Vendredi confession # 8

Il semblerait qu’il soit essentiel dans la vie de tout écrivain qui se respecte de se construire une image d’auteur.  C’est un peu le truc de quand j’étais petite quand je croyais que l’habit ne faisait pas le moine, mais que si en fait, il le faisait.

Il est couramment acquis qu’un bon écrivain est un écrivain torturé, malheureux, sale et portant le cheveu gras, alcoolisé, ayant mauvaise haleine, vivant en haut d’une tour inaccessible, la plupart du temps en pyjama, égocentrique et surtout, pas bienveillant pour deux sous.

Sale, alcoolisé et fumeur invétéré : « J’aurais pu me draper de mystère et tirer sur ma cigarette, les laisser imaginer que je m’enfermais dans une pièce sombre, poussiéreuse et mal rangée, remplie de livres et de dictionnaires en tous genres, avec mon chat noir, prénommé Igor, sur les genoux, des journées entières, en buvant des litres de café et vivrait en pyjama ». Mais, il se trouve que je m’habille tous les matins (et pas en survêtement)(au cas où je rencontrerai quelqu’un d’important) et pour ce qui du cheveu gras, c’est mort (c’est un reste de mon ancienne vie: mes cheveux sont propres et brushingués). Je ne fume pas (j’ai essayé une fois pour emmerder mon mec, mais ça l’a pas du tout emmerdé et j’ai gardé un goût horrible dans la bouche pendant trois jours. Beurk). Mon minuscule bureau est la plupart du temps parfaitement rangé et possède une porte vitrée qui occupe la totalité d’un mur, la lumière y rentre à flot. À part mes deux cafés matinaux sans lesquels je n’existe pas, je n’en bois pas dans la journée, ni de thé (j’ai essayé, mais ça me donne envie de faire pipi), ni coca, ni alcool (ça me fait dire trop de bêtises, genre « je vais aux chiottes », à table, devant mon père. Mon père qui croit toujours que je suis une princesse (oui, ok elles peuvent bien avoir 49 ans les princesses, non?) (et accessoirement aller aux chiottes) Ok, je vous l’accorde, je bois parfois un Martini rouge et normalement, ça ne me fait pas trop d’effet (c’est pas comme le punch de mon père). J’ai un chat, noir qui plus est, prénommé Igor mais la plupart du temps il se fout totalement du degré de confort de mes genoux. Il faut dire que je bouge beaucoup.

Torturé : par des voix qui parleraient dans sa tête. Par l’inspiration qui ne viendrait pas, la grâce qui irait titiller le voisin mais pas lui. (Non, vraiment je ne vois pas…). Torturé et donc, chauve à force de tirer ses cheveux ? (C’est bien connu l’inspiration arrive par les bulbes des cheveux. Vous ne saviez pas?)

Torturé et qui vit dans le noir : Je m’habille beaucoup en noir. Est-ce à dire que je suis torturée ?

Torturé et qui écrit la nuit : Longtemps, je dois bien avouer que j’ai écrit la nuit. Enfin, le matin très tôt. Mais c’était plutôt pour une question de logistique et de vraie vie qui me prenait beaucoup de temps, plus que par goût. Parce que, soyons clairs : la nuit ce que j’aime vraiment, c’est dormir. Et. Ok, vous avez compris.

Malheureux, mélancolique, triste: « Je pourrais leur répondre que j’entassais des feuillets sur le coin de mon bureau, « pour après », cette notion étant particulièrement importante : il existait un après, doux, bienveillant et accueillant où les mots s’alignaient d’eux-mêmes. Un après, qu’une machine à créer de la nostalgie aurait transformé en jolies images. » En même temps on se fout carrément du bonheur. Il n’est pas photogénique et le raconter ne rime à rien. D’ailleurs, souvent le bonheur se résume à une phrase « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». On ne retrouve la princesse que si elle devenue junkie, cocue, ou s’il lui est arrivé un truc horrible. Avec plein de i à l’intérieur (à l’intérieur de horriiiiiiible. Non, mais faudrait suivre quand même)

Voyeur, voleur : « J’aurais pu leur dire que je notais des phrases entendues ailleurs, de celles qui sonnaient comme des titres de roman, pour les utiliser « plus tard ». Leur dire que quand ils me racontaient une anecdote, il m’arrivait de la noter. » Ouais, bon ça, un peu quand même.

Un auteur ? Il est affalé sur son canapé à regarder des trucs débiles toute la journée : « J’aurais pu leur expliquer que « non, pas du tout, je ne m’étais pas entichée de cette émission de téléréalité stupide ! » que « non, je ne passais pas la journée entière à regarder des séries télévisées ». Je faisais des Recherches, avec un grand R. Non, je ne cherche pas d’excuses, quand je regarde des trucs pas jojo pour rien (même si j’ai toujours un carnet à portée de mains. Au cas où.)

Toujours un peu ailleurs, jamais vraiment ici : « Je m’imprégnais, je m’inspirais, je rêvais. J’étais cet autre que je n’aurais jamais imaginé un jour pouvoir approcher. Cet autre que je tutoyais en secret ». ChériChéri prétend qu’il est un acrobate de haute voltige, qui marche sur le fil de mes pensées, qu’il vit avec moi sans moi. « Exercice étrange », dit-il.

Et si vous voulez rire, je vous conseille de visionner ça.

Pic by Calum MacAuley from Unsplasch

Publicités