Quinqua Power #10: L’homme idéal

L’autre jour, alors que nous marchions le long de l’Adour, je discutais avec une amie. Elle me disait, c’est drôle dans tes billets sur la cinquantaine, ce qu’on remarque c’est qu’on n’a pas tous la même. CQFD: on n’a pas toutes la même cinquantaine.

« Heureusement, que je lui ai dit,ce serait super triste sinon! »

Par exemple, il y a un truc dont je ne parle pas assez, c’est l’épisode 2 (ça peut être 3 ou 4, mais on va rester sur le 2 si vous voulez bien. Le 3 et le 4 étaient des sas de décompression ou des erreurs d’aiguillages).

Donc, s’il arrive à la cinquantaine, l’épisode 2 (entendez : période après la rupture d’avec le père de nos enfants) n’est pas de tout repos (surtout si on ne l’a pas choisi).

Je ne vais vous énumérer tous les désagréments collatéraux du célibat de la cinquantenaire… Beh si en fait. Il y a d’abord la perte de confiance en soi, les errements entre divers épisodes (je prends un chat ou un chien?), la perte de repères spatiaux-temporels (il se peut qu’on change aussi de chambre ou que le lit en 180 devienne d’un coup d’un seul immense et les quatre oreillers des cale-corps), il faut gérer des questions existentielles (de la nécessité de s’inoculer le vaccin anti-amour par exemple ou vaut-il mieux être seule que mal accompagnée), on enchaine les désillusions (finalement cet épisode était insipide et le scénario très mauvais), on bâillonne l’envie de dire que c’était mieux avant (c’est pas faux, mais c’est terminé). Et que dire des ces dates qu’on voudrait bien ne pas avoir à vivre seule (le réveillon, la Saint Valentin, notre anniversaire et celui de notre mariage qu’on passe à bouloter des cacahuètes devant « n’oublie jamais »).

Viennent ensuite les injonctions de notre entourage du style « arrête de te plaindre/ d’être en boucle/ de parler de lui/ refais ta vie/ reste digne. » Puis « ça viendra quand tu n’y penseras plus/ tu attends trop des mecs/ tous des salauds/ encore un râteau? /ouvre tes chakras et tu verras/ tu es certainement mieux comme ça, non? »

Non.

Puisque c’est non, il est temps de partir à la recherche de l’homme idéal (il parait qu’il existe et qu’il est québécois*, mais on va faire plus simple si vous le voulez bien).

Je vais t’avouer un truc, je crois bien que l’homme idéal de la cinquantenaire n’est pas du tout le même que l’homme idéal de la trentenaire. À trente ans, le mec, il doit avoir un plan de carrière, être potentiellement apte à devenir père à plus ou moins brève échéance, aimer les chiens (les labradors surtout), ne pas avoir peur de prendre l’avion et être un bon bricoleur (la maison de nos rêves est en fait une ruine au milieu d’un grand champ).

À cinquante ans, à part le fait de ne pas avoir peur de prendre l’avion (rapport au soleil dont on a maintenant besoin), nos priorités ont changé.

L’homme idéal, il y a de fortes chances qu’il soit l’ex de quelqu’un. On espère, que tout comme les nôtres, ses gosses sont grands (on a vraiment passé l’âge de faire faire les devoirs un week-end sur deux), mais pas trop non plus (rapport aux petits-enfants), qu’il a réglé ses problèmes de vente de maison, droit de garde et frais de pension alimentaire. Dès lors, plusieurs options s’offrent à nous :

  1. L’homme idéal a le même âge que nous et connait (lui aussi) les paroles des chansons qu’on aime, même s’il ne les a pas mises en pratique jusque-là, on n’est pas à l’abri, qu’il ait un regain d’enthousiasme (je vais t’aimer Michel Sardou 1976).
  2. S’il est un peu plus vieux que nous il nous faut nous méfier, parce que son vocabulaire peut nous paraitre guerrier : coloscopie, prostate, bouée, viagra, arthrose, sarcopénie, cure thermale, alopétie… ah! Je t’avais prévenue !
  3. Attention, l’homme idéal peut être plus jeune que nous et malgré quelques risques collatéraux (fatigue consécutive aux nuits trop courtes) on peut tout à fait l’apprécier.

L’homme idéal est gentil (pour être à la mode, on dira bienveillant),  il ne comprend rien aux réseaux sociaux (ce qui tendrait à prouver qu’il n’est pas en chasse et préfère vivre sa vie que l’étaler) et il n’est plus amoureux de son ex. Mieux, l’homme idéal est veuf (tribute to papitou) J’ai découvert que le veuf est un produit rare eut égard à l’espérance de vie en France (79 ans pour les hommes, 83 pour les femmes) et convoité (il est libre, a hérité d’une partie des biens de son épouse, voire de la maison et ses gosses (qui veulent avoir la paix) le poussent à refaire sa vie). Le seul problème du veuf résidant dans ses souvenirs, à nous de lui en fabriquer d’autres.

L’homme idéal a du charme (comprenez des tempes grises) mais pas trop (histoire qu’il n’aille pas le tester sur notre meilleure amie), il est barbu (genre Saul Berenson), ou porte une barbe de trois jours qu’il met six  à faire pousser, il est moustachu (mais pas pour moi) ou imberbe (pour faire plus jeune).

Je vous saurai gré d’éviter de chercher du côté des hommes mariés. De toutes façons ils ne quitteront plus leur femme (oui, même pour vous), il ne l’a pas fait avant donc, c’est mort. Il fait encore l’amour avec sa femme (saviez-vous que la marmotte n’a jamais empaqueté de chocolat). L’homme marié n’a jamais le temps (rapport à madame qui l’attend pour dîner à 20 heures), il annule à la dernière minute (rapport à madame qui veut faire les courses, là, tout de suite, maintenant), et tant que j’y suis, je tiens à préciser à toutes fins utiles, que ton homme idéal ne porte pas de chapeau au mois d’août, ne s’enduit pas le nez d’écran total (épaisseur 3 millimètres), n’adore pas les marcels, ne craint pas le soleil (et sa peau est admirablement tannée), il ne porte pas de jean découpé au niveau du genou plus long à gauche qu’à droite (pour pas jeter son jean préféré), il ne porte pas non plus de plumette en toute saisons et ne se blesse pas chaque fois qu’il va faire du sport (chaque fois!)

Bref ton homme idéal, c’est pas le mien!

Pic by Joao-Victor-Xavier from unsplash (je tiens à préciser qu’elle n’a rien à voir avec le titre 😉

* L’homme idéal existe et il est québécois. Diane Ducret 2015

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