Vis ma vie #3

« Maintenant que le livre est sorti, nous allons pouvoir passer à autre chose », ai-je crânement prétendu autour de moi.

Mais pour être sûr et certain que nous ne passerions pas le week-end de l’Ascension à checker mes mails/le nombre de ventes/les notes sur Amazon/ma page Facebook ou mon Instagram, ChériChéri avait eu le riche idée de nous organiser un week-end au soleil.  ChériChéri étant quelqu’un de prévoyant il m’avait sermonné avant le départ: « Tu ne prendras pas ton ordi. Ok ? » Je crois qu’il voulait avoir la paix. « Bien sûr, mon amour, je ne le prendrais pas … » ai-je répondu en me lovant contre lui (se lover contre lui est toujours une bonne idée, il en perd le sens critique) parce que ChériChéri est parfois un peu naïf : il avait oublié que j’avais un smartphone.

Celui-ci a vibré maintes fois dans le secret de la poche de mon pantalon blanc mais tu as dû remarquer que je n’ai pas pu te répondre correctement/promptement/ parce que ChériChéri (encore lui) tenait absolument à se balader en me donnant la main et en levant le nez vers le soleil (à croire qu’il avait peur qu’il foute le camp si on ne le regardait pas). Une seule main pour écrire des messages, ce n’est pas suffisant, qui plus est, le nez en l’air, sur des routes pavées encombrées de maisons, plus jolies les unes que les autres.

Mais parce que je suis généreuse, voici un aperçu de ma journée:

Vendredi 8 heures: Stupeur et tremblements (Amélie Nothomb). C’était l’histoire d’une fille qui était réveillée depuis plusieurs heures. Elle attendait un signal dont elle ne connaissait ni la provenance ni l’expéditeur, un signal qui lui dirait que la journée allait être belle, qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète, un si beau soleil ne pouvait qu’augurer de bonnes nouvelles. Pour l’instant, ce qu’elle ressentait se situait entre la nausée qui lui chatouillait l’estomac et une envie pressante d’aller respirer l’air marin. Elle aurait pu flemmarder/faire la grasse matinée/aimer bruyamment mais, d’ici quelques minutes, elle se trouverait pomponnée, à la table du petit déjeuner d’un hôtel portant le doux nom de Hôtel Hanoï (hôtel expressément choisi pour son nom et qui s’est avéré être délicieux).

8h 50 : Vas-y maman (Nicole de Buron) Café avalé, jus d’oranges pressées englouti, deux tartines croquées, nous arpentons maintenant les ruelles de Begur (Begur est une commune de la région de Baix Empordà de la province de Gérone, en Catalogne, en Espagne). Nous croisons une vieille dame vêtue de noir qui nous salue d’un « Holà » amical, deux maçons installés sur un muret de pierre qui refont le monde en croquant dans leur sandwich au jambon, plus loin un peintre siffle en passant une couche de peinture « noir fumé » sur les grilles d’une superbe maison. Nous nous arrêtons devant les portes d’entrée toutes plus jolies les unes que les autres que je veux absolument prendre en photo (ma galerie photo explose de portes de maisons, je suis un peu monomaniaque), des mangeoires à chat ponctuent la ville, les escaliers s’en donnent à coeur joie. Ils montent et descendent joyeusement. Mon téléphone vibre dans ma poche. Nous sommes devant l’église Sant Ramon (ceux qui savent, savent), les messages de mes enfants illuminent l’écran de mon téléphone. J’aurais au moins vendu 5 exemplaires de mon roman.

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9h00 : L’amie Prodigieuse (Elena Ferrante).  Mes amies prodigieuses devrais-je dire, car dans mon cas elles sont plusieurs, et m’envoient leurs bonnes ondes, leur encouragement, leur méthode pour profiter de la journée. Je pressens que ce n’est pas gagné. J’adore ponctuer ma vie d’étoiles. J’en aurais vendu 4 de plus.

9h15: Comme par magie (Elizabeth Gilbert) Plusieurs de mes amies m’annoncent que Amazon prévoit un délai pour l’expédition des livres au format papier. (3 de plus) Les fourmis sont revenues, les papillons aussi. Devant moi la poussière s’élève, peut-être est-ce de la poussière de fée, mais personne ne peut réellement m’assurer de leur existence (surtout pas ChériChéri, il est d’un terre à terre sans nom). Je ne sais pas quoi en penser. Première option : Amazon a été submergé par les demandes. Auto congratulation qui devient rapidement illusoire et se transforme en deuxième option : Librinova n’avait pas anticipé la demande de mes 18 lecteurs et n’en n’avait imprimé aucun en amont.

10h30 : Le gang des rêveurs (Luca Di Fulvio). Je me suis peut-être méprise sur la capacité de ChériChéri à croire aux rêves. D’ailleurs tout le monde se prend à rêver que je vais faire exploser les statistiques. Mes amies, ma maman, mes enfants, mes lectrices : je suis à deux doigts d’y croire. Si j’en crois les photos qui arrivent sur ma boite SMS, j’en ai vendu 3 de plus.

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11h30 : Le potentiel érotique de ma femme ( David Foenkinos) ChériChéri a l’impression d’être marié avec la fille naturelle de Anna Gavalda et Guillaume Musso, il me dévisage, prétend que quelque chose en moi a changé (ceci est la preuve qu’il n’est pas extra lucide. Il ne voit pas les fourmis qui me dévorent). Il prétend qu’avec mes ventes je vais pouvoir lui acheter le bateau de ses rêves.

« Quand j’avais commencé à écrire, Vincent s’était amusé à claironner la nouvelle à droite et à gauche. Il ne s’était pas arrêté alors que j’avais baissé la tête.

– Bientôt, je vivrais grâce aux livres de ma femme. Un jour, elle vendra des millions de bouquins  disait-il, non sans une certaine fierté.

Il me faisait confiance, bien qu’il n’ait jamais lu une seule de mes lignes. L’amour est aveugle, ou particulièrement stupide me disais-je alors. » (Parce que la vie ne suffit pas)

Allez, tournée de Sangria!

14h00 : Ne lâche pas ma main (Michel Bussi) Les heures se suivent et ne se ressemblent pas. J’ai peut-être abusé de jamon y sangria. Mon livre est nul (bien entendu), je vais en vendre 50 (à tout casser). D’ailleurs on en est à combien là? Je vais me faire démonter par la critique. Et pourquoi, n’ai-je pas pris un pseudo ? Et pourquoi n’ai-je pas voulu faire de l’import-export de panier en osier? Et pourquoi faut-il toujours que je me fourre dans des situations pareilles ? (En même temps, je peux aussi me prendre pour Luc Besson pour le Grand Bleu que j’ai entendu à la télé et penser comme lui « Un premier livre c’est encore apprendre » au même titre qu’un premier film).

15h10 : Au petit bonheur la chance (Aurélie Valogne) ChériChéri décide qu’il est l’heure de partir en balade. C’est chouette les balades, même si je suis incapable d’en faire une ballade.

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16h00 : La vie en mieux (Anna Gavalda) Je reçois un message qui va changer le cours de ma journée. Dommage qu’elle soit si entamée. Je veux croire qu’il n’a pas été écrit parce qu’elle me connait, qu’elle voit mes fesses en gros plan lorsque nous faisons « le chien tête en bas », ou que nous transpirons dans la même eau, ni parce qu’elle a besoin que je l’aide à défaire ses cartons. Je croise les doigts pour que son jugement soit objectif et bizarrement, je décide d’y croire. Coûte que coûte. Quand je sens les fourmis revenir je relis son message. Je m’en imprègne. Je renvoie au fond de mon cerveau, l’idée qu’elle n’a lu que le début et que la suite est peut-être nulle. Quant à la fin. N’en parlons pas.

17h00 : Le secret du mari (Liane Moriarty). ChériChéri envoie un nouveau mail à toutes ses connaissances. Pourvu que dans ses contacts il ait le numéro de mon destin d’écrivaine.

18h00 : La petite poule rousse (Byron Barton) C’était bien quand je me contentais de lire des livres et que l’histoire de la petite poule rousse et sa jolie maison me suffisait. Pourquoi doit-on grandir ? Pour réaliser ses rêves de petite fille ?

19h00 : De tes nouvelles (Agnès Ledig) Ma fille est dans le Elle de cette semaine, page 36. C’est une amie qui me l’apprend, « pour moi, dit-elle, être cité dans le Elle, c’est un peu la consécration ». Pour moi aussi, en fait. Je suis en train de siroter un Apérol comme on dit en Espagne, je n’ai pas les doigts de pieds en éventail, et à mon tour j’envoie un rapide sms à Inès et lui apprend la nouvelle par la même occasion. C’est parfait pour arrêter de tourner autour de mon nombril qui devient dangereusement proéminent.

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20h00 : Changer l’eau des fleurs (Valérie Perrin) Un jour, il faudra bien revenir à une vie normale, ordinaire, banale, routinière. Une vie de rien. Un jour. demain ou après-demain. Alors je ferai de jolis bouquets avec les agapanthes qui poussent sous la pluie, je regarderai l’unique bouton de pivoine de mon jardin s’ouvrir, je compterai les pas qui me mènent au bout du trottoir. Je tournerai à droite. Ou bien à gauche. Je promets que je m’en contenterai. Que ça me suffira. Que je ne voudrais pas d’un rêve de plus. Et puis, je dormirai. Et sans doute, j’oublierai ma promesse.

Samedi 10h00 : L’atelier des miracles (Valérie Tong-Cuong) Sur Facebook mes amies prodigieuses multiplient les partages, les photos de leur liseuse avec la couv’ de mon livre. Nous sommes en voiture quand un sms m’apprend que j’ai une première note sur Amazon. Je cherche à savoir qui a pu la laisser.  5 étoiles et un joli commentaire. Mes enfants ? Ma mère ? ChériChéri ? Une amie précieuse. On me demande combien j’ai vendu d’exemplaires. Je ne sais pas. Je compte sur mes doigts. 20 ? 25 ?

Demain il faudra que j’aille voir. Ou pas.

Pour continuer à rêver.

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