Chère Nathalie

Ça y est, tu as cinquante ans. Tu as cinquante ans. Tu as cinquante ans. Ah, bon ? Tu ne t’énerves pas?

De toutes façons, inutile de te boucher les oreilles, il y a de fortes chances qu’on te le répète mille fois aujourd’hui et qu’on te demande « alors, ça change quoi? » ce à quoi tu répondras « rien ça ne change rien », en croisant très fort les doigts derrière ton dos.

Effectivement, ça ne change pas grand chose, si ce n’est que par rapport à hier tu as vingt-quatre heures de plus. Ouais, on en fait des caisses, mais qu’est-ce que c’est 24 heures au regard d’une vie ?

Depuis ce fameux 30 juillet 1968, on a aimé des gens qu’on ne voit plus, on a passé des heures au téléphone avec des gens dont on a oublié le nom de famille, on a pleuré dans des bras qui nous ont laissé nous échapper. On a rencontré des milliers de personnes, certaines n’ont fait que passer quelques instants mais ont imprimé un souvenir impérissable, d’autres sont restés dans ta vie et sont devenus ta famille. On tutoie des inconnus et on vouvoie toujours certaines personnes que l’on connait depuis vingt ans. On a pris des râteaux, des murs ou des 33 tonnes, on a cherché notre route, bifurqué plusieurs fois et emprunté des itinéraires bis. On a dessiné des cernes sous nos yeux et laissé nos cheveux devenir gris. On a fait des choix parfois mauvais, on s’est fâché et réconcilié, on a inventé des métiers et vécu toutes les vies qui s’offraient à nous. Enfin presque toutes. Dans la vie il faut choisir tu dis, et le problème, souvent, c’est la multiplicité des choix.

Cela fait quelques mois que tu te prépares à passer la barre, tu me fais penser à un athlète de haut niveau qui ressasse le parcours inlassablement. Des fois, tu me fais rire.

Tu dis que 50 ans c’est l’âge des rêves à réaliser. J’attends le prochain avec impatience quand je te vois te bidonner à ton bureau parce que tu écris un one-quinqua-show. Tu dis que de là, à le jouer sur scène,  il y a de l’eau qui va passer sous les ponts. Ça tombe bien, tu as une dizaine d’années devant toi et des gens autour qui te rappelleront à l’ordre si jamais tu l’oubliais.

Ma très chère Nathalie, tu as cinquante ans aujourd’hui et je t’aime beaucoup plus que quand tu en avais trente. C’est plutôt pas mal de vieillir, et à ce rythme-là, je vais te surkiffer quand tu auras soixante dix ans. Je suis incorrigible, je sais, à déjà regarder plus loin. On peut dire que c’est plus reposant que de se juger sans cesse.

Puisque avoir 50 ans,  ça ne change pas grand-chose à hier, quand tu en avais 49, ma vieille, ne change rien ou alors pas grand-chose.

Pic by Inès L

L’heure de parution de cet article est très exactement la même que celle de la naissance de Nathalie. On est pointilleux ou on l’est pas.

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