Vendredi confession #18 : Le bain

Quand je regarde Plaza et son armée de chasseurs d’appart,  je suis toujours étonnée par la propension des jeunes gens à vouloir une baignoire dans leur future maison (et une double vasque aussi, mais ça, c’est une autre histoire).

Une baignoire c’est pratique pour les enfants. De l’eau des jouets et hop c’est un quart d’heure de tranquillité assurée. Les parents en revanche l’utilisent nettement moins.

Heureusement, les bains, ça n’a jamais trop été mon truc.

D’abord il faut s’y prendre à l’avance: trouver un créneau horaire pendant lequel il n’y aura aucun « mamaaaaan, t’es où, tu fais quoi, on mange quand? » pour nous interrompre, une case vide dans l’emploi du temps pour ne pas être parasitée par quoi que ce soit et avoir suffisamment de temps pour permettre à la baignoire de se remplir.

Assise sur le rebord, tu as le choix entre attendre que ça passe (chez moi c’est très long car le robinet n’est pas du tout en adéquation avec la capacité de la baignoire) ou en profiter pour téléphoner. Le problème c’est que si tu téléphones, ça dure plus longtemps que le temps de remplissage de la dite baignoire et tu es obligée d’écourter la conversation « Betty, je suis désolée, j’ai un double appel/quelqu’un a sonné/ je dois partir d’urgence ».

Une fois la baignoire remplie, il faut vérifier la température de l’eau. Pour effectuer cette vérification les mains sont rarement nos meilleures alliées, elles se satisfont d’une température approximative comprise entre 10 et 40 degrés. Il est bien difficile de jauger de la bonne température en trempant un sein (enfin, moi je n’y arrive pas) pourtant ce sont eux les garants d’une température idéale. Trop chaud, ils s’étalent dans l’eau et se marbrent de rouge. Vu d’en haut ça ne doit pas être top. Trop froid, ils se transforment en pic (comme les bustiers de Jean-Paul Gautier)(ça pourrait être le titre d’une chanson). Je ne sais pas si vu d’en haut c’est mieux. Pourquoi tu n’as pas vérifié pendant que l’eau coulait pour t’éviter d’avoir à vider la baignoire aux trois-quarts ? Là est la question.

Pour un bain de qualité, il faut aussi avoir la panoplie qui va bien : les sels de bains, les perles remplies d’une huile parfumée ou de la mousse à foison (sinon, à quoi ça sert ? Je vous le demande), du lait d’ânesse, des rondelles d’orange ou des pétales de rose. Il faut aussi des bougies qui sentent bon et un livre et de la musique (là, c’est chacun ses goûts mais la musique classique terminerait en beauté le cliché de la fille parfaite qui sait pendre soin d’elle) et du temps encore, parce que ce serait vraiment trop con de gaspiller autant d’eau pour trois minutes chrono à patauger.

Donc pour moi, c’est mort. Je suis incapable de rester couchée dans une eau stagnante qui refroidit aussi vite que le banquise se réchauffe. Avoir la peau qui se fripe ça me fout la trouille (j’ai toujours peur d’être celle qui va subir un effet paradoxal et pour laquelle la peau va rester comme ça). Dans un bain je me fais chier aussi rapidement qu’en cours de math en quatrième (et ce n’est pas peu dire) (Désolée Mme Maugard) parce que lire un livre dans une baignoire, ça relève de la haute voltige (en tout cas je n’ai jamais trouvé la position adéquate : je glisse, j’ai mal aux bras rapport qu’ils sont au-dessus du niveau de l’eau pour ne pas abîmer le livre et puis je n’arrive pas à me concentrer, ma nuque est toujours trop raide et les bulles asticotent mon imaginaire)

Mais, je viens d’avoir cinquante ans.

Je me suis dit qu’il était temps que j’ai un autre rapport à la baignoire. Il était temps de devenir cette femme cool qui prend le temps de prendre soin d’elle comme on en voit dans les films (faute d’avoir été une fille cool). J’ai acheté des produits. Je sais, j’aurais pu commencer par un, mais je suis comme ça, je ne fais pas les choses à moitié : bain moussant et perles de bain. Entre temps j’ai oublié de regarder les composants (d’ailleurs ils sont inscrits où sur les perles de bain?) (nulle part). J’ai fait couler l’eau et allumé des bougies. J’ai balancé la moitié du flacon de bain moussant et les quatre perles (j’avais un peu peur que ChériChéri me demande, un brin sarcastique pourquoi je les avais achetées vu que je ne prends jamais de bain). Le parfum s’est rapidement répandu agréablement dans la pièce.

Bon, je m’étais peut-être trompée tout ce temps où je ne jurais que par une douche quotidienne de deux minutes chrono.

Avant de m’allonger j’ai vérifié la température de l’eau avec le coude (ouais, pourquoi pas?), j’ai enclenché la musique et fermé les yeux. Je n’ai pas pu me concentrer longtemps parce que Mister T a frappé: « Mam, y a un problème tu peux venir ? » Ni une ni deux, j’ai revêtu mes habits de maman responsable et l’ai suivi jusqu’à sa chambre.

Rien de grave ne nous y attendait, je vous rassure: ses baskets avaient disparu sous l’armoire. Après, je l’ai aidé à faire son lit, à trier son linge sale (j’ai aussi pesté qu’avant il le faisait tout seul et « pourquoi as-tu perdu cette merveilleuse habitude » ce à quoi il m’a répondu par un haussement d’épaules), ramassé les légos qui trainaient et mis un peu d’ordre dans ses livres. Il y en avait un qui s’intitulait « rendez-moi mes poux », avec, dessiné sur la couverture, un gamin dans une salle de bains.

Putain, la baignoire, l’eau coulait toujours !

Je me suis finalement glissée dedans (tout en ayant enlevé la bonde quelques minutes pour réduire le niveau). J’ai continué à sourire même quand mes chevilles sont devenues écarlates (j’ai refusé de penser à ce qu’il adviendrait de mon ventre, mes fesses et mes seins. Vu la quantité d’eau contenue dans la baignoire, j’avais pas intérêt à la ramener). Je suis restée un petit moment debout, les fesses en arrière, interdite (ma mère dirait comme une poule qui a pondu un oeuf) (mais je ne sais pas vraiment si l’image est adéquate). J’ai pensé qu’au pire, ça me détendrait (l’eau chaude ça détend, non?) et accessoirement ça me ferait comme un hammam au niveau du visage vu comment je transpirais. Si après le bain, on était obligé de me faire une greffe de peau, alors je la choisirai pâle avec plein de tâches de rousseur.

J’ai jeté un œil sur l’écran de mon portable posé au sol. 9h05.

Je me suis appliquée, j’ai fait tout bien comme il fallait : fermer les yeux, écouter la musique, renifler les odeurs d’huiles essentielles qui s’élevaient au-dessus de moi, masser mon visage sous la vapeur, sortir mes jambes l’une après l’autre en tendant bien la pointe des pieds, comme dans les pubs et appliquer la mousse fine en une caresse agréable. Au bout de deux minutes, je n’en pouvais plus de me concentrer sur mon bien-être. J’avais l’impression d’être devenue quelqu’un d’autre.  J’ai regardé apeurée mon ventre devenu cramoisi, eu mal aux fesses, j’ai niqué mon brushing de la veille parce qu’à vouloir maintenir la tête hors de l’eau j’ai décroché la barrette, j’ai glissé comme une anguille à cause des parois ultra glissantes (j’avais peut-être exagéré avec les 4 perles), ma mèche sur le côté a même pensé appartenir à Sue Ellen, elle s’est mise à faire des vagues. Dans une attitude tout aussi glamour que quand je suis rentrée, je me suis relevée. Il était 9h08.

Ensuite ? Je suis passée sous la douche pour me laver.

 

Pic by Anete Luisina on Unsplasch

 

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