Mon poilu (Mes poilus)

Mon arrière grand-père paternel est un poilu, mort pour la patrie. Son nom est inscrit sur le monument aux morts d’une petite ville située à 5 kilomètres de celle où j’habite aujourd’hui.

Je ne sais rien de lui. C’est un sentiment assez étrange en fait que de tout ignorer d’une branche de l’arbre. Je ne pense pas que ce soit intentionnel. On ne nous l’a pas caché, il n’y avait rien à cacher. La vérité c’est qu’on n’a pas posé de questions. Alors, ceux qui nous précèdent ont laissé les morts à leur tranquillité et les souvenirs là où ils étaient. Mon grand père avait 5 ans quand son père est mort, j’en avais 11 quand il est mort à son tour. Il était peu bavard et moi pas encore très intéressée par tout ça. Je préférais de loin gambader dans le jardin de Mamie Roussanes en portant des robes espagnoles et des hauts en dentelle.

J’ai voulu en savoir plus sur la bataille où il a perdu la vie, moins de trois semaines après le début de la guerre. Il avait 26 ans.

SERRATE Cyriaque

Né le 16 mars 1888 à Tarnos, aux Forges, fils de Francisco et de Constancia ESCALONA, manœuvre, marié à Marie CHAN à Boucau le 5 juillet 1909, décédé le 23 août 1914 à Gozée (Belgique)
soldat de 2ème classe, 49ème Régiment d’Infanterie
classe 1908, matricule n° 04419
recrutement de Bayonne n° 37
Tué à l’ennemi « Mort pour la France »
Transcription à Boucau n° 41 du 9 juin 1917

« Texte dactylographié, non signé, non daté, postérieur à 1921.Texte intégral
Réveil du passé Source
Journées des 21,22 et 23 août 1914
Il est des choses que nous n’avons pas le droit de laisser ensevelir dans le passé et que nous devons replacer par instants sous nos yeux pour en extraire des leçons ineffaçables. Source

A l’aide de renseignements dont l’exactitude ne saurait être mise en doute,nous possédons de précieuses indications, des récits de témoins oculaires (et entre autres de l’adjudant CARESSE et de plusieurs sergents du 49e Régiment d’infanterie française) nous permettant de relier certains faits et de coordonner certains actes qui se sont passés, à Gozée, pendant les journées des 21, 22, et 23 août 1914. Depuis quelques jours, et entre les lignes des articles des journaux régionaux, nous avions fini par nous rendre compte que les Allemands, par une attaque inopinée de notre pays dans la nuit du 3 août 1914, entamaient la guerre mondiale.

Les mauvais jours approchaient. Les évènements allaient se précipiter avec la rapidité des fleuves gonflés aux jours d’orage et bientôt ce serait l’invasion.

Dans la matinée du 21 août, une grave nouvelle vint bouleverser l’esprit de la population. Un coup de téléphone de Charleroi nous prévint que les Allemands, après avoir traversé Louvain, étaient entrés la veille, c’est à dire le 20, à Bruxelles; que là,l eurs armées se scindant en deux tronçons, se dirigeaient en même temps sur Mons et Charleroi.
Et nous apprîmes aussi que les Alliés n’avaient même pas 100.000 hommes à jeter sur cette superbe tranchée, La Meuse, où on eût pu tenir des forces de l’Allemagne, en attendant des renforts.
Ce jour-là le 21 août, vers 11 heures du matin, sur la chaussée de Thuillies à Gozée,l e régiment d’infanterie N°49, commandé par le Major NICOLAS, échelonnait la file des fantassins surchargés de leurs objets d’équipement.
Déjà la colonne débouchait dans Gozée, alors que des cris d’enthousiasme partaient de tous cotés de la Place Communale où la foule s’était ruée pour saluer la France, tandis que, fatigué et ruisselant de sueur, le visage des soldats s’éclairaient d’une joie….. Et tout de suite la distribution des boissons et des vivres de toutes sortes commençait. A cette heure, il n’y avait pas de miséreux au village.Tout le monde voulait donner.
Du reste, tous les carnets de route du 49e retrouvés sur nos campagnes, après le combat du 23 août, se font un devoir de constater avec reconnaissance, l’accueil admirable et touchant des populations belges à l’égard des soldats français.
Dès l’arrivée du dernier fantassin sur la place communale, un ordre avait vibré : le 1 er bataillon venait d’être détaché sur la route de Gozée à Thuin, tandis que les autres fractions du régiment avaient reçu pour consigne d’aménager les positions de la Couronne à la Ferme de Baudribut et du hameau de Bout-la-Haut.
Le même jour, le 18e était parvenu à Marbaix-la-Tour et le 34e avait atteint Thuin.
Pour s’opposer à la marche des Allemands ces trois régiments avaient organisé leurs positions comme ci-après:
A Ham-sur-Heure le 1er bataillon à Beignée, le 18e A Marbeix, le 2e bataillon au Chateau de la Pasture, à Gozée le 3e bataillon à la ferme de Zone, le 49e à Gozée le 1er bataillon, au Clicotia, le 2e bataillon à la ferme de Baudribut, le 3e bataillon à la Couronne, A Thuin,le 34e avait également organisé la défense de cette ville et la résistance était couverte par le 10 e Régiment de Hussards, assisté de l’escadron divisionnaire vers Leernes, Fontaine l’Eveque,Anderlues et Buvrinnes. A l’ouest, des éléments de la 5e brigade de Cavalerie Anglaise apparaissaient à Binche et dans ces mêmes parages, le général SORDET présidait de façon très étendue au décrochage de son corps de cavalerie.
Le 28e avait pris position en oblique à droite par Fontaine-l’Eveque-Leernes et jusqu’à la Sambre et, dans l’après-midi du 22 août, le 2e Bataillon de ce Régiment était aux prises avec l’ennemi, dans les dépendances de la ferme de l’Espinette.
Tandis qu’une colonne allemande descendait de Trazegnies vers Monceau (Hameau) une batterie et 2 bataillons des Régiments Allemands N°15 apparaissaient à Goutroux et commençaient l’attaque à la lisière du bois du Han.
Après avoir paré et riposté, le 28e français qui n’avait pas d’artillerie pour répondre aux obus allemands, se retire vers l’orée du bois de Leernes et, le soir,se replie à nouveau sur Thuin. Cet engagement lui avait coûté 250 tués, dont 1 commandant et 9 officiers.
Quant aux avant-postes du 34e français, ils séjournèrent le 22, jusqu’au crépuscule, sur la ligne Hourpes,l es Bonniers, Trou des Loups. A leur droite, les escadrons du 10e Hussard essaimèrent de l’Abbaye d’Aulne à Marchiennes avec soutien de deux compagnies du 49e : la 12e à Landelies, la 11e à Montigny-le-Tilleul. Diverses rencontres eurent lieu, dont la plus plus importante aux ponts de Marchiennes ; leur défense était confiée :
1°) à la 12e brigade de la 4e Compagnie du 119e:le gros au Charbonnage de Forte-Taille;les postes aux ponts de la Vielle Rue et du chemin de fer de l’Etat-Belge;
2°) au 1er escadron du 10e Hussards;une section de mitrailleuses tient la barricade du pont de la rue Neuve.
Le 22,de 8h45 à 10h30, les Hanovriens (Régiment 19 et une batterie) peinent devant ces obstacles. Ils parviennent finalement à le tourner par le pont du chemin de fer et par celui des laminoirs reliant les aciéries aux hauts fourneaux Goffart de Monceau. Force est à l’escadron du 10e Hussards de détaler vers la cote de Montigny-le-Tilleul, reculer vers Gozée, puis bivouaquer à Thuillies,où le Général Jouannic garde en réserve le 12e Régiment (1er et 3 e Bataillons ) pour aménager une position de soutien entre Thuillies et Ragnies. La 4 e compagnie du 119e décomprimée, marque un temps d’arrêt sur la hauteur (Est) de la Gare de St.Martin (Briqueterie Letroye) et ne rompt que prise d’enfilade par une fraction parvenue de Hameau aux Carrières du bois du Hantouche Montigny-le-Tilleul organise une résistance à la lisière du bois Croquet, mais renonce à ouvrir le feu sur la colonne allemande poussant devant elle un troupeau de civils;retraite sur Bomerée par le Bois Picard.
A Montigny-le-Tilleul,la 11e Compagnie du 49e s’apprêtait à recevoir l’ennemi. Le Capitaine LAMBERT préférera, lui aussi , se replier plutôt que de massacrer des civils servant de plastron aux Allemands. Des hauteurs qui couronnent Landelies (rive droite de la Sambre) elle assiste, vers 15h30, à la scène finale du combat de Leernes. Elle cherche même à intervenir, par des salves, sans autre résultat que d’attirer sur elle quelques rafales de mitrailleuses. Repli sur Gozée vers 18 heures.
Les Allemands se retranchèrent pendant la nuit à Montigny. Le lendemain devait s’engager le violent combat de Gozée.

Le dimanche 23 août, vers quatre heures, une blancheur ouvrit le ciel et fit les ténèbres. L’aube était là….. Puis l’aurore déchirant ses voiles roses et  fit tout-à coup place au soleil qui se leva dans un ciel immaculé et radieux.
C’est à Gozée que, ce jour-là, le 49e R.I. cueillera ses premiers lauriers.Un choc de la colonne allemande provenant de Montigny-le-Tilleul à travers le Bois du Prince se prononce vers 9 heures.
De ce coté du bois se trouvaient 3000 hommes du 18 e d’infanterie et 1.000 hommes du 3e bataillon du 49e ainsi qu’une Compagnie du génie et deux batteries du 24e d’Artillerie. Ils soutinrent héroïquement l’attaque d’une division d’infanterie avec artillerie et cavalerie.
Après avoir été arrosé par un tir des mieux réglé, intensifié à 11 heures, le 3e bataillon du 49e subit vers midi un si fort choc qu’il doit reculer. Les allemands débouchent, en masses serrées, des routes de Charleroi et de Marchiennes,dans nos champs de blé et d’avoine : c’étaient les régiments 55 et 77 allemands qui commençaient l’attaque de Gozée.
Vers midi,les Français reculent lentement vers Gozée,couvrant leur retraite d’un feu d’artillerie si terrible et si précis que les Allemands reculent à leur tour devant une pluie d’obus.
Profitant de ce mouvement de recul, les Français reprennent pied et ordre est donné au Commandant NICOLAS de ramener ses compagnies à l’attaque.
Une colonne double : la 12e (BURGALAT), ayant derrière elle un peloton de la 11e (Lieutenant DERNAT) entrera dans Gozée,mais (ce qui hélàs ! n’était que trop à prévoir) ne ressortira pas de la fournaise, à gauche, l’autre peloton de la 11e compagnie (Capitaine LAMBERT), la 10e compagnie (Capitaine COURNET), un peloton de la 9e compagnie (sergent-major CASTAING) objectivent la briqueterie. Chemin faisant, les 6e et 8e compagnies (Capitaine MELIANDE et GLOR) ainsi qu’un peloton du génie cortègent l’attaque.
Vers 13h 30, Gozée est de nouveau aux Français.
Les Allemands ne tardent pas à réagir sous la menace d’une poussée des compagnies ROZE des ORDONS (1ere) et CLOR (8e) qui tentent de récupérer les positions du matin. Les compagnies BOURON et DIBAR (3e et 7e) avec la section de mitrailleuses CARRERE, se maintiennent encore dans les tranchées, mais les rangs ravagés (Commandant NICOLAS,Capitaines CLOR,LAMBERT,BURGULAT, tués. Lieutenant DORNAT,Capitaine ALBERT du génie, bléssés) s’abiment en d’infructueux efforts …..et la défense court risque d’être tournée à droite du coté de Marbaix.
Vers 18 heures,Gozée était derechef perdu.
A 18h30, ordre général de retraite. Le groupe de la Briqueterie (près de la Jonquière) dénouant la rude étreinte, se replie sous la conduite du Capitaine COURNET, sur la 5e Compagnie (Capitaine BERGER-ANDREU).
Le Capitaine LABAT (7e Compagnie) constitue le dernier échelon de couverture . Retraite sur Thuillies.
Au 18e, la plus lourde charge pèse sur les 5e,6e et 8e compagnies, à la lisière Nord du parc du Château de la Pasture, qui ne sera évacué que sur l’intervention du Général de Brigade (15h30) Retraite par échelons sur la ferme deFleurenchamps, pénible, notamment pour la 8e compagnie (Capitaine de GAUPIAC blessé). La résistance du 2e Bataillon sous un feu concentré d’artillerie,d’infanterie et de mitrailleuse, avait été des plus résolues, mais aussi fort onéreuse. Ses pertes montaient à environ 300 tués, blessés ou disparus. Les lieutenants CECILE et DUFFAU tués, le Lieutenant MOTAIS blessé.
La 7e compagnie (Capitaine MALIRE), alors que le 3e bataillon du 49e abandonnait Goée, avait été postée par le Commandant du 2e Bataillon (Capitaine CHALLE) en surveillance sur la cote 183.
Plus tard, le Général de Brigade prescrira au Chef de bataillon COSTEDOUT de faire participer deux de ses compagnies : la 9e,Capitaine OLIVARI et la 11e,Capitaine JEANNOT, au retour offensif du 49e. Elles n’arrivent pas à temps pour intervenir et s’immobilisent: la 9e sur la face Sud de Gozée, la 11e à droite (vers Marbaix ). L’ordre de retraite leur fut transmis à 15 heures. Démarrage difficile, néanmoins effectué en bon ordre par échelons successifs et sous la protection de la 10e compagnie dressée à la ferme de Fleurenchamps (17h30).-
Le 1er Bataillon,Commandant PRAVAZ, stationne jusque 13h30 à Beignée. Le Général TRINITE-SCHILLEMANS lui fera prendre position d’abord au cimetière de Ham-sur-Heure, puis à la Ferme de Fleurenchamps, non loin de l’Artillerie Divisionnaire à laquelle la 12e compagnie sert de section. De ce coté, lente infiltration de l’ennemi qui ne talonne pas et n’explore la ferme que vers 18h30.
Le régiment se retire sans gêne de la Ferme de Fleurenchamps (19 heures) pour aller cantonner à Ossogne (20 heures).

Les pertes ont été sensibles de part et d’autres : 574 allemands et 474 Français (18e,28e et 49e). (Elles ne sont pas loin d’atteindre, pour nos alliés, le chiffre de celles du régiment utilisé, en mai 1916, pendant la bataille de Verdun (secteur de Douamont).
En outre , es Allemands firent 150 prisonniers à Gozée et brulèrent 36 de nos demeures.
En comptant 3 blessés pour un tué, le combat de Gozée-Marbaix-Monceau-sur-Sambre aurait fait 4192 victimes dont : 1048 tués et 3144 blessés.

Les soldats tués ont été déposés religieusement en terre par les Allemands, les prisonniers français et les Gozéens restés au village. Après cette lugubre besogne, on compta les tertres : il y en avait 46 dont un contenant 150 cadavres et un autre 102. Les autres ne renfermaient que de un à 15 cadavres.
En 1915,des pourparlers s’engagèrent entre l’Autorité Allemande et la Commune de Gozée qui céda un emplacement d’un hectare pour réunir soldats Français et Allemands tués le 23 aout 1914.

Le transfert des corps commencé le 10 novembre 1915 était terminé le 25 janvier 1916 dans le nouveau cimetière militaire dit « de la pépinière ».

En 1922 le Gouvernement Français fit exhumer les corps des 474 soldats français qui furent transférés au cimetière de la Belle-Motte à Aiseau à coté de leurs collègues tués dans la région de Charleroi et de la Basse-Sambre. »

Aujourd’hui, je participe à la commémoration organisée par la ville de Boucau.

Je sais que cet article sort de la ligne éditoriale du blog ordinairement beaucoup plus gai. Mais la vie est ainsi. Il ne faut pas l’oublier.

Rectificatif du 10 novembre à 8h30

Mon arrière grand-père maternel, Marcel Lacassagne, était lui aussi un poilu. Il est mort, tué par un obus le 23 octobre 1916. Sa fille avait 2 ans. Il n’existe aucune retranscription à son sujet ni en ce qui concerne la bataille où il a été tué (j’ai cherché). Il sera honoré aujourd’hui à Clairac. C’était le père de Maminette, il est mort cent avant elle. Jour pour jour.

Dessin Marco Armspach by Médiathèque de Biarritz. Du 2 novembre au 11 décembre « Les Godillots, la grande histoire par les petites histoires »

Publicités