Vendredi confession #7

Me revoici, dans la série des comment tu as fait, avec le nébuleux problème des personnages. Tu crois, au début, que ces gars-là, ils pourraient bien être tes amis. Ce serait chouette, vous feriez les 400 coups ensemble, vous papoteriez le soir au moment de vous coucher, vous boiriez des martini, et cette grande femme, que tu plantes sur la plage et qui se mesure à l’horizon, avec ses cheveux coupés courts, tu pourrais même parier qu’elle pourrait devenir ta meilleure amie.  Le problème, c’est que pour l’instant tu ne l’as vue encore que de dos. Et de dos, tout les espoirs sont permis.

Les personnages et moi, c’est tout blanc ou tout noir. Soit je les adore, soit ils me gonflent sérieusement.Et là, autant vous dire que c’est compliqué. Il m’est déjà arrivé de les abandonner sur le chemin, de les zigouiller ou de choisir pour eux une vie horrible.

La chose essentielle entre avant (quand j’écrivais toute seule) et maintenant (que je ne suis plus toute seule) c’est que je ne les crois plus quand ils me disent qu’ils savent où ils vont.

En général, ils ne vont nulle part si je ne m’en occupe pas moi-même.

Quand je n’écris pas un roman (comme en ce moment) je cultive mon potager à personnages. Il est niché tout à côté de mon disque dur, un peu comme le sont certains élèves qui squattent le radiateur au fond de la classe. Tout comme eux, mes personnages lancent parfois un regard par la fenêtre, regardent l’hirondelle perchée sur le fil électrique, les feuilles des platanes qui s’envolent sur le bitume de la cour. Tout comme eux, ils attendent la sonnerie libératrice. Mais avant tout ça, il y a du chemin à parcourir. Et notamment, faire pousser les graines.

Qu’est-ce que c’est qu’un potager à personnages : un dossier qui regroupe les textes (environ cinq pages) de présentation des personnages. Il ne s’agit pas d’une liste mais bien d’un texte. Je les mets en situation, comme s’il s’agissait des premières pages de leur  roman. Ils sont dans l’instant T, là où tout commence. Ces quelques pages me permettent de commencer. Et souvent de revenir.

Je ne sais pas ce qui préside au début. Ce qui lance la machine. Ce qui fait voler mes idées, mais je dois avouer que ça coule de source (c’est après que ça se corse). Le plus souvent c’est une manie qui déclenche l’idée (elle tapotait son front du bout de ses doigts, il entourait son crâne d’une longue mèche de cheveux censée faire diversion quant à sa calvitie), d’autres fois c’est une attitude ou une phrase (genre que ferais-tu si). Je me laisse guider et naissent ainsi des portraits. Il n’y a jamais grand-chose au sujet de leur physique. Grand ou pas, blond ou brun, élégant ou plutôt loose, ces éléments ne viendront que plus tard. Au début, il en va de leur sexe, tranche d’âge et surtout de leur état d’esprit.Comment se sentent-ils?  À quel endroit se trouvent-ils? Pas encore de pourquoi. Je sème quelques instants de la vie qui les a mené à cet instant précis. Ensuite, je me pose des questions telles que : qu’est-ce que je veux ressentir quand je lis ce premier texte? De l’empathie, du dégout, de la peur? Je veux partir en courant et mettre le plus d’espace possible entre lui et moi ou le prendre par la main?

Pour ce qui est du prénom, là aussi, c’est compliqué. J’ai parfois besoin d’un prénom tout à fait banal et d’autres fois j’en cherche des hors du commun. Mais il est loin d’être l’essentiel de mes personnages, je ne m’y attache pas. Ils peuvent s’appeler Bernard et devenir Jacques sans que ça me pose le moindre problème. Les prochains devraient s’appeler Grégoire, (^-^), Alice, Paul et Ava.

Une fois plantées les graines dans le potager je recouvre le tout d’une fine pellicule de terreau et j’attends que les premiers germes soulèvent la terre. Quels sont ses qualités et ses défauts, en quoi est-il bon ou nul, a t-il un don quelconque, quel est son but, sa mission, qu’aime t-il ou pas? À quoi rêve t-il, quelles sont ses plus grandes craintes ?

Ce n’est qu’une fois ce portrait dressé que viendront la couleur des cheveux, la taille, l’ allure générale et les relations que le personnage entretient avec le monde qui l’entoure. Puis, pour parfaire le personnage, je lui crée un dictionnaire personnel de mots ou d’ expressions, un phrasé et des tics de langage.

Ce potager à personnages est souvent assez créatif, je ne censure rien et même si je n’utilise pas ce texte tel quel dans le roman, il me sert de panier dans lequel puiser un trait de caractère ou une description, un peu comme les peintres utilisent des esquisses. Il me sert aussi à écrire, à décrire, à commencer, à avancer, alors que je n’ai pas encore trouvé le fil conducteur.

Ah! Et puis, je crois qu’est venu le moment où je dois vous avouer un truc. Vos réponses aux devoirs du week-end m’aident beaucoup à définir certains traits de caractères. Peut-être retrouverez-vous une de vos réponses chez Marie ou Jacques? Ou quelqu’un d’autre? Vous me direz! Alors, demain, je vous espère nombreux !

Pic que vous connaissez déjà, by Tyler Nix from Unsplasch

 

 

Publicités