L’ange polisseur d’étoiles

 

Maël était un ange. Oh, un tout petit ange, mais un ange quand même. Il avait deux minuscules ailes accrochées dans le dos qu’il arrivait de temps en temps à actionner. Comme tous les anges, Maël avait un travail bien défini. C’est la règle au Paradis où chacun a une mission. Certains anges veillent sur les hommes, on les appelle les anges gardiens, d’autres annoncent des bonnes nouvelles, d’autres encore veillent. Maël, lui, était chargé de faire le ménage au paradis. Mais le paradis est bien propre. Il arrive bien, tous les 100 ou 200 ans, à Maël de ramasser une plume tombée au sol, ou un bout de nuage égaré dans un coin, mais c’est à peu près tout.

Maël voulait pourtant devenir polisseur d’étoiles. Dès qu’une annonce était déposée, il filait à toute allure vers le bureau d’embauche pour essayer d’obtenir la mission. Il prenait place au bout de la longue, longue, longue file qui s’étendait devant lui et au bout de plusieurs heures, il s’entendait dire qu’il était bien trop petit pour un tel travail. En vérité, il ne pourrait pas tenir le chiffon à polir. Il pourrait à peine le soulever tant il était lourd. Il repartait donc penaud vers sa première mission. Et à nouveau on pouvait le croiser avec sa pelle et sa balayette traquant le moindre morceau de poussière et s’ennuyant ferme.

Un jour, une nouvelle annonce fut déposée. Fidèle à lui-même il courut jusqu’au bureau des embauches. Une fois arrivé il s’aperçut qu’il était seul devant le bureau. Il demanda à l’ange chargé du recrutement s’il était en avance. Non, lui répondit-il. Il demanda alors s’il était en retard. L’ange lui répondit : « Tu es pile à l’heure. Tu veux devenir polisseur d’étoiles, c’est ça ? » Maël répondit que du plus loin qu’il se souvenait il avait voulu devenir polisseur d’étoiles, que c’était son rêve, son idéal. L’ange recruteur lui dit :

– Tu sais, il s’agit d’une toute petite étoile toute terne et bien insignifiante, n’imagine pas qu’on va te confier une de ces étoiles magnifiques qui éclaire la nuit. Non, la tienne est une étoile de rien du tout.

-Moi ça me va. Elle sera parfaite. C’est juste celle que j’attendais

– Très bien, elle est à toi, de toute façon personne d’autre n’en veut, alors je te la confie. Il faut que tu ailles à 12536890km, que tu fasses un pas sur ta gauche, puis que tu tournes dans le sens des aiguilles d’une montre et tu la trouveras.

Aussitôt Maël se mit en route avec le chiffon polisseur qui lui avait été attribué. Arrivé près de l’étoile, il entreprit de la frotter, de la frotter, de la frotter. Toute la matinée. Et puis tout l’après midi aussi. Et même le soir quand tout le monde eut terminé son travail il continua à frotter. Mais au matin, la petite étoile était toujours aussi terne. Il continua son travail. Il n’arriva pas au bout de ses peines en une journée, ni même en deux mois, toujours pas au bout de trois ans. Ce n’est qu’au bout de quatre siècles que la petite étoile se mit à briller. Elle illumina alors tout le ciel autour d’elle d’une douce luminosité.

Un jour, un ange de ses amis attiré par cette nouvelle lueur dans le ciel passa le voir. En voyant ce qu’était devenue la petite étoile, il lui proposa de participer au concours de la plus belle étoile.

-Mais, mon étoile est bien trop petite, trop insignifiante à côté de toutes celles qui font scintiller le ciel !

-Ce n’est pas la grandeur, ni la grosseur d’une étoile qui en fait sa valeur, c’est sa lumière.

Convaincu par ces paroles, Maël accepta de participer au concours et partit, sa petite étoile sous le bras. Arrivé à la porte du concours, il prit place tout au bout de la longue, longue, longue file qui s’étendait devant lui. Et il attendit. Devant lui, des anges polisseurs, très sûrs d’eux avec leurs magnifiques étoiles, défilaient devant un vieux monsieur pourvu d’une longue barbe. A chaque étoile l’homme secouait la tête en un signe négatif. Aucune ne semblait lui convenir. Puis, ce fut le tour de Maël. Il attrapa son étoile, mais un grand bruit retentit. Le son d’une énorme trompette secoua l’assistance. L’ange Gabriel entra en brandissant son étoile. Maël baissa les yeux sur la sienne en un regard empreint de tristesse : Gabriel gagnait tous les concours et son étoile était, fantastique, magnifique, somptueuse. Elle scintillait de mille feux, ses rayons étaient tour à tour dorés ou argentés, rouges ou jaunes, violet ou mordorés. Maël savait que sa petite étoile n’avait aucune chance face à celle de Gabriel. Mais, le vieux monsieur ne semblait pas convaincu. Il se tourna vers Maël, lui fit signe de s’approcher et lui demanda de lui montrer son étoile. Quand il la sortit, elle brillait d’une lumière douce comme une caresse, chaude comme un baiser, et brillante comme l’amour. Alors le vieux monsieur sourit et hocha la tête.

-hum, hum, hum elle va lui plaire, j’en suis certain.

Le vieux bonhomme prit la petite étoile, et Maël toujours à ses côtés, il la déposa au dessus d’une étable dans laquelle avaient pris place un homme, sa femme et un tout petit enfant qui venait de naître.

Pic by Gareth Harper from Unsplasch

Édit : Dans un festival de contes j’ai entendu cette histoire. Je l’ai trouvée si jolie que je me suis empressée de la mettre en mots. L’histoire n’est pas de moi, les mots si.

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