Les cuisses qui se touchent

Mes cuisses et moi on a bien fait rire ma mère, l’autre jour, quand nous étions sagement avachies sur un fauteuil chiné par ses soins (les soins de ma mère, mes cuisses n’aimant que peu la chine, enfin la Chine elles ne connaissent pas, elles ne peuvent donc pas se prononcer)

J’expliquais à maman que je préférais, de loin, aller aux cours collectifs, même s’ils portaient des noms barbares incompréhensibles pour le commun des mortels (tel que Body jam : en quoi la confiture peut-elle être opportune à mon corps?) parce que quand j’allais à ce que j’appelle « les machines » avec ChériChéri, mes cuisses avaient tendance à se toucher. « Cet été, c’était l’enfer, avec la chaleur, je transpirais et ça se frottait, bilan c’était pas très agréable ». « Mais elles se touchent toujours, les cuisses » me répondit-elle en écarquillant les yeux (quiconque connait ma mère sait que quand elle écarquille les yeux, c’est impressionnant. On a tout de suite envie de ranger toute sa panoplie de chaussures bien alignées les unes à côté des autres ou de vérifier la propreté de nos ongles). « Beh peut-être, mais moi je n’aime pas quand elles font slurp, slurp » lui répondis-je le plus sérieusement du monde.

C’est à ce moment là qu’elle est partie d’un grand éclat de rie (quiconque connait ma mère sait qu’elle rit plus souvent qu’à son tour, son rire avalant ses mots dans une espèce de gloussement. Quiconque me connait sait que j’ai pris la même manie et que parfois je me retourne pour vérifier qu’elle n’est pas là et que je me sermonne « maman sors de mon corps! »)

En fait je n’ai pas grand-chose d’autre à vous dire à ce sujet. Sauf qu’elle m’a dit, « ça, il faut que tu en parles ? », « tu crois vraiment ? » Elle continuait à se marrer. C’était bien ma veine, j’avais peut-être raté une carrière d’humoriste.

Comme les idées d’articles ne se trouvent pas sous la semelle d’un cheval (en même temps, ça tombe bien, parce que je n’en ai pas) je me suis dit qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Je pouvais toujours essayer de faire une petite bafouille de mes cuisses.

Avant de commencer cet article, j’ai tapé dans Google « cuisses qui se touchent » histoire de voir si le sujet pouvait intéresser quelqu’un d’autre que ma mère (et après j’ai effacé l’historique pour ne pas que ChériChéri tombe dessus. Il ne semble pas avoir remarqué un quelconque problème avec mes cuisses, je ne vais pas l’alerter)

Quelle ne fut pas ma surprise de constater que j’obtenais 397 000 résultats! « Les cuisses qui se touchent » était  donc un sujet porteur. Sur les réseaux j’appris que les cuisses de quasiment toutes les femmes se touchent (si ce n’est pas votre cas, inutile de venir nous le dire. Merci). C’est une question de morphologie. En prenant du muscle (Mais bien sûr que j’en ai pris, je vais à la salle, je vous rappelle) les miennes se sont touchées encore plus et cet été avec mes petites jupes (on était en Espagne, il faisait beau, je dis ça, je dis rien, sinon qu’on m’a trompé sur la marchandise en me vendant le Pays Basque) c’était infernal. Il me semblait les entendre s’apostropher « Eh la cuisse gauche t’arrête de te coller à moi? » « C’est pas moi qui te colle, c’est toi qui me frotte, si ça continue je vais t’attaquer pour harcèlement » « Oh ça va, arrête de faire slurp slurp » (je dois bien avouer que leur slurp slurp était la pire des choses).

Dans ces nombreux articles j’appris des choses essentielles : pour éviter le frottement portez un legging sous votre jupe (moi je vais crever de chaud avec cet attirail), mettez du talc (effet de courte durée et je m’imagine assez mal dire aux enfants, attendez-moi, je me talque), ou mettez une crème hydratante « au lieu de se frotter vos cuisses vont glisser ». Oui, oui, oui. C’est du sérieux tout ça!

Bon, du coup, je fais des séances de sport aux noms barbares, je prends moins de muscle que je n’en perds dans les litres d’eau qui s’écoulent de mon corps pendant la session.

Pic by Darin Stumbaugh from Unsplasch

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