Les titres

Pour commencer à écrire, j’ai besoin du titre. C’est grâce à lui que je m’envole, que mes idées se mettent en place, qu’elles se déposent sur la page. C’est comme un prénom sur le front d’un enfant. Un titre et c’est un carton de possibles qui s’ouvre. Un voyage qui s’invite sous mes doigts. Des émotions et des sensations qui prennent forme.Pourtant, dans mes brouillons il y a des titres qui ne parviennent pas à devenir textes. Ils se bousculent, haussent les yeux au ciel, se marchent sur les pieds. Ils pestent, enragent, s’impatientent. Ils me font un signe à travers la fenêtre, mais s’écartent quand je m’assieds au bureau. Ils poussent la chansonnette et dès que j’ai la ritournelle, ils partent en courant. Ils se mêlent à la poussière. Ils roulent dans la lumière. Ils s’évanouissent dans un frisson. Ils fondent sur un baiser déposé.

Je note scrupuleusement les titres qui s’invitent, dans un petit carnet tout corné. Pour après. Sans savoir après quoi. Quand l’envie sera revenue, on me demande. Non, ce n’est pas une questions d’envie. L’envie est toujours là. Je crois. Quand tu auras le temps ? Non, j’ai appris depuis longtemps que le temps n’est qu’une excuse. Plutôt mauvaise en règle générale. Quand tu auras repris le rythme ? Quel rythme?

Quand quoi, alors ?

Je ne sais pas.

Peut-être qu’en ce moment tu ne sais pas sur quoi écrire, ça arrive, t’inquiète. Il y a un peu de ça. Avec l’impression que rien n’est essentiel ou que tout a déjà été dit.

Peut-être qu’il faut juste que tu passes à autre chose ?

Peut-être.

Pic by Anna Kolosyuk on Unsplasch

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