Premier jet

16H30 lundi. C’est vraiment un sentiment bizarre qui m’étreint. Un sentiment que je ne me souviens pas avoir ressenti la dernière fois. Pour « Parce que la vie ne suffit pas ».

La dernière fois, j’avais subi de multiples fins. Je revenais sans cesse sur le fichier. J’effaçais une virgule et rajoutais un point. J’avais déjà terminé mais je l’ignorais encore.

La dernière fois j’avais changé de fin juste après la fin.

La dernière fois, je n’en finissais pas de finir.

Hier, je me suis assise à mon bureau, à 9h02 très précisément. J’ai expédié ce qui attendait depuis trop longtemps sur un coin de mon bureau. Un hélicoptère tournait dans le ciel bayonnais. Il y avait un sentiment d’urgence.

Je suis restée face à mon écran toute la journée. Les vagues de pluie se sont succédées, j’ai répondu à un message, puis à un autre. J’ai prétendu à mon estomac qu’il exagérait, lui ai répété qu’il n’avait pas faim, pourquoi diable aurait-il faim à 14h15 ? L’heure était passée, il attendrait le soir. Mes doigts frappaient à toute vitesse. J’étais groggy, frigorifiée, j’avais le cœur au bord des lèvres. Une petite main a poussé la porte de mon bureau : « Ça va Mam ? »

Il me semble que je n’ai pas respiré. Que les mots ont coulé de mes doigts et se sont assemblés malgré moi. Ils me devaient bien ça.

Dès le premier jet, ils sont peu nombreux. Ils ont fait le tri entre eux.

Comme toujours les phrases sont courtes. Percutantes. J’aimerais qu’elles soient essentielles.

Le format est étonnamment court.

De temps en temps, j’ai râlé tout haut. J’ai prétendu que non, ça n’allait pas, qu’il faudrait relire et corriger, couper ou allonger. Mais quelque chose m’a porté. Un souffle sans doute.

Hier soir, on m’a parlé de « Parce que la vie ne suffit pas ». C’est étrange que l’on m’ait parlé de lui précisément au moment où mes pensées appartenaient à un autre. C’est étrange, c’est comme quand un grand enfant court au devant, qu’on ne s’inquiète plus pour lui parce que qu’on a fait tout ce qui était de notre ressort pour qu’il vive sa vie et que l’on donne la main au petit dernier pour qu’il se lève et fasse ses premiers pas.

Voilà, je vais garder le titre secret encore quelque temps. Je vais l’offrir à la lecture de quelques uns, pourrais-je encore compter sur mes bêta lectrices de choc ? Je vais attendre que « vous-savez-qui » lui dessine une ou deux jolies couvertures et je vous laisserai choisir celle qui lui servira de carte de visite.

Et puis, je vais croiser les doigts.

 

Tableau huile sur toile lin Inès Longevial San Francisco 2018

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6 commentaires sur “Premier jet

  1. Bravo Nathalie! Parce que la vie ne suffit pas, c’était hier non? Et déjà le second roman arrive! Je suis certaine de ton succès. Les mots ne suffisent pas pour l’expliquer. Bises. Elise

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