorée ou des fils d’or et d’argent.

J’aime ma zone de confort, celle-là même dont on dit qu’il faut savoir sortir pour aller là où tout se passe. J’en sors, mais ce que j’aime par dessus tout, c’est y revenir après avoir parcouru le monde et bougé mes propres montagnes. Elle peut se trouver sur le grand canapé où il n’y a jamais de problème ou sur le bord de son lit quand les ombres nous prennent, contre le chambranle de la porte de la cuisine ou sur le transat au milieu du jardin, là où poussent les hautes herbes. J’aime les saisons qui passent et qui reviennent, toujours à temps, juste avant que l’on se lasse, le départ des hirondelles depuis le fil électrique et les premières fleurs au jardin sur lesquelles on s’émerveille. Le soleil qui se lève et qui descend l’horizon jusqu’à plonger dans l’océan, le ciel qui rougeoie et nos exclamations, comme si c’était la première fois. J’aime le vent qui soulève les jupes et la pluie qui toque aux carreaux, le soleil qui nous cloue sur place et la neige qu’on espère, le nez levé vers les nuages bas. J’aime les rires des enfants qui s’épuisent au fil de la montée du grand escalier, les bougies que l’on souffle, à intervalles réguliers, le chant de l’océan qui se calque au rythme de mon coeur, la sonnerie de l’école et mes pas qui martèlent le trottoir, les vendredis soirs.

J’aime les deuxièmes fois et toutes celles d’après.

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