La deuxième étoile

Regarder un match de foot sereinement installée dans un canapé ?

Très peu pour moi. Dans la phrase ci-dessus il y a un mot en trop : sereinement.

1998 : J’étais maman de deux enfants (3 et 8 ans) et je ne pensais pas en avoir d’autres. J’avais le choix du roi : une fille et un garçon. J’étais en vacances à Seignosse avec eux et mon frère. ChériChéri travaillait et son emploi du temps professionnel passait avant tout le reste, il ne se souvient pas avoir regardé le match de la finale. De notre côté nous l’avons suivi sur une télévision sur laquelle l’humidité ambiante s’était chargée de rendre tout de la couleur du terrain, nos pieds posés sur une table blanche cabossée avaient fini de l’achever. Nos coeurs avaient palpité, mon frère avait hurlé, les enfants l’avaient imité. Au coup de sifflet il avait exulté entrainant après lui deux bambins et nous avions rejoint la foule de la station balnéaire pour boire une bière à la Chaumière. GrandeChérie était en pyjama, et avait scotché ce tonton qu’elle idéalisait et Le Gars en Or, dormait dans sa poussette.

2018 : Je suis maman de quatre enfants. Je vis à quelques kilomètres de l’endroit où je partais en vacances, on peut donc dire que j’habite en vacances. Je réagence mon emploi du temps plus vite que la lumière pour faire plaisir au maximum de gens. La journée du 15 juillet n’a pas échappé à la règle et a été multiple. Après un brunch à 11heures, une fête d’anniversaire à 12h30, des bougies soufflées à 15h45, nous voilà réunis devant la télévision à 16h50. J’ai vécu la demi finale par procuration, dans ma chambre (au-dessus du salon) et je ne descendais que quand j’entendais des cris au rez-de-chaussée alors il était vraiment improbable que je puisse suivre la finale. Sereinement. Je suis totalement incapable de rester calme. Je crie. Je me lève. Je tourne en rond. Je vais chercher à boire. Je retape les coussins. Je demande l’heure. Et combien de temps il reste? Hier, je suis restée sagement assise jusqu’à ce que les croates marquent un deuxième but, ensuite je suis allée m’assoir sur les marches du perron, la rue était bien calme, sans doute trop, seuls quelques enfants à l’arrière chantaient « on est les plus forts ». Mon coeur palpitait et mes doigts jouaient sur mon téléphone. Au coup de sifflet, ce sont mes enfants qui ont exulté, eux qui ont hurlé, entrainant à leur suite leur père.

Nous sommes allés klaxonner, chanter « feel the magic in the air », taper dans des mains d’inconnus, nous émouvoir devant autant de joie, crier avec des petites filles, rigoler en voyant des ados descendre leur caleçon, regarder tendrement des papis crier « champions du mooooonde », chanter la Marseillaise et regarder des femmes en Chanel arborer du maquillage bleu blanc rouge.

Je ne peux pas dire que j’aime le foot. Non, vraiment pas. Je ne suis pas de celles qui regardent les matchs Japon/Jenesaisquoi. Pour autant j’aime la liesse de la victoire, avant qu’elle ne déborde, j’aime les promesses qu’elle offre jusqu’à ce qu’elles soient oubliées, j’aime la fraternité et le racisme oublié pour un temps, j’aime cette joie-là quand elle s’empare des yeux pour les faire pétiller et des coeurs pour qu’ils exultent. Je pense très sincèrement qu’il n’y a que le sport pour rassembler les milieux et les âges à ce point-là.

Merci les Bleus, pour cette deuxième étoile.

Crédit photo pressafrik

 

 

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