La thalasso

À quelques minutes de la maison, il y a un centre de Thalasso. Souvent, pour aller à la plage (admirer le soleil couchant) (des fois qu’il le ferait pas le lendemain), nous passons devant. Quand nous sommes arrivés dans la région nous disions qu’une fois par trimestre nous irions nous prélasser et nous faire papouiller le dos. Las, ça faisait 6 trimestres que nous étions là, et pas une seule fois nous n’y étions allés.

À la faveur d’un cadeau d’anniversaire de GrandeChérie, elle et moi, avons enfin fait trempette. Cet article n’est pas du tout une collaboration avec le centre Bidule truc.

12h20 : Nous arrivons à l’accueil. Je le sais parce qu’au dessus de la banque, il y a marqué « ACCUEIL » mais la fille de l’accueil, elle, elle ne sait pas qu’elle est à l’accueil. Elle ne lève pas le nez de ses papiers. C’est vachement important les papiers, beaucoup plus que des gens-en-vrai qui sont devant toi. Je sens Grande Chérie se tendre parce qu’elle sait qu’en ce genre d’occasions je ne rate pas une répartie un peu sanglante, mais bon, c’est son anniversaire, je vais être gentille.

12h25 : Il n’est peut être que 12h22 (mais je vous assure qu’il y a des minutes qui comptent double dans la vie) quand la fille lève la tête pour nous signifier que non, elle, elle ne fait pas l’accueil. Je lève la tête pour m’assurer de ce qu’il y a écrit au-dessus de moi. « En fait, aujourd’hui, il faut aller là-bas ». Je lui dis « merci » en souriant. Je tiens à ce que Grande Chérie soit vraiment fière de moi, mais en gros à l’intérieur de moi, ça donne à peu près ça :haddock-mecontent

12h25 : (« là-bas » c’était à dix pas de l’accueil qu’était pas l’accueil), On nous explique comment va se dérouler l’après-midi. On nous parle de relaxation, de temps pour soi, de repos. C’est parfait! j’en ai bien besoin.

12h35 : Le bon cadeau fait état d’un repas au restaurant « les B ». J’imagine déjà le repas en carton, parfait pour garder la ligne, mais pas terrible pour les papilles et les pupilles.

12h35 : Nous nous installons dans la salle. Dehors, le ciel est enfin bleu. J’ai vaguement la pensée que c’est con d’être là alors qu’il fait beau.

12h40 : Repas choisi et commandé; c’est une affaire qui roule. On a autre chose à faire nous, on va papoter. GrandeChérie et moi en tête à tête une après-midi entière, ce n’est pas si fréquent, autant en profiter.

12h45 : L’entrée arrive. Mea culpa : l’assiette est très jolie et c’est délicieux (tout en restant light). Il en sera de même pour le plat principal, mais je ne peux pas vous parler du dessert. Une fois n’est pas coutume, je l’ai zappé (dans moins de quinze minutes je vais devoir me mettre en maillot).

12h55 : La conversation va bon train.

13h55 : On a dû monter dans le TGV parce que, oups, il est temps d’y aller. Direction les soins.

14h00 : Nous voilà toutes les deux en maillot une pièce et bonnet en plastique (le mien godille) (mais bon, je suis pas là pour faire sensation). Deux pas dans le pédiluve (du bout des orteils) puis, ni une ni deux on se glisse dans la piscine.

14h05 : L’eau est super chaude et à remous. Je me prends pour Fiona (la femme de Schreck) (si t’as pas compris, c’est dommage)

14h10 : On rentre dans une espèce de tourbillon qu’il faut remonter à contre courant.

14h11 : Maintenant je suis une gazelle emportée par ses ardeurs. Du bout des orteils (je suis petite) j’imprime une poussée sur le sol et je sautille, hop hop, hop c’est rigolo comme tout ce truc.

14h13 : « Ah désolée, j’espère que je ne vous ai pas fait mal ». Je me suis explosée sur un vieux monsieur qui ne me répond pas. Est-il blessé ? Il fait un vague signe que je prends pour « je vais bien ne t’en fais pas » et je poursuis ma course sautillante.

14h13 : Il a dû penser que j’avais fait une tentative de drague avortée, parce qu’après cet épisode, il s’est mis en tête de sautiller derrière moi. J’ai peur qu’il me rattrape.

14h14 : Il a l’air de souffler un peu quand même, putain, pourvu qu’il ne lui arrive rien, et que je ne sois pas obligée de le sortir de là et de le mettre en PLS, ni de lui faire du bouche à bouche. Le surveillant tape un sms sur son portable depuis que nous sommes arrivées, il faudrait peut-être que je lui fasse signe. C’est alors qu’il lève la tête, englobe la pièce d’un regard (c’est bon il a regardé le vieux monsieur) et se replonge dans son sms.

14h14: Papy suit toujours la cadence, mais il est de plus en plus rouge. Merde, à ce rythme-là, il va finir par se péter la hanche.

14h15 : « Chérie, on va au sauna? » ou comment se sortir du merdier ni vu ni connu.

14h20 : Le problème c’est que dans un sauna, il fait chaud « T’as pas trop chaud ? / Si j’ai l’impression de devenir liquide » (à moins que ce ne soit des bouffées de chaleur ?)

14h30 : Direction les salles de massage.

14H31 : Grande Chérie est rapidement prise en main et je m’assieds dans la salle d’attente. Mon maillot tout mouillé dessine des auréoles sous mes fesses. Quelle drôle d’idée de mettre des fauteuils en tissu, alors que tout le monde s’assoit le cul mouillé. Dites-moi que tout le monde le fait… Je sais qu’il faut que j’évite de penser que les autres auréoles ont été faites par d’autres fesses que les miennes mais mon esprit divague (il est comme ça, très joueur) et petit à petit il va jusqu’à imaginer que les auréoles ne sont pas dues à l’eau des bains. Du coup, je plie mon peignoir en double épaisseur sous moi. J’essaie de me tenir super droite pour n’imprimer que le bout de mes fesses et faire en sorte qu’elles paraissent plus fines. (Ah, ah, ah)

14h32 : J’ai vraiment l’air d’avoir un balai dans le cul.

14h35 : Bon, ça vient ?!

14 h40 : « Excusez-nous pour le retard. » Beh, non, j’ai pas envie

1’h40 : Je me lève et j’attends qu’elle me précède pour lui emboiter le pas. Non, ne tourne pas la tête pour regarder ton fauteuil. Non, je te dis. Ah oui, j’ai un gros fessier vu comme ça.

14h44 : On arrive dans une cabine avec une grande baignoire dans laquelle la jeune femme me fait signe de m’installer. Puis elle met trois gouttes (3) (j’ai compté) (ça fait très peu pour le volume d’eau) (quand je mets du bain moussant, je vide un quart de la bouteille dans ma baignoire) d’huile essentielle de je-ne-sais-trop-quoi. Elle m’explique que c’est parti pour 30 minutes de massages hydrauliques (ou un truc dans le genre, j’ai pas fait master 2 en glouglouterie)

14h45 : Ça ne remue pas du tout, je trempouille dans une eau mi-froide. Inerte. Ma hantise ne va plus tarder à arriver : avoir les doigts fripés (je déteste ça) (j’ai toujours peur que ça revienne pas)(lisses)

14h48 : Il faudrait peut-être que j’appelle…

14h52 : J’appelle. Une autre jeune femme arrive et je lui explique mon souci « ah, mais il fallait le dire avant ». Ouais je sais. C’est bête il ne vous reste plus que 3 minutes. 3 minutes ? Ça devait pas durer en durer 30 minutes ? Bé oui 35 +30 ça fait 55. Mais je n’ai commencé qu’à 45. Vous êtes sûre? Devine ?

14h55 : Je sors, je préfère retrouver mes auréoles.

15h00 : Autre lieu. Autres joies. La boue. Froide (il parait que c’est mieux et qu’elle va se réchauffer). Le problème c’est que maintenant que je suis de mauvais poil, le froid sur ma peau ne va pas arranger mon humeur. Du coup je trouve l’endroit moche, vieux, ça pue, je suis persuadée que je vais être la seule personne à subir les effets secondaires des boues : des boutons, des plaques rouges, voire une maladie respiratoire (ça pue vraiment), je vais perdre les cheveux ou brûler parce que la boue se sera trop réchauffée à mon contact (si, ça se peut, je fais cet effet à ChériChéri).

15h35 : Solarium.  6 Transats. Grande Chérie et moi on aimerait bien se faire croire qu’on est super bien, installées là, mais, il y a toujours les auréoles sur les coussins. Je décide de rester enveloppée dans mon peignoir et de rajouter une serviette. Putain, quand même il fait super chaud derrière les baies vitrées.  « Ferme les yeux et pense que tu es sur une plage  » me dis-je. Je ferme les yeux mais le problème c’est qu’à ce moment là, mon sens olfactif prend la main. C’est normal que ça sente la javel sur cette plage ?

15h45 :  Grande Chérie part avant moi pour le dernier soin. Décidément ils ont une nette préférence pour les jeunes femmes ici. Je ferme les yeux (pour visualiser les cocotiers) et les rouvre (à cause de la javel) à l’instant où le vieux monsieur de la piscine rentre et me sourit. Il me demande si le transat à côté de moi est pris. Ai-je le droit de répondre « oui, par ma fille », alors que les deux autres personnes présentes, savent pertinemment qu’elle vient de partir en soin ? « Allez-y, si vous voulez vous pouvez prendre le mien ». Il me regarde interdit. Je n’ai pas bougé d’un pouce. Pour qu’il s’installe il faudrait peut-être que je me lève. Ou alors il va s’imaginer des trucs.

15h46 : Je suis dans le couloir. Je rejoue la scène. Mais pourquoi je lui ai dit de prendre mon transat …?!

Pic by Joe Pizzio

 

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