Avant/ Après

Un petit avant / après, pour me souvenir de ce qui faisait ma vie d’avant. On ne sait jamais, des fois que je serai obligée d’y revenir.

Avant : je me levais à 6h00 et j’écrivais une heure à la lumière du lever de soleil. J’entendais tous les animaux de la forêt s’éveiller à leur tour, du plus petit au plus inquiétant (celui-là se réveillait en poussant des ho du côté de ma chambre).

Après : Je me lève à 7h30 en ayant bien du mal à le faire. Le soleil ne m’a pas attendu, ni aucun animaux, même les éboueurs qui choisissent de se marrer en bas de ma fenêtre à 6h22 n’ont rien pu pour moi. L’animal inquiétant levé avant moi n’a rien pu non plus. Il n’y a plus de forêt, ni d’animaux à part peut-être les oiseaux moqueurs nichés dans l’arbre de l’autre côté de la rue.

Avant : Je partais de la maison à 8h10 pour déposer  Mister T ou ses frères et soeurs avant lui à 8h30 à l’école. On mettait la musique à tue-tête et on inventait des histoires sur Carmina Burana.

Après : On part à 8h20 pour arriver à l’école à 8h20. Même en faisant des pas de fourmis. Nous devrions essayer les pas de fourmis à l’envers les yeux clos. Au grand désespoir de Mister T on ne met plus de musique mais on invente encore des histoires.

Dans le avant / après de ma vie, ce qui change beaucoup, c’est la phase suivante ; celle du travail.

Avant: j’avais des collègues. Celle dont je reconnaissais le son des pas sur la moquette du bureau, celle précédée par les effluves du parfum « la vie est belle » qui franchissait la porte de mon bureau quelques secondes avant elle. Je percevais le moindre changement de tension dans le timbre de la voix, la façon de tourner les pages d’un document ou de rouler sur son siège en levant les bras en signe de victoire.

Après : mon collègue, c’est Igor-le-chat. Il joue avec mes doigts parce qu’il doit trouver amusant de les voir gambader sur des touches noires. Vers midi, je percevrai un changement d’humeur de sa part. Il aura faim. Changement qui se reproduira toutes les heures jusqu’à vingt heures. Il y a aussi Diva à qui je suis obligée de demander de se taire cent fois par jour, parce qu’elle ronfle sur son coussin en faisant bouger ses pattes arrières.

Avant : dans ma petite auto, j’affrontais les minuscules bouchons (après lesquels je pestais), en regardant ici, madame qui terminait de se maquiller, là monsieur qui passait un coup de téléphone (alors que tout le monde sait que téléphoner en conduisant est interdit). Je me faisais des challenges genre « ma journée sera bonne si le conducteur fourre son doigt dans son nez avant que le feu ne passe au vert ».

Après : Ma petite auto reste garée à la même place toute la semaine, et les bouchons (énormes) ne me font pas peur (je n’y suis jamais). Parfois je monte jusqu’à la fenêtre de ma chambre pour regarder les gens passer dans la rue. De temps en temps, une jeune femme se remaquille dans sa voiture à l’arrêt avant d’aller au tribunal juste à côté. Alors je lui invente invente une vie. Souvent je vois passer H. Dans un sens et puis dans l’autre.  H qui remet sa mèche en place en un tic nerveux et ne me dira jamais bonjour même si son regard croise le mien (il ne l’a jamais fait en 18 mois que nous sommes ici. Ce type a une grande constance), il y a l’avocat souriant qui ne pourra pas s’empêcher de jeter un œil dans le jardin, ou la voisine qui dira bonjour au chat pendant 25 minutes. Bon. Et parfois, c’est moi qui fiche mon doigt dans mon nez.

Avant : je travaillais de 8h45 à 17h00 du lundi au vendredi dans un bureau avec des photos d’océan accrochées au mur. Nous travaillions aussi de 20h à 6h (la tête sur l’oreiller on m’expliquait ce qu’on aurait dû faire et comment et pourquoi et sous la douche on me donnait le planning de la journée, les gens à rencontrer et les courriers à faire, et comment et pourquoi).

Après : mes horaires s’étendent de 7h30 à 22h du lundi au dimanche, mais comme personne ne vérifie, il se peut que je travaille de 7h30 à 7h50 en estimant avoir « très bien avancé » ou de 9h00 à 18H45 en étant certaine que tout ce que j’ai écrit est absolument nul. Certaines personnes de ma connaissance apprécieraient de retrouver leur dimanche tels qu’ils les ont toujours connus et pas coincés entre un jeudi et un samedi.

Avant : le week-end comportait deux jours, il était toujours au même endroit de la semaine, après cinq jours que je n’avais pas vus passer. Je n’avais qu’une envie : ne rien faire! Mais je devais faire les courses, récupérer les colis laissées à la poste, faire le taxi pour les enfants, faire le jardin et à manger pour belle-maman, téléphoner à droite et à gauche pour conserver un semblant de vie sociale.

Après : le week-end a une place et une durée aléatoires. Si par bonheur il se trouve à la même place que précédemment, je n’ai qu’une envie : faire des tas de trucs. Je pourrais aller à la poste, mais le facteur m’a toujours trouvée à la maison, j’ai eu le temps de faire les courses toute la semaine, j’ai taillé l’herbe aux ciseaux, les enfants se meuvent par eux-mêmes et ChériChéri n’a qu’une envie, ne rien faire!

Avant : je gagnais ma vie.

Après : je ne gagne plus grand chose. Si ce n’est le plaisir à aligner les mots.

Avant : je disais « si je pouvais »

Maintenant : je fais.

Bref. Avant je travaillais. Après je travaille toujours, mais tout est différent.

 

 

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