Wonder

Il y a des livres qui marquent une vie. Pour le Gars en Or ce fut « 35 kilos d’espoir » d’Anna Gavalda.  Il lui a fournit les codes pour, si ce n’est aimer l’école, au moins y passer un temps le moins mauvais possible. Il est de ces livres qu’on s’approprie, qui sont presque nous. C’est le cas de Wonder pour Mister T, ce petit garçon extra-ordinaire.

En 2014, en même temps que ma Kindle, je découvrais Wonder de R.J. Palacio, écrit d’après une histoire vraie, l’histoire d’August, un petit garçon pas ordinaire qui m’avait incroyablement marquée pour des tas de bonnes raisons.

On y parle de différence. De celle bien visible, qu’on regarde en douce dans les files d’attentes aux caisses de supermarché. De celle qu’on entend aussi dans des exclamations plus ou moins discrète « t’as vu le petit garçon? » « Chut, Patxi, on ne dévisage pas les gens comme ça », puis la maman se tourne vers le papa et d’un coup de coude dans les reins l’oblige  à se retourner. D’un coup d’œil, celui-ci comprend qu’il doit regarder ce petit garçon pas ordinaire qui tient ma main. En remontant vers mon visage il ne pourra que plonger dans mes yeux, parce que je ne tournerai pas la tête. Lui, si.De peur de se noyer.

August  arpente la vie, bien à l’abri d’un casque de cosmonaute, parce que ce petit garçon  est surprotégé par ses parents, bien conscients que la différence est encore mal perçue dans nos sociétés.

August est différent. Et ça se voit. Je vous entends, vous allez me dire que les différences invisibles sont certainement plus lourdes à porter que les traces visibles d’un handicap. Vous allez me dire « mon fils est différent parce qu’il est hyper actif, dys quelque chose et la différence, il la vit dans sa classe et avec ses copains, tous les jours, et ce n’est pas facile parce que personne ne l’écoute ». Attendez, j’en sais quelque chose puisque Mlle A l’est, et se rend au lycée accompagnée de son ordinateur depuis quatre ans. Bien entendu, je ne vais pas renvoyer dos à dos les différents niveaux de handicap, ni prétendre qu’avoir un enfant psychotique ce n’est rien. Parce que ça ne l’est pas. C’est épuisant. Et ça n’a rien à voir avec les multiples dys de Mlle A.

La normalité c’est ce à quoi toutes les mamans rêvent. N’avez-vous pas compté les doigts et les orteils de vos enfants à leur naissance, regardé leur poids, vérifié leur audition et leur vue, ne scrutez-vous pas leur courbe de croissance en espérant qu’elle se loge le plus haut possible ou du moins le plus près possible de ce que vous appelez la normalité ? Si ? Oui, moi aussi. Avant. Avant de rencontrer mon petit bonhomme extra-ordinaire. Un petit garçon capable de faire pleurer la maîtresse. (En cinq lignes, quels vœux feriez-vous si vous rencontriez un génie ? « Mon premier vœu serait de retrouver la vue pour que les copains disent pas que je suis nul au foot, d’être intelligent pour travailler plus vite. et d’être invisible. Des fois »)

Dernièrement, je me suis rendue (seule) (applaudissements) à une rencontre avec Isabelle Alonso (Je peux me passer de l’aube). Sur l’étal de la librairie, un album jeunesse: « Wonder ».IMG_0500

Vous remarquez quelque chose ? August porte le tee-shirt fétiche de Mister T. (regardez dans la vie en petits carrés à votre droite, vous allez le reconnaître). Quelle était la probabilité pour qu’il ait la même coupe de cheveux que lui ? Et le même oeil bleu ?

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Wonder sort au cinéma le 20 décembre. Un peu modifié, mais ça vous laisse le temps de lire le livre. Même s’il est rangé sur l’étagère « littérature jeunesse » de votre librairie préférée.

Toute ressemblance avec des personnages connus ne serait que patati et patata.

 

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