L’aqua gym • 3ème épisode

Vendredi matin je suis allée à l’aqua gym. Il était 7h30 quand je me suis réveillée et, pour la première fois depuis le début du printemps,  un soleil radieux inondait mon lit. C’était un heureux présage pour une journée de fin de semaine/début de week-end qui allait commencer par une séance d’aquagym.  Deux heures plus tard, je me suis retrouvée dans l’eau. Nous avions choisi cet horaire pour de sombres raisons d’ouverture de salon de coiffure en fin d’après midi où je pensais être d’une grande aide (ce qui n’a pas été le cas). D’ordinaire nous allons aquatrucquer en fin d’après-midi. Un tel changement d’horaire incluait quelques dommages collatéraux du plus haut intérêt pour l’existence de ce blog.

Lorsque je suis rentrée dans la salle, j’ai d’abord cru à une défaillance spatio-temporelle. J’ai cherché d’autres personnes de mon âge et n’en ai vu aucune (Marie Aline était à la bourre). J’ai appris à cette occasion que 9h30 n’est pas l’heure des quinquas (ni celle des quadra ou des trentenaires)(elles ont autre chose à faire sans doute), j’ai donc eu un petit aperçu de ce qui m’attend, mettons, dans quinze ans. Dans quinze ans je porterai un maillot noir, ultra gainant (avec des coutures bien serrées le long des hanches), voire quelques froufrous autour de la taille et un bonnet sur la tête (si vous permettez, le mien aura de grosses marguerites en plastique accrochées dessus).

Peut-être que l’instructeur allait me reconnaitre, mais l’instructeur était une instructrice que nous n’avions jamais eue. J’ai eu un peu peur parce que les mamies ont dit « ah, c’est elle aujourd’hui … ». Là, tout de suite, vous pouvez noter l’importance des points de suspension à la fin de leur phrase.

Ce jour-là, j’avais à cœur de me donner à fond (histoire que l’instructrice ne m’assimile pas, par effet collatéral involontaire, à la même catégorie que mes collègues de piscine)(c’est déjà pas facile, à la piscine puisqu’on ne voit que mes cheveux blancs). J’ai donc gesticulé en version XXL, au milieu de toutes les mamies qui gloussaient en sautillant d’un pied sur l’autre. Surtout, je n’avais aucune envie de constater qu’elles étaient en meilleure forme que moi.

Dès le départ, c’est parti sur les chapeaux de roue, depuis le bord du bassin Éléna (nous allons appeler l’instructrice Éléna) (pour des raisons évidentes de confidentialité, les prénoms ont été modifiés) (sauf celui de Marie Aline) (mais comme on est en famille, tout va bien) me regardait par intermittence pour être tout à fait sûre que je suivais le rythme.

Moi, ça allait, mais mon corps était à deux doigts de crier STOP ! C’est fou quand même, depuis le temps que lui et moi on se démène sur un tatami qui pue les pieds ou dans une eau à 26 degrés, je ne peux toujours pas lui faire confiance! À sa décharge, et avec le recul, je pense que ce n’était pas entièrement de sa faute. Tout d’abord mon café a tenté par tous les moyens de s’extraire de lui  dès les premiers exercices. Force est de constater que mon café n’a pas l’habitude d’être malmené de si bonne heure. NDLR: il n’était que 9h34.

Ensuite il y eut mes joues qui décidèrent de faire un concours sans me prévenir : celui de la rougeur, voire de la cramoisitude (oui, je sais ça n’existe pas, en revanche je suis certaine que vous avez compris). À un moment je me suis dit qu’elles allaient exploser. j’ai imaginé des lambeaux de peau flotter dans l’eau. C’était pas jojo à voir. Il n’était que 9h37 et déjà mon esprit n’en faisait qu’à sa tête.

La veille j’avais renoncé à me laver les cheveux (ça me prend trop de temps) (vu qu’on allait à la piscine je le ferai demain que je me suis dit)( je pense de plus en plus à passer à une version plus courte) (mais j’ose pas) (et si je regrettais) (bref, revenons à nos moutons) et les avais simplement accrochés avec une pince qui s’est désolidarisée d’eux, sans que je ne puisse la récupérer. Pour que vous puissiez correctement visualiser la scène, j’aurais bien tenté un petit dessin (mais je sais pas dessiner) : donc j’avais mal au cœur, les joues rouges et deux rideaux filasses gris qui pendaient des deux côtés de ma tête. Des litres de transpiration dégoulinaient dans mon dos (laisse ton imagination où elle est, la mienne me suffit. Merci)

Mes jambes n’ont pas été en reste non plus. Elles ont décidé de jouer à avoir des crampes. C’est moi la prem’s que la gauche a crié (pendant que moi je souffrais)(en silence) (vous pouvez rajouter la grimace au portrait précédent). Étrangement, mes orteils ont retrouvé ma pince à cheveux et ont eu mal. Je me suis retrouvée momentanément cul-de-jatte. Il était 9h40.

C’est à ce moment précis que Marie Aline s’est tournée vers moi « t’arrives à lire l’heure? » Vu que depuis le début de la séance, mes yeux accumulaient les allers-retours vers la pendule accrochée à droite (peut-être qu’ils avaient peur qu’elle disparaisse) j’ai pu lui répondre « pas encore dix heures ». Elle a prétendu que l’heure était illisible (elle dit qu’elle n’a aucun problème d’yeux dans un commentaire précédent) (mais, bon) (je ne dis rien, je suis sa copine, ho, pour qui tu me prends!) et lui ai répondu d’un hochement de tête : ma langue était aux abonnés absents.

Je ne sais pas comment mon corps et moi avons tenu jusqu’à 10h15, mais à un moment donné, tous mes sens se sont remis à fonctionner en même temps. Mes jambes ont parcouru la distance jusqu’aux douches en un temps record et mon imagination dressait le portrait de la collation que j’allais me taper quand je serai rentrée à la maison en flânant sous le soleil et que je bullerai dans ma baignoire. Sauf qu’il s’était remis à pleuvoir. Je n’étais pas loin de rouiller. La douche suffirait.

Pic by Steve Harvey

 

 

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