Mille petits riens

Il y a des jours où il ne se passe pas grand-chose. La vie se faufile entre les gouttes, ou s’épanouit en un rayon de soleil qui cogne contre la vitre de la cuisine. Il y a des jours qui cachent bien leur jeu.

C’est ce qui m’est arrivé mercredi.

J’ai commencé par m’assoir à mon bureau. La chaleur du radiateur réchauffait mes reins et le soleil peinait à rentrer dans la pièce. Sur le plat de la table les objets s’entassaient, j’ai pensé qu’il allait falloir que je fasse un brin de ménage. Bientôt. Demain peut-être, ou après-demain.

J’ai allumé la lumière coincée entre un cadre vide et trois pots de crayons et mes doigts ont commencé leur danse. Mister T dormait encore au dessus de ma tête, la maison était silencieuse. Je me suis relevée presque aussitôt et ai décidé d’y aller. Cela faisait trop longtemps que j’attendais le bon moment. Il n’y avait que moi pour décider qu’il venait de franchir le pas de ma porte. La veille au soir Mister T avait passé sa main sur mes jambes et avait remarqué que c’était tout doux. Depuis deux mois j’avais renoncé au rasoir pour avoir des jambes dignes de celles des autres quand je devrais m’allonger sur le sable de Dubaï. Je m’étais amusée à me dire que ce petit garçon n’emmerderait sans doute pas sa femme pour des poils aux pattes. Mais bon, il était temps de dire adieu au yéti. Il était temps que la quinqua prenne soin d’elle. Il y a des résolutions dans la vie qui valent leur pesant d’or. Même si nous avions renoncé à Dubaï pour des raisons que seules certaines connaissent.

Quand je me suis à nouveau installée au bureau, le silence était toujours là, comme s’il m’avait attendu. C’était amusant, j’écrivais sur le silence et il m’offrait une magnifique part de lui même. Je suis certaines qu’il a jeté un regard par-dessus mon épaule pour voir si je ne l’écorchais pas trop avec tout les mots que j’empilais sur lui.  Le silence s’est rompu. Un minuscule gling, à peine audible pour mes oreilles et moi a retenti. Une jolie nouvelle s’affichait sur l’écran. Nous l’attendions depuis un mois et n’osions plus y croire. Je crois bien que le soleil a percé les nuages. J’ai refermé le dossier pour en ouvrir un autre.  Celui que je remplis de mots et de phrases depuis le mois de mai 1017. C’est un dossier dont je ne sais pas ce qu’il adviendra. Il parle d’agrégée, de filiation et d’absence. Ceux qui en ont lu le premier chapitre le disent magnifique, mais il y a des livres que l’on ne peut pas écrire qui ne se laissent pas lire.

J’ai ouvert les commentaires que vous avez laissés sur le précédent article de From Baiona With Love et je me suis régalée de vos en vrac qui me racontent un petit bout de vos vies.

On était mercredi et ma bataille contre Fortnite ne faisait que commencer. Nous avons redécoré le sapin qui selon Mister T était trop triste. A t-on déjà vu un sapin de noël sans rouge ? Me répétait-il, inlassable. Devant sa mine désolée, je me suis résolue à ouvrir le grand carton rempli de rouge et il a accroché toutes les boules qu’il y trouvait. Je dois dire que pour ma part, la guirlande scintillante et les plus jolies boules étaient suffisantes, mais c’était sans compter sur lui. Dorénavant, nous avons un sapin qui ressemble à s’y méprendre à une femme qui aurait décidé de porter tous les bijoux de sa vie, y compris les colliers de nouilles offerts par ses enfants, mélangeant allègrement les bagues de pacotille avec les colliers trop chers. Pour la première fois de ma vie j’ai une guirlande rouge entortillée autour de ma rampe d’escalier, fort heureusement il n’y en avait plus de  disponible à accrocher sur l’osmanthus géant planté devant la cuisine.

Fornite nous guettait toujours. Il avait son rire ironique, il croyait que j’allais renoncer et perdre la partie. Nous avons trempé nos mains dans la farine, mélangé le beurre et le sucre, ajouté les épices, imprimé des messages et découpé à l’emporte pièce les palets, le tout chapeautés de bonnet de père noël et de serre tête rennes. En fond sonore les Sinatra, Armstrong, Presley et autres crooners jouaient de la voix et rivalisaient avec Tino Rossi et Henri Salvador. Il faut de tout pour faire noël. Nous avons sorti les gâteaux secs du four, ça sentait bien bon dans cette maison, revenue à mon bureau, j’ai répondu à un appel. Au cours de notre conversation un nouveau tintement me signala l’entrée d’un message. Il y avait une photo de Parce que la vie ne suffit pas sur le rayonnage de La maison de la presse à Biarritz avec un compliment et l’assurance qu’il y en avait moins que j’en avais laissé.

Pendant le temps de ma conversation (30 minutes) Fornite avait pris l’avantage. Je l’ai laissé faire, magnanime alors que le livreur déposait des morceaux de noël à la grille. Pile à l’heure.

Et puis, en tout début de soirée j’ai découvert un commentaire sur Parce que la vie ne suffit pas qui m’a comblé de joie. Il tombait à point nommé : alors que Roman 2 avait grossi de 6000 mots en trois jours et me faisait douter, l’article venait me rappeler que l’on ne peut pas plaire à tout le monde et que l’important est d’écrire pour soi avant tout, il y a bien un moment où ça touchera  quelqu’un.

Hier soir, en me couchant, j’ai pensé que Noël était avant tout un état d’esprit.

Pic by Antoine Le on Unsplash (ne cherchez pas, elle n’a aucun rapport)

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6 commentaires sur “Mille petits riens

  1. Je n’ai pas compris tous les détails, 1.000, même petits riens, ça fait beaucoup, mais j’ai compris que c’était surtout du bonheur.
    20 décembre, je ne suis toujours pas dans l’esprit de Noël, mais alors pas du tout ! Aucune déco n’est sortie, même si j’en ai fabriqué une et était pleine d’intention pour d’autres que je ne ferai sans doute pas. Même si j’usine derrière ma machine à coudre depuis des semaines, pour que d’autres offrent leurs cadeaux et depuis ces jours-ci pour fabriquer ceux que j’offrirai, je n’y suis toujours pas. Quand je pense à tout ce que j’étais capable de faire pour ces fêtes il y a peu encore… Plus envie du tout. Sans les enfants, ça n’est pas pareil. Elles arrivent demain, peut-être que ça me prendra dans le week-end ?

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    1. Il n’y a pas grand chose à comprendre. Juste qu’il faut prendre le temps de regarder l’horizon même s’il se rapproche parfois dangereusement. Et puis tu as raison, il faut laisser le bonheur prendre toute sa mesure, même s’il est fait de mille petits riens.

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  2. je n’ai pas bien compris Fortnite, mais pour le reste, j’adore. Ici, l’esprit de noël a peu à peu investi la maison, avec retard cette année, j’étais trop préoccupée… Ca va mieux, les petits bouts de noël sont tous là, emballés ; ils seront ouverts ici ou là-bas, et nous serons tous les quatre … mon plus beau cadeau après les derniers jours et les incertitudes qui allaient avec.

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  3. Ah Ben ce matin quand j’ai lu ton texte du jour , j’ai pas compris non plus cette référence a Fortnight j’ai cru que tu parlais de Fort Knox !!! Je comprends mieux maintenant 🤪
    La magie de Noël n’est pas qu’un état d’esPrit pour toi , il semblerait que cette année le Père Noël ait décidé de te livrer de quoi te rassurer sur ton talent d’ecriture en prenant un peu d’avance! Je suis vraiment heureuse pour toi

    Aimé par 1 personne

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