Quinqua Power #11 : La garde robe de la quinqua.

À 17 ans, le temps que je passais dans une cabine d’essayage était proportionnel à la profondeur de mes doutes quant à la longueur de mes jambes, la taille de mon soutien-gorge ou le tour de mes hanches. Celui que je passais chez le coiffeur était variable, je changeais de coiffure aussi souvent que mon amoureux voulait tester une nouvelle technique (c’est-à-dire, dès que mes cheveux avaient retrouvé une longueur exploitable).

À cette époque, je me disais : vivement que je sois plus vieille et que je sache ce qui me va.

Mauvaise nouvelle : il semblerait qu’en vieillissant, on ne sache pas davantage ce qui nous va vraiment. Bien sûr j’ai quelques idées mais ce ne sont pas les heures de shopping passées au cours des trente dernières années qui m’ont apportées une quelconque sérénité quant à l’acte d’achat, du coup la plupart du temps je me contente de basiques. C’est plus sûr, parce qu’avec mes cinquante ans, je perds un peu le sens de ce qui me va, je voudrais du plus ou du moins, du peps ou du chic, mais jamais au bon moment.

Ainsi, je ne m’explique pas pourquoi j’ai acheté ce pantalon. Loin d’être un basique, il est plutôt voyant et difficile à assortir. Que la vendeuse m’ait dit, alors que je me regardais dans le miroir avec une moue dubitative (il faut toujours croire en sa moue dubitative) « Ah, ce pantalon est magnifique, peu de femmes peuvent le porter » a sans doute joué en sa faveur. Je me voyais arpenter les rues bayonnaises ensoleillées (oui, je sais, j’aurais dû me douter qu’il y avait un problème, la pluie ne cessait de tomber) avec assurance : je serai celle qui pourrait porter ce pantalon si singulier. Une fois à la maison, le pantalon (qui allait parfaitement dans le magasin) s’est avéré trop long d’au moins cinq centimètres. Après qu’il soit resté sur l’étagère pendant quelques semaines (mois?) je l’ai saisi d’une main décidée. Dans l’autre il y avait une paire de ciseaux. Crac. J’ai amputé la jambe droite de cinq bons centimètres. La gauche en revanche se retrouva plus courte de huit. Au bas mot. Il a fallu opérer un rééquilibrage. Le pantalon est dorénavant très court mais pas immettable.

Avec mes cheveux blancs, j’ai un souci de taille : la couleur du rouge à lèvres. Rouge, sur moi, ça fait vieille peau, violet no way, orangé beurk, rose « mais t’as quel âge ma fille? » J’opte donc pour un beige nude, genre que quand tu le mets, personne ne remarque rien. Me voilà avec mon tube dans la main quand la vendeuse chez Séphora m’aborde. « Vous cherchez un rouge à lèvres en particulier? » me demande t-elle. Je lui montre mon bâton: « non, c’est gentil, je l’ai trouvé ». Avec le recul, je pense avoir été trop gentille. « Non, il vous faut un truc qui pétille avec la bouche que vous avez… » J’ai acheté un rouge à lèvres rouge. Si, je le mets. Je le garde de la salle de bains jusqu’en bas de l’escalier. Le problème c’est qu’en bas de l’escalier il y a un miroir. Et une boite de kleenex posée pas très loin.

Et qui peut m’expliquer en des termes que je saurais comprendre, pourquoi j’ai acheté cette paire de chaussures. Oui, celles-là. Magnifiques au demeurant. La vendeuse (encore elle) (mais une autre) m’avait dit « Han, je les adore! » Je ne sais combien de O elle avait mis dans son mot, ni combien de point d’exclamation avaient suivi cette affirmation, le fait est que j’avais répondu « je les prends ». Pourquoi ? Mystère (j’en avais déjà une bonne dizaine qui auraient parfaitement convenu et qui ne sortent de leur boite que très rarement). Peut-être avais-je peur qu’elle me les vole alors qu’elles n’étaient pas encore à moi? Je m’étais dit qu’elles seraient parfaites pour assortir avec cette petite robe que je ne mets pas souvent. Bien que noire et indémodable, j’oublie parfois que j’ai pris un peu de tour de poitrine (et de hanches) (et de cuisses, si vous voulez tout savoir) (bon, on arrête là! Ok?) et donc ? Beh il n’est peut-être pas utile que je fasse un dessin. Si ? Comme je ne peux plus mettre la robe, je ne peux pas chausser mes jolis souliers. En même temps, ce sont mes orteils qui me disent merci, ils décèdent à chaque pas que je fais.

Dernièrement, j’ai voulu acheter une robe. Il y avait celle-ci, bleu marine avec des perroquets dessinés dessus (!?), celle-là, une robe portefeuille à damiers, et encore une toute simple noire avec de minuscules volants (quand j’avais cinq ans je vouais un culte aux robes à frou-frou) (je n’ai parfois pas conscience que la vie a rajouté un zéro derrière le cinq). Je me suis regardée dans le miroir. Ce con, il me renvoyait une image plutôt sympa. Or, la bleue était trop large, celle à damier trop longue et la noire, trop à volants. La vendeuse (P* je hais les vendeuses) m’a dit « Quelle chance vous avez, elles vous vont toutes les trois. « / » Hum je sais pas… non je ne crois pas » / « Valérie, regarde qu’est-ce que tu en penses, hein qu’elles lui vont toutes les trois, réessayez l’autre ». Bon si elles disent que j’ai de la chance je peux peut-être les croire… Bilan ? J’ai pris les trois. Bilan N°2: je ne mets que celle avec l’imprimé palmier. Je ne l’ai pas citée ? Normal je l’ai achetée il y a trois ans.

Vivement que je sois vieille, pour savoir ce qui me convient.

Ou pour oser dire « Non ».

Ah, vous pensiez que j’allais vous parler des injonctions faites aux femmes par les grandes prêtresses de la mode. De celle qui dit qu’après 40 ans il faut arrêter de montrer ses genoux, qu’il ne faut plus porter de mini short en jean, ou de bidule qui dit que ses fringues ne sont pas faites pour des femmes de cinquante ans parce qu’elles sont trop vieilles (en revanche elles peuvent peut-être se les payer sans perdre un œil, mais ça n’a pas l’air de l’intéresser). Non, je n’ai pas choisi de parler de ça. Peut-être une prochaine fois.

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