Ton univers impitoyable

Impossible aujourd’hui de ne pas vous faire partager mon extraordinaire aventure au sein de la toute nouvelle plateforme qu’est Parcours Sup.

Je croyais qu’avec APB (l’ancienne version), j’avais tout vu, et bien non, plus fort que le roquefort, il y a Parcours Sup.

Pour simplifier et rendre la chose plus digeste, ou pour celles qui n’ont pas encore ce genre de problématique, Parcours Sup est la plateforme permettant aux élèves de terminale de s’inscrire dans le cursus de leur choix (attendez, là, je ris, je n’arrive plus à écrire) pour leurs études supérieures.

Parce que des choix, ils n’en ont pas beaucoup et que Parcours sup n’est rien d’autre qu’un parcours initiatique avec de multiples sens interdits et autorisation de stationner sur les voies de garage.

Les lycéens ne peuvent pas sortir de la branche dans laquelle ils sont inscrits (parce qu’il faut des pré-requis) , il faut que le conseil de classe valide leur choix (en tant que parent délégué j’ai vu que les profs sont très peu ouverts quand il s’agit de sortir des clous). Il n’y a pas de de classement d’ordre, donc  il vaut mieux ne mettre que des poursuites d’études qu’on veut vraiment faire au risque de se retrouver avec son dernier vœu, celui fait par défaut. Parcours sup, est au départ, un système fait pour éviter les échecs (comme ils ne peuvent pas sortir de là où ils sont, beh, ça marchera peut-être) (par contre on se donne rendez-vous dans dix ans, quand ils se rendront compte que ce qu’ils font ne leur plait pas du tout.) ChériChéri, pour me rassurer me dit qu’il en faut des parcours tels que celui-là, afin que nos chers enfants se frottent à la réalité de la vie. Le problème c’est que leurs parents s’y frottent aussi et ça fait un peu mal aux entournures.

Grâce à Petite Chérie, je baigne dans Parcours Sup. Je mesure ma chance parce que, à la différence d’autres lycéens, Mademoiselle sait ce  qu’elle veut faire. Quoi que, parce qu’en ce moment elle est tellement à cran, qu’elle se verrait bien boulangère (vous ai-je déjà dit que pour passer sa mauvaise humeur, mademoiselle fait du pain ?), infirmière ou assistante sociale. Mais bon, je disais que Mademoiselle sait, la plupart du temps, ce qu’elle veut faire : photographe. Là encore son choix oscille entre photo-reporter (ce qui a fait dire à son oncologue quand nous sommes définitivement parties du service en novembre : « c’est bien, cette petite va passer sa vie à vous inquiéter », le tout agrémenté d’un clin d’œil appuyé), photographe de plateau (elle enchaine tous les films nominés dans cette catégorie aux Césars et aux Oscars), voire photographe de mode. Quand les instances du lycée lui disent que la plupart des photographes ne vivent pas de leur travail, et se contentent de photos de mariage, elle réplique « oui, je sais, on avait dit à ma sœur qu’aucun peintre ne gagnait sa vie en peignant et qu’elle devrait plutôt faire un CAP imprimerie » (au demeurant, si tel avait été le cas, elle m’aurait bien été utile).

Inutile de vous dire que le chemin sera rude pour Mademoiselle issue d’une filière pro qu’elle avait intégrée par défaut au merveilleux temps de nos visites trimestrielles à Purpan. Mais heureusement, il y a eu hier.  Nous avons visité des écoles et rempli son espace parcours sup  et elle a rédigé les lettres de motivation  ( honnêtes et sincères : elle a choisi  de dire très clairement que son projet était encore flou . Elle a noté les différents options qui l’intéressaient (voir plus haut), en insistant sur le fait qu’elle savait que c’était une profession où il fallait être adaptable et ouvert) et d’un clic elle a ajouté les dossiers de travaux tel que demandé. Ce ne fut pas simple mais l’espoir que ça fonctionne est là. Bien là. Dans le viseur.

« Et pourquoi tu veux être photographe ? »  lui a demandé le directeur adjoint.  » Pour écrire des histoires avec la lumière, pour raconter ce qui se passe partout, pour transmettre. » Des histoires, des histoires, toujours des histoires! (je me suis retenue de l’embrasser devant tous les élèves et les profs mais il m’en a fallu de peu!)

Ps1: Question univers impitoyable, aujourd’hui c’est la journée de la femme. Dans ma salle de bains ce matin, fidèle à moi-même je me suis dit qu’ils faisaient chier avec leur journée de la femme, est-ce qu’il en existait pour les hommes? Et puis, l’idée que s’il reste une journée, c’est qu’il reste des combats à mener s’est imposée à moi.

PS2: Inutile de nous offrir des fleurs, des bijoux ou du parfum, de me laisser m’asseoir dans la navette ou de me laisser votre place dans la file du supermarché. Un salaire égal à travail égal serait plus intéressant, une charge mentale moins importante et le partage égalitaire des tâches ménagères et de l’éducation aux enfants aussi.

PS3: La journée de la femme ce n’est pas que pour la France. C’est aussi pour partout ailleurs, là où le droit à l’avortement est remis en question, là où le droit à une sexualité choisie est bafoué, où les femmes sont perpétuellement sous la tutelle d’un homme, là où elles n’ont pas le droit de conduire, de tomber amoureuse, de travailler, de s’instruire. Là où on les tue, où on les mutile, où on les viole. Là où on pense qu’avoir une fille est pire que tout.

PS4: Je ne me sens pas légitime pour faire un article entier sur le sujet. Je laisse ça aux journalistes et aux politiques. Vous en trouverez certainement d’excellents à lire un peu partout.

PS5 : Vivement qu’il n’y ait plus besoin de cette journée et que le 8 mars redevienne une date comme une autre.

PS6: Oui, il existe une journée internationale des hommes, c’est le 19 novembre. Comme quoi la parité existe de temps en temps.

Pic by Mike Kenneally from Unsplasch (c’est l’histoire de l’étoile mer, même si je ne peux pas changer l’histoire de toutes les étoiles de mer échouées sur la plage, je  peux changer la vie d’une seule et ça change tout pour elle)

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