Blanc comme 

Il y a quelques années nous habitions dans la campagne, au bout d’une route étroite et pentue où se croiser était épique, puis, nous tournions à droite et allions tout au bout du petit chemin qui contournait la ferme du papy, qui longeait le pigeonnier et prenait son envol sur 500 mètres de cailloux. Au bout, il y avait notre maison perdue au milieu de 42 hectares de rien.

Autant vous dire que les enfants guettaient le ciel à la recherche des premiers flocons. Parce que flocons étaient synonymes de journée à la maison.

Ils prenaient de grands sacs poubelles et s’inventaient des courses poursuites dans le grand champ, ils jouaient à faire des boules de neige, qui étaient plus marrons que blanches parce qu’il ne neige jamais beaucoup là-bas. Ils couraient en tirant la langue pour recueillir les précieux flocons ou ils tiraient sur les branches qui ployaient sous la neige pour ne pas que les arbres souffrent, ils distribuaient des miettes de pain supplémentaires aux oiseaux et rentraient affamés et rivalisaient d’audace pour organiser une crêpe party.

Quand arrivaient les signes d’accalmie, je les voyais déguerpir pour fabriquer un petit mur de neige bien tassée au bout du chemin, là où commençaient les arbres et ainsi empêcher le passage des voitures.

Parfois, c’était le papa qui redevenait un enfant. Je me souviens qu’il a oublié une cliente tout occupé qu’il était à organiser le rapatriement de ses enfants vers la maison. Cette cliente habitait en ville et n’avait pas du tout compris « la plaisanterie »: en ville il n’y avait guère que de la neige fondue et sale. Une autre fois le papa avait planté la voiture dans le grand champ alors qu’il s’amusait à glisser. Il a fallu l’intervention du voisin et son tracteur pour les dégager. Lui et la voiture.

Hier soir, mon téléphone indiquait qu’il allait neiger à Bayonne. Aujourd’hui, il indique que ce sera demain. Las, Mister T a appelé ses frères et soeurs pour se plaindre, leur dire qu’eux ils avaient eu trop de chance que c’était pas juste parce qu’ici, même s’il neigeait, il serait obligé d’aller à l’école.

pic by Brigitte Tohm

Après la pluie, voici la neige, je me prends pour le bulletin météo. 

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