C’est la rentrée

C’est le jour J. Les fournitures scolaires sont achetées, étiquetées et rangées dans le cartable. J’ai mis un petit mouchoir sur la paire de ciseaux oubliée et les pochettes en plastique dépareillées, j’ai glissé une madeleine en sachet individuel, au cas où, et j’ai viré les kleenex.

J’ai expliqué que peut-être cette année il ne serait pas avec Louis « mais ne t’inquiète pas Mam, c’est pas grave ça » m’a t-il répondu en me fixant de son oeil noir. « C’est pas grave ça ». Dans les yeux de Mister T j’aime bien que les choses ne soient pas graves. Pour lui, elles le sont rarement et il a bien raison, le pire il l’a vécu tout bébé. Quand d’autres enfants cherchent des excuses, il trouve ses propres solutions. Ce gosse m’aura réconcilié avec l’école et avec une multitude d’autres minuscules choses, de ces choses invisibles à l’oeil nu. Hier soir au moment du coucher, je l’ai distinctement entendu me chuchoter des mots qu’il n’a pas dit et qui rimaient avec confiance, tranquillité et sérénité.

J’ai récupéré les certificats d’aptitude au sport et rempli les dossiers d’inscription ( golf et pala et puis violon) (effet collatéral du film la mélodie) (mais y a pas besoin de certificat). Malgré l’étonnement du professeur qui le suit, il va poursuivre la pelote basque. Je suis chargée de l’entrainer, mais comment entraine t-on un enfant malvoyant à voir une balle minuscule arriver à une vitesse vertigineuse?

L’attestation d’assurance scolaire est dans l’agenda. Nous sommes allés déposer la nouvelle lampe personnelle de Mister T jeudi et en avons profité pour préparer son bureau avec le maître. Nous avons pris la décision de le changer de place pour le placer dans la même configuration que son fauteuil préféré quand il regarde la télévision à la maison. On verra bien, si ça ne va pas mieux, on le remettra selon les préconisations du SESSAD d’ici quelques jours.

Cette année c’est CM2.

Je mesure à quel point il n’est plus un petit enfant tout en étant resté cet enfant-là, celui rencontré si loin qui nous regardait avec confiance et mettait dans son sac à dos les jouets et la nourriture pour éviter de tout perdre. De son enfance amputée de quatre ans, j’aurais bien repris une tranche ou deux.

Nous avons trié l’armoire et mis au panier la plupart de ses vêtements qui serviront maintenant à d’autres que lui. De cette période je n’en ai gardé aucun en souvenir, la boite à racines est maintenant dans sa tête. Il a choisi sa tenue du premier jour, ce ne sont que des habits usagés (« tu vas pas me mettre des trucs neufs, il faut que je sois à l’aise! »), à moi cette année de ne pas manquer de faire la traditionnelle photo de rentrée, avant vendredi soir.

Cette année, comme les précédentes, je n’ai pas peur pour lui, heureusement, je suis trop occupée à m’inquiéter pour les autres alors que je n’ai aucune raison de le faire. Arrêter de m’inquiéter est mon objectif de rentrée.

Bonne rentrée à vos trésors d’ailleurs ou d’ici, à vos grands ou vos petits, à ceux qui cherchent leur route et ceux qui l’ont trouvée, à ceux qui feront de nos enfants des adultes comme on les avait rêvés, aux mamans que l’on va croiser devant l’école, aux inquiètes et aux sereines, aux pressées et à celles qui ont du temps et aux papas qui tiennent la main et rient fort en passant une main sur les cheveux « Mon dieu, que le temps a passé vite, mon grand. »

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