La quinqua et Yuka

Cela faisait des mois que j’entendais parler de cette appli, des mois aussi que je faisais un geste vague de la main pour éloigner de moi la tentation de l’adopter.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est qu’elle a trouvé un petit endroit douillet où prendre racine dans mon smartphone.

Yuka est une application lancée en 2017 qui permet d’avoir des informations sur un aliment – celles inscrites sur les emballages – en scannant le code barre du produit. Le résultat s’affiche en général en quatre parties :

  • la photo du produit avec une note sur cent et un adjectif «excellent», «bon», «médiocre» et «mauvais» ;

La composition du produit répartie en deux sections :

  • les «défauts du produit» ;
  • les «qualités du produit» ;

Et dans certains cas :

  • de «meilleures alternatives», c’est-à-dire d’autres produits estimés équivalents, mais mieux notés.

Avant, quand je faisais les courses, mon organisation était parfaitement rodée. Je passais dans les rayons, voire dans les rayons virtuels de mes drive favoris, en fermant les yeux : clic ce paquet de madeleines, clic ce sel, clic ce jus de fruits. Temps approximatif pour réaliser les courses en physique : 30 minutes. Je trouvais qu’avoir une telle application était absolument inintéressant. « Si c’est pour me dire que le sucre est trop sucré et le beurre trop gras, je n’ai besoin de personne » arguai-je.  Je me disais aussi qu’ils étaient forcément financés par un géant de l’agro alimentaire et qu’ils ne devaient pas être très indépendants.

Et puis un jour, je me suis dit « pourquoi pas ? » C’est arrivé en même temps que les questions qui ne cessaient de me tarauder au sujet d’une maladie en particulier que je voyais sévir autour de moi, sur plusieurs de mes proches. Il y avait forcément un rapport avec notre alimentation, un truc qui ne tournait pas rond, une couille dans le potage. Mais moi, j’étais différente des autres : je ne cherchais pas à savoir si la mayonnaise était trop grasse ou le miel trop sucré, je ne cherchais pas à maigrir, non, ce que je voulais savoir c’est s’il y avait des additifs dans ce que je faisais manger à mes enfants. Bref, c’est ce que tout le monde veut savoir en fait.

Et là, oh surprise, j’ai vu apparaitre des produits, dont la marque était pour moi un gage de qualité, rangés dans la catégorie « mauvais » car contenant des additifs nocifs pour la santé. Inutile de vous dire que je les ai reposés illico. Terminé ces madeleines (non remplacées) (bon à savoir : tous les trucs dont raffolent les enfants (céréales, biscuits, petits pains…) contiennent des additifs mauvais pour la santé)(non, pas le Nutella) ce pain de mie (remplacé par un « excellent ») terminé le saucisson et le jambon blanc (ils sont tous mauvais). Quand vous scannez les produits, votre assiette avec code couleur apparait : rouge (mauvais) orange (médiocre) vert (bon) vert foncé (excellent) selon les aliments scannés (ouf que j’ai plus de vert)(et ouf que je cuisine beaucoup de produits frais bio).

Un matin, j’ai eu envie de scanner mes produits de beauté. Mauvaise idée. Là encore, les produits stars qui peuplaient ma trousse de toilettes et dont je tairais le nom parce que je ne voudrais pas m’attirer leurs foudres (par exemple  C….s ou L…………Y ) sont classifiées mauvais car contenant des produits nocifs à haut risque pour la santé (cancérogènes ou perturbateurs endocriniens). Du coup hier, à la pharmacie, alors que je voulais acheter un stick lèvres, j’ai pris classiquement celui que je pensais être bon. Il contenait pas moins de 3 additifs à risque élevé (dont je ne sais rien, je vous l’accorde puisque je ne suis pas chimiste, mais que j’ai reposé quand même). J’en ai scanné 4 autres jusqu’à arriver au Dermophil indien, classé excellent (avec une note de 79/100). Si ça se trouve il est mauvais pour une autre application, mais bon, même si l’odeur est déplaisante il est classé excellent par Yuka. Hein?

Bien entendu je me suis posé les mêmes questions que celles que vous vous posez quant au financement et à l’indépendance de Yuka ? Après une investigation auprès de Libération, Le Monde et les Echos, il semblerait qu’il n’y ait aucune collusion avec des marques (notez toutefois l’emploi du conditionnel)

Mes courses, si elles sont plus saines, me prennent aujourd’hui le double de temps.  PetiteChérie, qui m’accompagne quand elle est là, trouve qu’avant c’était déjà pénible mais que maintenant c’est juste horrible.

Je suis à deux doigts de la désinstaller, cependant je doute de pouvoir acheter les produits que je sais nocifs. Pour eux c’est mort (avant que ce soit moi)

Nota bene : Je dois bien avouer que le parfum qui, parait-il est ma signature (on me l’a dit au moins dix fois samedi) est qualifié de « mauvais » (présence de 2 perturbateurs endocriniens à risque élevé). Je ne suis pourtant pas sûre de vouloir en changer.

Comme quoi, la quinqua est une adolescente comme les autres.

Pic by Priscilla Dupreez on Unsplash

 

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