Le mari

Jeudi matin, ChériChéri et moi, on s’est engueulé.  Ça nous arrive aussi. Je n’irais pas jusqu’à dire « heureusement » mais bon, voilà, ça nous arrive. Pourquoi ? Pourquoi quoi ? Ah, oui, pourquoi ça nous est arrivé? UN truc vraiment banal. Parce que j’écrivais.

Ce n’est pas comme s’il n’avait pas l’habitude de la chose. Mais je dois avouer qu’il y a des jours où il le vit mieux que d’autres. Je ne sais pas à quoi ça tient. J’ai un peu peur qu’il frôle l’allergie, l’indigestion, voire l’overdose. Il y a quelques années (en 2014, ça ne nous rajeunit pas), j’avais écrit un article sur le fait d’être le mari d’une blogueuse. Depuis, les choses ne se sont pas arrangées. À l’en croire, elles se sont aggravées parce qu’être le mari d’une fille qui écrit,  c’est sans doute pire qu’être celui d’une blogueuse. Cette dernière a les limites qu’elle s’est fixées, sa ligne éditoriale, alors que la fille qui écrit est tout à fait capable d’écrire sur à peu près tout et rien en même temps.Et quand elle a terminé un roman elle en recommence un illico. Apparemment, ce n’est pas de tout repos. Le pire c’est quand elle n’écrit rien.

ChériChéri n’hésite jamais à me rappeler qu’il a fallu qu’il s’adapte  et qu’il s’habitue :

  • à prendre son petit-déjeuner face à la pomme qui illumine le capot de mon ordinateur, à n’apercevoir que le sommet de mon crâne et entendre mes doigts s’agiter avec frénésie. D’après lui, il serait plus judicieux que mes doigts courent sur son dos et que le sommet de mon crâne soit logé dans le creux de son cou (pour l’avoir essayé, cette position n’est vraiment pas top pour écrire)
  • à déjeuner en silence « parce que là, avec tout ce bruit ce n’est pas possible d’aligner trois mots dans une phrase. Tu peux pas préparer ta journée dans ta tête? »
  • à rêver de  prendre la place du clavier (rapport avec mes doigts sur le clavier plutôt que sur lui) « au moins lui, tu le caresses »
  • à ne pas avoir à répondre aux questions « as-tu bien dormi ? As-tu passé une bonne journée ? » parce que je ne les pose pas. Quand il se lève, je suis debout depuis une bonne heure (voire trois, lundi matin dernier) et donc j’ai déjà oublié que certains ont encore besoin qu’on leur demande comment ils vont. Et quand il rentre, c’est pareil. Par contre s’il ne me demande comment j’ai passé ma journée, ça peut saigner!
  • à boire un café froid. En fait, je fais toujours son café avant le mien (sinon le mien n’est pas assez chaud et je déteste le passer au micro-ondes). Bon, du coup, trois heures après il est froid.
  • à m’entendre lui répondre « hum » à ses questions néanmoins de la plus haute importance (« ma chemise, je la mets dedans ou en dehors du pantalon, ma barbe tu crois qu’il faut que je la rase? »)
  • à me voir sourire énigmatiquement à une phrase qu’il vient de dire.
  • à ce que j’attrape un carnet pour noter un truc qui vient de me passer par la tête. Là, tout de suite maintenant, parce qu’après je vais l’oublier. « Là? Maintenant, mais putain, t’es sûre? / j’en ai que pour quelques secondes /moi aussi, ça dure pas indéfiniment cette chose là. Et puis remets la couverture, j’ai froid »
  • à ce que je sois ici, mais pas tout à fait, ailleurs mais pas en entier.
  • à trouver des tickets de supermarché annotés qu’il ne faut absolument pas jeter. Même ceux de 2015.
  • à accepter de ne pas être le premier à lire ce que j’écris « parce que là, je ne suis pas sûre que ce soit bon » (en revanche je suis certaine qu’il trouverait ça très bien. Cet homme fait preuve d’une grande objectivité à mon égard)
  • à accepter de se retrouver mêlé à une sombre histoire de baiser sur la plage  à cause d’un escalier moussu emprunté un soir où les étoiles étaient admirablement positionnées.
  • à ne pas regarder l’heure à laquelle je m’installe au bureau parce qu’il n’y a pas d’heure  avec l’inspiration. En tout cas, avec la mienne. Il se peut qu’elle toque à la porte à 6 heures du matin, à midi ou à 20 heures, parce que je n’ai pas encore réussi à la dresser. Elle arrive. Et moi je suspends tout ce que j’étais en train de faire. Même un mail à Mr XXX (super important pour le développement de l’entreprise). Une fois, je me suis emmêlée les pinceaux et je lui ai envoyé un article à paraître sur le blog. Il m’a renvoyé un mail en me disant qu’il n’avait jamais autant ri en recevant un mail le lundi matin. Je ne suis pas certaine que ChériChéri l’ait su.

Pic by Heng Films on Unsplasch

PS: Et merci pour vos encouragements hier, ils me vont droit là où vous savez.

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