Et l’adolescence qui s’enfuit

Quand je repense à mon adolescence, des paroles de chansons volent entre les murs de ma chambre rose. Je n’étais pas le genre de fille à accrocher des posters avec des bouts de scotch sur la tapisserie, je préférais écrire les paroles dans mes carnets à spirale et les apprendre par coeur. À cette époque-là, je n’imaginais pas que leurs interprètes avaient l’âge de mes parents (ils étaient tellement plus sulfureux qu’eux) ni qu’à leur mort, une part de mon adolescence s’envolerait avec eux.

Ce que je ne savais pas non plus c’est qu’on ne sait pas tout de ses parents.

Quand mes parents ont divorcé ma mère écoutait en boucle une chanson de Jacques Higelin. Elle disait « ce serait bien que les hommes disent ça à leurs femmes. Simplement. » Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire par là. La seule chose que je voyais, c’est qu’ils divorçaient et que là, tout de suite, maintenant, j’étais la seule à qui ça arrivait. C’était un peu la honte et un peu la galère. J’avais beau dire que ça allait être super parce que j’aurais deux maisons et plus de cadeaux, je me suis vite rendue compte que ma chambre devenait celle de la fille de « l’autre » et que mes parents étaient d’accord sur rien sauf le nombre de cadeaux dévolus à leurs enfants. C’était pas de bol.

Je ne savais pas grand-chose de la vie, des renoncements auxquels on doit consentir aux aménagements de ses rêves que l’on doit opérer.

Alors, j’ai toujours gardé ces paroles en tête, pour savoir les dire à mon tour, au cas où :

Pars, surtout ne te retourne pas
Pars, fais ce que tu dois faire sans moi
Quoi qu’il arrive je serai toujours avec toi
Alors pars et surtout ne te retourne pas !
Oh pars… mais l’enfant
L’enfant il est là

Il est avec moi
C’est drôle quand il joue

Il est comme toi, impatient
Il a du coeur, il aime la vie
Et la mort ne lui fait pas peur.
Alors pars
Surtout ne te retourne pas
Oh pars !
Mais qu’est ce que t’as ?
Oh pars… et surtout reviens-moi !
Pic by Jonathan Meyer
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