Love trip in London

Nous avons pris de l’avance sur le saint que nous ne fêtons jamais et l’avons couplé avec Noël pour découvrir Notting Hill. Et là ? Coup de foudre assuré!

De sa voix chaude et enveloppante, il m’a dit « assieds-toi là » en me montrant la banquette en cuir. J’ai pensé que c’était tout lui d’avoir ce genre d’attention des années après,  de me laisser le moelleux pour s’asseoir sur la chaise en bois, comme il me laisse toujours la vue sur l’océan ou la place près de la cheminée. Il a poussé alors mon fatras de bonnet, d’écharpe, de gants, de sac et de parapluie échevelé pour s’asseoir à son tour. « C’est mieux comme ça, on regarde dans la même direction », me dit-il. C’est une de nos obsessions : regarder dans la même direction, surtout maintenant, depuis que nous passons la plupart  de nos jours à regarder vers des horizons différents.

Il a baladé son regard dans la pièce, lentement. Je sais qu’il en aime le sol, la couleur des murs, les cadres accrochés, les sous-bassements en bois foncé, et puis tout au fond la cuisine, visible mais pas en entier. Autour de nous quelques tables accueillent des convives exclusivement féminins à l’exception de deux petits garçons. Il sourit. Parce que c’est la seule façon de dire bonjour quand on ne connaît pas les subtilités de la langue, quand il y a tant de façons de dire bonjour au fil de la journée. De l’autre côté de l’allée, une jeune femme le fixe. Je détourne le regard et les laisse se débrouiller. Je me demande qui elle voit dans l’homme assis à mes côtés. Le jeune homme qui n’a pas disparu, et que je retrouve jusque dans les rides autour de ses yeux et les poils gris de sa barbe ou bien le nounours qu’il prend plaisir à sur jouer avec ses écharpes et ses cols roulés. Soudain, il remarque à son tour le regard posé sur lui et, gêné, il passe une main dans ses cheveux bouclés, comme pour dire « vous vous trompez » alors il se détourne, rit à ce que je viens de dire et dont je ne soupçonnais pas le degré d’humour, m’embrasse pour qu’il n’y ait aucune confusion possible. Cette femme à côté de moi est ma femme. Pas une amie de passage. Pas ma sœur, bien que parfois nous nous ressemblions, trente cinq ans passés ensemble, ça laisse des traces, pas une femme rencontrée au hasard d’une balade pluvieuse dans Notting Hill qui n’a rien à envier à une balade Biarrote. Il se plonge ensuite dans la carte. J’attends. Je me demande ce que dirait Julia Roberts à Hugh Grant en pareille circonstance. Finalement, je pense qu’elle sourirait, alors je souris. J’attends. Ses yeux vont finir par remonter jusqu’aux miens et peut-être ses lèvres vont-elles esquisser un mot d’amour.  » Tu peux traduire steuplait, je comprends rien. »

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