Master Class exercice 4

J’avais envie de vous partager un texte écrit à l’occasion de la master class d’Eric Emmanuel Schmitt à laquelle je participe.

C’est un travail sur l’émotion. Dans mon ancien blog (celui qui n’existe plus (Vent fort, mère agitée), je travaillais beaucoup sur l’émotion. Je me mettais à la place des parents lors de l’apparentement. C’était souvent fort et ils m’écrivaient que c’était exactement ce qu’ils avaient ressenti. Pour cet exercice, j’ai tenté de retrouver la sensation qui m’enveloppait alors. J’ai pris le parti de ne faire que des textes très courts, parce que nous sommes si nombreux que les trop longs sont assez barbants.

Est-ce cela que l’on ressent quand on dit que le ciel nous tombe sur la tête ?

D’une main elle cherche l’assise d’une chaise pour s’y installer. Son dos est droit, ses épaules remontent au niveau de ses oreilles. Elle a tout verrouillé pour ne pas s’effondrer et le moindre mouvement lui paraît impossible.

Les mots résonnent en elle. Ils persistent à prendre toute la place. Dans ses oreilles qui bourdonnent, sa gorge qui se serre, ses larmes qui menacent et son ventre qui devient soudain aussi froid que la banquise.

Elle s’était attendue à ce qu’il lui assène cette vérité depuis dix-sept ans et n’a jamais été aussi peu prête qu’à l’instant. Chaque matin qui naissait elle se demandait si le jour était arrivé et soufflait d’aise le soir venu que rien de tout ce qu’elle craignait ne soit venu entacher sa journée. Elle avait vécu avec l’angoisse muette tapie au fond de ses entrailles quand il avait claqué les portes, quand il avait tempêté, quand il l’avait ignorée. Gabriel s’était toujours tenu à la limite, tout au bord des mots qu’il n’avait jamais prononcés. Jusqu’à aujourd’hui.

Elle cherche les marques sur son corps. Il doit bien y en avoir. On ne peut pas avoir aussi mal sans trace de coup, de sang qui coule, sans blessure apparente. Le souffle vient à lui manquer.

Elle revoit les premières minutes de leur amour. On se souvient toujours des premières fois : la rencontre, la première nuit, la première colère. Elle voudrait se souvenir de toutes les autres fois, celles qui ont donné de la force à leur amour : quand elle lui a tenu la main, l’a consolé, l’a veillé alors qu’il était malade. Mais rien n’y fait. Il n’y a plus que les dernières fois qui s’imposent à elle.

La tête lui tourne. Alors qu’elle n’en a jamais eu quand elle l’attendait, la nausée la menace. Un sanglot remonte dans sa gorge. Un râle presque. La part d’ombre des quatre ans qu’ils n’ont pas partagé quand elle l’espérait et qu’il grandissait loin de ses bras a gagné. Quatre ans contre dix-sept.

« Tu n’as jamais été ma mère» lui a dit Gabriel.

Pic by Rawpixel on Unsplash

 

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