Qinqua Power # 19 : La bande des potes

Allez, pour clore le thème de la semaine on va reparler des potes. Ensuite, on passera à autre chose. Promis.  Il parait qu’à 50 ans, on aurait une quinzaine d’amis sur lesquels on peut vraiment compter. A partir de 70 ans, cela passe à 10, pour finalement chuter à 5 seulement après 80 ans.

Je ne sais pas combien j’en ai sur lesquels je peux vraiment compter et pas forcément en cas de vrai coup dur, aussi pour les petits coups de mou.  À 20 ans, on dit de nos potes que c’est à la vie à la mort. Qu’on s’appellera, qu’on se verra, au pire une fois par an (même endroit, même heure). Il y avait Françoise, Emma, Dominique, Angélique, Pascal. Plus tard il y eut Nathalie, Corinne, Sandra, Laurence, une nouvelle Françoise ou Diane. Arrivées dans ma vie un peu plus tardivement, je les retrouve de temps en temps sur ces pages ou sur IG au détour d’un like, mais tout ça n’a rien à voir avec ce que l’on voit dans les films quand la bande de potes se retrouve tous les ans dans une maison du Lubéron, au Cap Ferret ou un hôtel de montagne.

Certains ont su garder leurs amis, mais je ne fais pas partie de ces gens-là. Je peux compter mes amis de 20 ans sur une main et demie, et en plus, ils ne s’apprécient pas entre eux (je les entends déjà me dire « oh, mais là tu exagères, je l’aime beaucoup, pourquoi tu dis ça?). Inutile de rêver à les réunir autour d’un feu de camp. Parce que la particularité de mes amis c’est d’être foncièrement différents, tant au niveau perso que pro, tant au niveau amour qu’argent, choix de vie ou philosophie.

À ma décharge, quand j’avais 20 ans, il n’y avait pas Facebook, pas Snapchat, ni Instagram, pas Skype ou Facetime pour garder le contact de loin en loin. Les réseaux sociaux ont certainement changé quelque chose à cette affaire.

Mais comment ai-je fait pour ne pas les garder ?

D’abord il y eut les études : Les premiers amis, je les ai rencontrés sur les bancs de l’école, on s’est suivi au collège puis au lycée de la petite ville qu’il fallut obligatoirement quitter pour faire des études supérieures. Il est plus facile de garder ses amis d’enfance quand on les rencontre dans une ville plus grande. Non ? Ou alors de revenir/rester dans la ville de son enfance (au moins pour les vacances, jamais en ce qui me concerne car j’habitais trop près pour envisager que cela puisse être un lieu de vacances). C’est peut-être seulement une excuse (je sais)

Le boulot : ChériChéri fait partie de ces gens qui ont commencé à travailler à 15 ans, âge où l’on refait le monde le samedi soir en regardant l’océan. Sauf que pour aller à l’océan, il fallait deux heures de route et en finissant à 19h, c’était mort. Enfin, surtout lui. De fatigue. Il n’avait que peu de vacances (je pense qu’à l’époque il n’avait absolument pas les cinq semaines réglementaires aujourd’hui) et travaillait 42 heures par semaine (c’était la norme : je vous parle d’un temps). C’est compliqué quand les potes ne rêvent que de tout péter.

Les déménagements : Des uns et des autres de Sabine et Victor, de Christophe et Maryse pour ne citer qu’eux, qui font qu’à l’époque en tout cas, on se perdait de vue. Parce qu’il n’y avait ni Facebook, ni Insta, ni téléphone portable, ni sms (enfin, vous avez compris) ni rien d’autre si ce n’est la bonne volonté des uns et des autres à donner des nouvelles.

Le divorce : Celui des amis en l’occurrence, mais ça peut être le tien, il suffit d’inverser les phrases. De toute façon c’est toujours compliqué à gérer. Quand tu les aimais tous les deux, tu décides de ne pas prendre parti. C’est mieux pour tout le monde, tu dis. Mais il y en a toujours un qui t’en veut de ne pas vraiment être de son côté. Pour le divorcé, te voir c’est voir ses souvenirs ou son pseudo échec.  Autant se faire des amis tout neufs qui ne te connaissent pas comme ayant été la femme ou le mari de.

La politique : J’ai un ami qui s’est fâché avec son ami d’enfance à cause d’un malencontreux vote contestataire. C’est dommage, mais ça ne risque pas de m’arriver. Je ne m’y connais pas suffisamment pour émettre des hypothèses que je vais réfuter dix jours plus tard.

La maladie : Quand PetiteChérie a été malade elle a perdu sa meilleure amie. Léna. Cette jeune fille n’a pas su gérer ce moment. N’a jamais appelé pour avoir des nouvelles, a refusé les invitations à la maison, n’était plus jamais libre pour une virée entre filles. Qu’est-ce que la maladie lui renvoyait, a t-elle eu peur qu’un cancer se transmette ? Je ne sais pas. J’en ai parlé à la maman de Léna qui a trouvé toutes les excuses possibles à sa fille. Du coup j’ai perdu une copine aussi. (Ce n’était-ce pas une vraie bonne copine sans doute).

Les gosses : Surtout les leurs. Parce que les miens étaient formidables. Les leurs hurlaient, bavaient ou cassaient les jouets des miens. Sauf quatre ou cinq, qui, s’ils lisent ces pages se reconnaitront.

La retraite : Il y a deux options à la retraite : regarder son nombril ou celui des autres. La plupart décide de regarder son nombril, ses activités, son sport, sa tranquillité sans prendre part à la vie qui se joue en dehors de sa bulle. Je prie pour ne pas faire partie de cette catégorie, mais je ne sais pas si je prie suffisamment bien.

Les nouveaux amis, c’est bien : parce qu’ils nous rencontrent pile au bon moment. Quand tu es et ils ne savent rien de tes errements, des multiples vies que tu as eues. Rien. Tu es une page blanche. Eux aussi et c’est parfait comme ça.

Je suis intimement convaincue que les amis entrent dans nos vies parce qu’on a des choses à partager, parce qu’on a besoin d’eux à cet instant et quand ils s’effacent c’est que la mission de l’un ou de l’autre ou des deux est remplie. Je n’en garde aucune rancoeur, juste un pincement au coeur quand je vois les retrouvailles des uns et des autres, mais je ne suis pas dupe, je sais aussi que ce n’est jamais aussi joyeux et facile que dans les films.

Attention : des scènes comme présentée sur la photo, j’en ai vécu des dizaines, mais avec les amis de la vie, qui n’avaient pas forcément vingt ou trente ans d’existence, avec ceux qui se rajoutaient au fil du temps et s’éclipsaient sans qu’on s’en rende compte.

Pic by Eric Nopannen on Unsplasch

 

 

 

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