Le Père Noël, c’est qui ?

Quand nous avons rencontré Mister T, il avait quatre ans. C’était en décembre (c’était demain en fait). Il ne croyait pas au Père Noël, il n’en avait jamais entendu parler, alors nous avons créé la légende de toutes pièces pour lui.  Dans le hall de l’hôtel l’immense sapin et les nombreux paquets déposés en guise de décoration nous ont bien aidés. Il faut dire qu’il avait  de bonnes raisons d’y croire au Père Noël puisqu’ en 2011, Mister T a gagné une famille et une cousine de coeur, Lily Gaï.Quand la machine est lancée, il est difficile de l’arrêter.

Le Père Noël devint très vite un personnage incontournable et essentielde la petite vie de Mister T. Quand je m’interrogeais, quand je demandais conseil, on me répondait « laisse-le y croire », « ne t’inquiète pas, il a de bonnes raisons d’y croire », ou encore  » Tu crois vraiment qu’il y croit encore ? »

J’en ai déjà parlé ici, j’aime les légendes parce qu’elles sont des portes ouvertes vers l’imaginaire tout en étant ancrées dans le réel.   La part d’imaginaire est essentielle à la construction de l’enfant puisque jusque vers l’âge de six ans, l’imaginaire est tout-puissant. Ils s’inventent des histoires pour construire leurs propres repères. D’après le psychologue Philippe Scialom : « Le Père Noël répond à un besoin et à des étapes du développement de l’enfant. S’il n’existait pas, les enfants l’inventeraient ». Un enfant a besoin de croire au rêve et à la magie pour se développer et  nourrir la créativité qui lui servira encore (et toujours) une fois adulte. J’aime bien cette idée que la magie commence à Noël.

Pour l’avoir vécu trois fois, les choses changent quand le doute commence à se frayer un chemin jusqu’à l’enfant.  On me disait « Attends encore un peu, à l’école, avec ses amis, Mister T sera confronté à un moment donné à la vérité dans la bouche des autres enfants ». Mais jamais le doute ne s’est fait sentir chez Mister T. À croire que toutes les parts de lui y croyaient dur comme fer. Pas de question du genre  » Mam, le Père-Noël il existe vraiment, parce que Louis m’a dit que ?” Je ne pouvais donc pas lui répondre ce que j’avais répondu à ses frères et soeurs:  “Et toi, penses-tu que le Père Noël existe ?”

La prise de conscience devrait donc avoir lieu d’une autre façon.

Ce jour-là, nous étions sur le canapé à papoter avec Mlle A et Mister T, lorsqu’une publicité télé passa. On était encore en Novembre et le spot nous invitait à téléphoner au Père Noël. Mister T m’interrompit « Mam, regarde, il va falloir le faire ». Et là, je n’ai plus pu continuer. « Chéri, j’ai quelque chose à te dire ». L’heure était grave. Mister T s’est immobilisé en me fixant droit dans les yeux. Le problème c’est que je ne savais pas du tout par où commencer. Je crois que je me suis légèrement emmêlé les pinceaux. Je lui ai parlé de la faisabilité, de la probabilité qu’un inconnu dépose en une nuit partout (du Vietnam à la France en passant par le Mexique) (heureusement qu’il ne m’a pas parlé des fuseaux horaires sinon, j’étais cuite) les jouets demandés. « Et d’ailleurs tu imagines la quantité de lettres qu’il devrait lire ? » J’ai vu passer une lueur d’horreur. Saperlipopette, effectivement, il y en avait plusieurs millions!

La « révélation » s’est faite comme ça, sans heurts, vers 18h30. Il m’a demandé pourquoi les parents inventaient cette histoire, j’ai répondu « parce qu’elle est jolie et nous fait tous rêver, même quand on est grand ». Un peu plus tard, il m’a dit plusieurs fois « Ah, c’est pour ça que » suivi de souvenirs divers qui remontaient à sa mémoire.

Aujourd’hui nous prenons plaisir à lire ensemble la grande collection d’albums de Noël commencée pour le premier noël de Grande Chérie (« quand je serai grand, je serai Père Noël » de Grégoire Solotareff, « Le noël de Balthazar », « Le loup qui n’aimait pas Noël », « un noël de sapin » ou « le père noël et les fourmis » de Philippe Corentin pour n’en citer qu’une minuscule part).  Très sérieusement, il m’a demandé si ne plus y croire allait changer quelque chose. « Non, bien sûr que non! » lui ai-je répondu.

Cette année, Noël a intérêt à tenir ses promesses, mais Noël n’est-il ce que nous voulons qu’il soit ?

Et vous, vous croyez au Père Noël ?

Pic by Donald Teel

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